vendredi 7 octobre 2016

Trevor Paglen artiste du secret

Trevor Paglen est un artiste-géographe-journaliste américain qui photographie les dispositifs de contrôle des états, afin d' élaborer un « vocabulaire » culturel dont, selon lui, nous manquons et qui nous permettrait de faire face au fonctionnement du monde contemporainAu terme de recherches documentaires poussées et de techniques photographiques scientifiques il photographie bases secrètes, satellites d’espionnage, postes d’écoute, drones et installations militaires. Depuis plusieurs années, il a fait de la recherche de ces systèmes de surveillance une de ses activités principales« Je pense que l’Etat de surveillance ou l' "Etat profond" joue un rôle énorme dans la façon dont le monde fonctionne, mais je ne pense pas que nous possédons un très bon « vocabulaire » culturel avec lequel nous pouvons « voir » cet état de fait. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de l’examiner de près. » 
Salt Pit. Prison secrète américaine en Afghanistan.
Ainsi qu'il le dit lui même « Je suis un artiste qui travaille avec différents médiums. Quand j'ai commencé à réfléchir sur les notions de secret, de géographie, et sur les tensions qui existent entre faits, fiction, imagination, et perception, j’ai pensé que la photographie serait un bon moyen de les explorer parce que beaucoup de ces questions se situent au cœur de ce médium. »
Base de surveillance américaine. Harrogate, Yorkshire
Le travail de Trevor Paglen consiste, non pas tant à dévoiler ces lieux et traces, qu’à nous faire comprendre que la transparence politique a aussi ses zones d’ombres et que toute information n’est faite que de données partielles, incomplètes, voire confuses. Pour lui, la photographie est cet art qui « nous aide à comprendre que nous n’y comprenons rien ».
NSA/GCHQ Surveillance Base, Bude, Cornwall, UK,
Finalement, quels que soient les moyens mis en place pour le débusquer et le faire apparaître, le secret véritable persiste à se dérober juste nous nos pieds et à nous montrer les manques (ou le vide) informationnels sur lequel nous évoluons. 

http://www.oai13.com/societe/surveillance-detat-trevor-paglen-rend-visible-les-sites-secrets-americains/
https://gaite-lyrique.net/article/trevor-paglen-le-secret-dans-tous-ses-etats

vendredi 30 septembre 2016

Senior

En entreprise, être senior n'est pas glamour tous les jours. La preuve, cadre ou pas, il existe bien plus de juniors "HP"  (Haut Potentiel) que de seniors "HP". 
Dans la cartographie BCG (Boston Consulting Group)  le senior est diamétralement opposé à la star. C'est un vieux chien dont il faut se débarrasser. 
En pratique, au delà de 35 ans de service la date de péremption est considérée atteinte. Le senior se voit alors normalement expulsé de son poste, de son travail.  On confie ses responsabilités à des HP (Hauts potentiels) de nouvelle génération tandis qu'on le "charge de mission", on le placardise, ou plus subtilement on lui demande de redéfinir lui même "son périmètre d'activité" - euphémismes fourbes pour une mise en jachère qui peut durer des années-.
Bref, même quand dans le meilleur des cas on ne le vire pas, on l'éloigne fermement du champ de bataille opérationnel. Cela n'est pas forcément un mal, mais le senior doit alors faire preuve de "flexibilité", "d'agilité" et d'une grande "maturité" au niveau de l'ego.
Souvent donc, le senior porte un regard ironique sur son entreprise qu'il connait trop bien. De plus, une fois la maison payée, les enfants élevés et la retraite en vue il a moins à perdre et surtout plus rien à gagner à la jouer courtisan puisque son réseau est écharpé par la limite d'âge et que ses perspectives professionnelles sont bouchées. Devenu quasi incontrôlable, il faut le parquer, ou l'évacuer.
Alors, on le lui rend bien. Place aux jeunes !
Trop lent, pas dans le coup, on évite de trop se faire voir en train de déjeuner avec lui à la cantine. On ne l'invite plus trop au café ni aux pince-fesse de bureau. Écarté des potins, des nouvelles, on attend de lui qu'il s'écrase, qu'il dégage. De plus jeunes collègues jalousent plus ou moins son salaire, sa place près de la fenêtre, son agenda. Eux, jeunes actifs, vivent sur un autre rythme, multiplient les réunions, les listes d'action, les formations, les entraînements sportifs qu'ils cumulent  avec les galères de nounous ou d'appart's à retaper. Souvenirs pas si anciens... et relève assurée.
Finalement "Vieux con" est un euphémisme de "senior" . Aussi ce texte peut être compris dans les deux sens. Faites donc votre choix et gardez le pour vous.


La face B de l'existence. Houellebecq / Aubert

Music : Röyksopp - Senior

https://www.cairn.info/revue-mouvements-2009-3-page-24.htm

lundi 26 septembre 2016

Archives


Quelques images criantes de vérités ou de mythes ...

Assassinat d'Andrei Karlov . 19 décembre 2016

Hitler en orateur août 1927

Mao et le Dalaï Lama en 1954.
Jean-Paul Sartre et Daniel Cohn Bendit 1975
Saddam Hussein capturé par les troupes américaines décembre 2003
Barak Obama
DSK. Déconfiture à New York (2012)

Patrick Balkany Nicolas Sarkosy (1983)

Pierrette Lalanne, Mère de Marine Le Pen (1987)
Une femme dans la vie de Jean-Paul II ?
La fin des Ceausescu 1
La fin des Ceausescu 2
La fin des Ceauescu 3

vendredi 16 septembre 2016

Paysages

Trois photographes pour transformer le paysage en image par la couleur, la composition ou le mouvement.

Couleurs: Harry Gruyaert
Harry Gruyaert
Harry Gruyaert
Harry Gruyaert
Composition : Nadav Kander
Nadav Kander

Nadav Kander
Nadav Kander

Mouvements : Martin Roemers
Martin Roemers
Martin Roemers

dimanche 4 septembre 2016

Le Futuroscope, visite à Normaland

Mon selfie du Futuroscope
Je ne voulais pas rater mon entrée au Futuroscope, alors comme j’ai tout réservé sur Internet j’ai trouvé une place à l’ombre sur le parking, juste devant l’entrée…

Mon check-in est accompagné d’une double pénétration sécuritaire de mon sac photo. 
A l’intérieur ça sent les lieux publics. Un mélange de grésil et de vapeurs de respiration qui colle à la moquette comme dans un collège quand il fait chaud. ça me change du Labyrinthe de la Folie (cf post précédent). Ici au moins les gens sont comme à la télé : c'est à dire normaux comme vous et moi. Beaucoup quand même sont en surpoids et sous la chaleur de ce 24 août on peine avec eux. Ici point d’odeur de pétard, ou presque…

Au Futuroscope tout est prévu, même les aléas: (un plongeur « amateur», un spectateur ‘de mèche’ dans le spectacle de magie (– je spoile, mais tant pis ! -) Le public, bon enfant, est vigoureusement invité à ‘participer’ mais seulement par ses applaudissements : « faites du bruit !». Le public du Futuroscope  est sollicité comme à la télé ou comme pour aller aux urnes dans nos ‘démocraties’. Ce futur dont la promesse est « vous n’imaginez pas ce qui vous attend » semble surtout être tel qu’on nous veut (middle-class, disciplinés, consommateurs). La majorité du public est d’ailleurs composée de classes moyennes de toutes sortes.

Ici le futur est fait d’attractions, de distractions,  qui ne durent jamais plus de 20 minutes et d’attentes qui peuvent atteindre le double. C’est notamment  le cas de l’âge de glace où l’on choisit d’entrer pour se mettre au frais.  

Glands et les lapins crétins sont ici partout comme chez eux. Scrat, l'écureuil héros de l’âge de glace, s’acharne sur son gland version XXL. Sur son écran de 600m², bravant tous les dangers, l’écureuil Tamia défend ses glands pour l’hiver car « que serait la vie sans défi ? ».  
Le futur est ici libéral et  conformiste . Non loin de là, à Niort, la Macif nous protège.

N'ayez pas peur ...

Ozias
Scrat, de "l'âge de glace", et son gland  géant
Vente de produits dérivés en plastique de "l'Age de glace"

vendredi 2 septembre 2016

Le labyrinthe de la folie

Le Labyrinthe de la Folie est une exposition d'art brut/art pop/etc qui se déroule à Montpezat (Ardèche) fin août sous les voûtes romanes de l'église (désacralisée) de ND de Prévenchères .
C'est un asile retiré et fantastique, un cabinet de curiosités, une zone d'autonomie artistique et d'exposition des particularismes face à la mondialisation des images, à la banalisation du goût.
A coups de cris du cœur, d'angoisse de souffrance ou de rage, de fou-rires et de recyclages, une vingtaine d' artistes tous bien décalés et en rupture avec les dogmes esthétiques, expose pour notre bonheur créations apotropaïques, délires trash ou pleins d'humour,  et inquiétants talismans.

Un tout petit aperçu, un grand Bravo !

Ozias

PS: Quelques articles de ce blog concernant l'art brut, décalé, singulier, outsider ...:
Jam
Laurence Capelletto
Art Toc (Alain Bachelet)
Blatman
Loransse
Virginie Chomette
Jean Kiboi
Le blatodrome (Blatman, Lady Pocket et les bolides)
Lady Pocket

mercredi 10 août 2016

Invisibles

Pour la plupart des citadins, les gens qui vivent dans la rue sont une partie de la vie quotidienne et, par conséquent, sont trop souvent ignorés, invisibles. La photographe Shine Gonzalvez dévoile dans ses photos ces visages cachés des rues de Londres.






http://www.pixopolitan.com/blog/visages-oublies-shine-gonzalvez


Les transparents . René Char  

Dans le recueil 'Les Matinaux', René Char avait fait un travail similaire en faisant en vers le portrait de vagabonds qui parcouraient les campagnes pour louer leurs bras.

"Les transparents ou vagabonds luni-solaires ont de nos jours à peu près complètement disparu des bourgs et des forêts où on avait coutume de les apercevoir. Affables et déliés, ils dialoguaient en vers avec l'habitant, le temps de déposer leur besace et de la reprendre. L'habitant, l'imagination émue, leur accordait le pain, le vin, le sel et l'oignon cru ; s'il pleuvait, la paille."

René Char (1950)

VI.  René Mazon

Le rocher parle par la bouche de René.

Je suis la première pierre de la volonté de Dieu, le rocher;
L'indigent de son jeu et le moins belliqueux.

Figuier; pénètre moi:
Mon apparence est un défi, ma profondeur une amitié.

VII.  Jacques Aiguillée

Jacques se peint.

Quand tout le monde prie,
Nous sommes incrédules.
Quand personne n'a foi,
Nous devenons croyant.
Tel l’œil du chat, nous varions.

XII.  Aimeri Favier
AIMERI

- Vous enterrez le vent,
   Ami, en m'enterrant.
LE FOSSOYEUR

- Qu'importe où va le vent !
   Mais sa bêche reste dedans.

XVII. Albert Ensénada

Le monde où les transparents vivaient et qu'ils aimaient, prend fin. Albert le sait.

Les fusils chargés nous remplacent
Et se tait l'aboiement des chiens.
Apparaissez formes de glace,
Nous, Transparents, irons plus loin.


à méditer : "la photographie est l’outil idéal pour faire disparaître le monde. Toutes les dimensions du monde réel sont annulées dès l’instant où un sujet est impressionné sur la pellicule. Odeur, poids, densité, espace et temps, jusqu’ au lien sensitif avec son existence passée. En effet, comme la mort, la photographie fixe la fin du réel, et l’objet renaît avec une identité totalement nouvelle et autonome. Les choses exigent désormais leur propre théâtre qui ne saurait être ni illustratif ni informatif. C’est pourquoi il est inutile d’y rajouter des légendes. Elles sont ce qu’elles sont. Des images. "
Jean Baudrillard



Invisibilité pour tous :
Rapport du Credoc (qui exclut les publics en situation de grande exlusion):