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lundi 31 août 2026

Sorcier

Il y a 5 ou 6 ans, lors d'une expérience de changa, j'ai été interpellé par des entités qui m'ont posé cette question par voie télépathique "Veux tu savoir si tu es sorcier ?"- Moi j'ai alors répondu: " Non. "
Personnellement, je ne souhaitais pas du tout prendre en compte les visions et les entités de l'hyperespace pour orienter au quotidien ma vie physique incarnée. Les circonstances quotidiennes et mes proches sont suffisamment présents pour me guider, et c'est auprès d'elleux que je me dois d'être le plus dans cette vie terrestre. Ainsi, lorsque le trip se termine je demande aux esprits de regagner le monde des esprits et de rien demander ni procurer aux vivants. 
 Pourquoi deviendrais-je sorcier ?... pourquoi entretenir des liens avec le monde des esprits quand il y a déjà tant à faire avec le monde des vivants ? En même temps, j'ai souvent senti, et appris que 'ce qui danse derrière la porte, c'est à nous d'aller vers ça'.   Et finalement, longtemps je n'ai pas vraiment trouvé de réponse à la question que me posait l'entité.
Bien sûr, depuis mon enfance, le qualificatif  que j'ai entendu le plus fréquemment à mon propos est 'décalé'. J'ai toujours aimé les plantes, pour leur formes et leurs propriétés. Quand j'avais dix ans, j'ai découvert une dent de mammouth sur le terrain où mon père a construit sa maison. Pour des raisons inavouables ici il me l'avait faite jeter. Il y a aussi certains objets, par exemple une statuette offerte, que je ne supporte pas et dont je me suis débarrassés parfois expéditivement. Il y aussi ce pressentiment que j'ai et que j'ai toujours eu que je finirais incompris, conspué, abandonné de tous, en bouc émissaire lynché. Parfois à l'occasion de cérémonies au tambour j'ai parlé en langue, chanté en diaphonique, incorporé une diva, des sorcières, un esprit préhistorique. Jai lu et relu 'la mort les sorts', et intercepté sur moi de sombres regards de la part d'inconnu.e.s..  Il y a aussi des transes, des incorporations, et les derniers instants de ma mère que je n'ai toujours pas compris. J'ai longtemps eu très peur des mondes occultes et infernaux. Mais depuis quelques temps, je me penche sur tous ces mondes d'en bas que j'entrevois parfois le temps d'une transe.

Initiation

Je suis chez moi, posé sur la terrasse c'est le mois d'aout, la nuit est douce et j'allume mon sebsi chargé de changa++. Avant la fin de l'inhalation je me suis envolé dans le vortex habituel constitué de symboles rappelant des hiéroglyphes et des cartes de tarots ésotériques aux tons pastels principalement vert, rose et brun . Puis j'ai été pris dans une sorte de rituel initiatique dont je garde peu de souvenir, si ce n'est que c'était comme un voyage dans le temps et que je me demandais si j'allais tenir le coup physiquement, si j'étais encore vivant ou déjà mort. Il était notamment question de mon ascendance paternelle et tout ça se passait dans la maison d'Ardèche transmise par mon père. Cette complète déconnexion (breakthrough) pendant laquelle j'étais collé au siège, a dû durer une minute ou deux. Puis j'ai rouvert les yeux, et même si je savais où j'étais, je ne reconnaissais plus rien de ma terrasse. J'éprouvais comme une évidence le sentiment d'être, que je le veuille ou pas, celui de ma lignée qui porterait la charge de sorcier. Je ressentais étranges les choses, comme moi même. Mon chat que je le caressais avec une empathie nouvelle était mon complice.
Dans la nuit mon tambour battait comme mon cœur sur tout le hameau. Au ciel nocturne dégagé les étoiles s'ordonnaient en constellations scintillantes et reliées entre elles par de segments lumineux vert, oranges et violets visibles par moi seul. Tout le volume obscur de la nuit d'été se quadrillait de repères lumineux colorés, et j'étais maintenant capable de voir ça, et de m'y orienter. C'était surtout la sensation d'un rapport au monde neuf et l'inéluctabilité de la révélation qui venait de m'être faite. L'expérience à duré une bonne demi heure. Au ciel, j'ai vu passer une étoile filante à la traînée étonnamment large, aussi remarquable qu'une autre, qui était très longue, aperçue du même endroit le soir d'une précédente incorporation.

L'éclipse du 12 août 2026

Nous rendions visite à des amis. Le soleil a commencé à décliner. J'ai pris mon tambour et allumé la sauge. Personne n'ayant de lunettes, nous avons utilisé passoire et écran blanc. Je frappais le tambour, nous regardions le sténopé du soleil, mais n'ayant pas suffisamment éloigné la passoire de l'écran, nous ne voyions que la lumière issue des trous de la passoire, lumineux sur l'écran. Et pourtant la lumière changeait et d'après nos yeux les trous s'ovalisaient... Mais quand même, pas tous. Peu avant que le soleil disparaisse derrière la colline située à l'ouest, j'ai pensé à éloigner plus la passoire et là nous avons tous pu voir les croissants lumineux apparaître nettement sur l'écran jusqu'à ce que le soleil disparaisse. J'ai alors laissé mes amis, et à l'écart du groupe j'ai pris une longue bouffée de changa++ sur mon sebsi. Décollage immédiat, monde magique, couleurs froides, breakthrough. Mon ami se tenait près de moi immobile. D'un signe, il a compris que je n'étais pas en état de parler. J'ai commencé à respirer fortement, comme habituellement quand je j'incorpore une entité pendant une transe. Me voilà collé à mon siège, autre, pris dans un univers de mystères qui me dépassent. Derrière la colline, le soleil devenu invisible se masque de plus en plus de l'ombre de la lune, je traverse des mondes inquiétants, je suis sorcier. Très dark, tout ça, l'éclipse atteint son maximum et une lumière grise baigne le jardin de tons vert sombre et de bleus magnifiques et tristes à la fois. Je me trouve confronté à un choix crucial : est-ce que je choisis de mourir maintenant pendant cette éclipse ? Ce serait tellement symbolique, presque évident. Pensée pour ma mère disparue l'été dernier. Et pourtant cette idée ne m'emballe pas, je pense appeler ma femme, qui est en compagnie de nos amis un peu plus haut sur la terrasse, pour partager ce que je vis, qui est tellement fort mais je crains qu'elle ne puisse comprendre. Je reprends mon tambour, et je frappe, d'abord au rythme d'un cœur puis le rythme se complexifie au fur et à mesure des battements. Une vingtaine de minutes ont dû s'écouler depuis la disparition du soleil, et je suis toujours en pleine transe je suis chamane, sorcier, complètement autre que moi au quotidien, mais toujours moi. Contrairement à d'autres transes, même si ma respiration est changées,  je n'ai ressenti l'adombrement d'un esprit qui entre en moi. Le rythme du tambour me vient spontanément. Je me lève alors que le soleil revient et que la lumière du couchant se réchauffe, et je marche avec le tambour, tout puissant, sorcier. Fort de ma puissance je jette un sort, puis je le rappelle immédiatement, car je n'ai pas assez de connaissance pour en savoir le bien fondé et en mesurer les conséquences. Je marche encore en battant mon tambour pendant 10 à 15mn encore, mon pouls aussi bat fort, et je commence à me demander comment je vais 'revenir'. Au sol, les brindilles dessinent encore de somptueux motifs de tapis orientaux tout en 3D 4k. Après une dizaine de minutes, tout cela se calme, je range mon tambour dans le coffre de ma voiture. Je rallume ma sauge, je range mes affaires et je remonte retrouver mes amis. Je prends ma femme dans mes bras, longtemps. Nous parlons de ce qui s'est passé avec mes amis, enfin, de ce qui peut se partager, autour d'un repas réconfortant.
Après le repas, nous nous allongeons sur l'herbe, dans la nuit d'été pour regarder les étoiles filantes de cette nuit des Perséides.
Le lendemain, de retour chez nous, je m'arrête à St Antoine l'Abbaye pour me recueillir dans l'église, soucieux de me purifier après la transe de la veille, et de consacrer ici la mailloche de mon tambour.

Ozias août 26

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mercredi 1 juillet 2026

Une addiction

J'ai rencontré les opiacés en 1979. Je venais de m'installer à Paris où j'ai retrouvé Claudine, une copine de copine. Elle connaissait Guido, jeune italien amateur et discret pourvoyeur de brown sugar. Premier sniff, avec Claudine, un de ces tristes week-end parisiens où je me sentais si seul. Deux ans auparavant j'avais découvert le hash, que je consommais alors quotidiennement, et aussi les champignons, et le LSD dont le me méfiais suite à un bad trip traumatisant. De temps en temps je gobais les cachetons dont j'entendais parler (Optalidon, Maxiton, Valium, etc) et bien sûr l'alcool que j'avais découvert lors de ma première 'cuite' à 12 ans. Et ce jour là, avec le brown,  j'ai tout de suite senti que j'avais découvert quelque chose de nouveau : Une sensation de douce chaleur dans tout le corps, une clarté d'esprit qui préserve l'accès aux rêves et surtout l'énergie et la confiance en moi. Une simple trace sur un miroir suffisait à faire venir une énergie tranquille, une confiance sereine, silencieuse.

Quelques temps plus tard, je retrouvais à Paris, d'anciens copains du campus, avec qui j'avais trippé et qui eux étaient passé depuis déjà quelques temps à l'injection d'héroïne, et d'éphédrine. C'était une époque où l'on parlait peu des risques, où la seringue circulait et se partageait avec une banalité qui paraît aujourd'hui difficile à imaginer. De 79 à 1986, j'ai donc été usager assidu d'opiacés. D'abord sniffé (brown sugar) puis injectés (héroïne, morphine, brown), opium avalé, héroïne fumée, dragées de Néo Codion, élixir parégorique, rachacha. Pas mal de speed aussi (benzédrine liquide que j'avalais le plus souvent et même shooté en IV). Je consommais plusieurs fois plusieurs jours par semaine, parfois même sur mon lieu de travail. Je travaillais, je respectais mes engagements, je donnais le change. Je ne correspondais pas à l'image du « junkie », et cette apparente normalité me donnait l'assurance que je maîtrisais la situation. Toujours prudent j'utilisais une seringue personnelle, que je stérilisais à l'eau bouillante avant de m'injecter. J'ai arrêté tout ça lorsque le sida a commencé à faucher les copains et que, pris de peur, je me suis sauvé de Paris. J'ai changé de vie, vécu en couple, fait du sport beaucoup d'escalade et de la course à pied. Je peux dire que c'est l'escalade qui mixe le risque, l'aventure et la discipline de l'entraînement qui m'a sorti de l'univers dangereux de l'injection. En 1987 j'ai un premier enfant, en 1991 je reprends les études et j'obtiens un diplôme d'ingénieur. Je me suis alors jeté dans le travail avec la même intensité que j'avais autrefois mise dans les drogues. Je travaillais énormément, je buvais un peu trop, sans jamais sombrer dans l'alcoolisme, et j'avalais les comprimés qui me tombaient sous la main — tétrazépam, bromazépam, Arcalion, Guronsan. Cette phase a duré jusqu'en 2011 date à laquelle on m'a diagnostiqué une hépatite C, héritage silencieux de mes années d'injection. J'ai appris que certaines histoires ne se terminent jamais vraiment. Elles disparaissent un temps, avant de ressurgir là où on ne les attend plus. C'est d'ailleurs à ce moment que j'ai commencé ce blog.

Donc, afin d'estimer les dégâts de l'hépatite C sur mon foie, je "bénéficie"  en 2011 d'une biopsie du foie qui perce un poumon et qui m'occasionne un très douloureux pneumothorax. Jamais eu aussi mal de ma vie,  je me noie de l'intérieur !!! Je hurle !!! on me donne un antalgique  (lequel ??) et là, un vrai miracle, la douleur s'apaise la sérénité revient et après 20 ans d'abstinence des opiacés je retrouve instantanément les sensations de cocon maternel que me procurent la morphine, le brown sugar, les opioïdes. De ce pneumothorax s'ensuit une dizaine de jours d'hospitalisation avec drainage pleural, le tout sous morphine et tramadol.  Je retourne chez moi avec une ordonnance de tramadol. Trop bon ! Suite à ces retrouvailles je cherche les moyens de me procurer le bien être discret et confortable des opiacés.  

2012  Le traitement de l'hépatite par Interféron m'a épuisé et déprimé, je démarre une psychothérapie qui durera plus de 5 ans. Côté produits c'est Bromazépam, Codoliprane, récupérations de vieilles boîtes d'Izalgi ou de Ixprim dans la pharmacie des parents, recherches sur le web et commandes sur Internet. Par deux fois le Tramadol me provoque des évanouissements subits, je décide donc de l'éviter. En 2013 à Paris rue Ambroise Paré, je fais mes premiers achats d'opioïdes en douce. D'abord méthadone et Subutex, puis Skenan. Pas question d'en parler à ma femme, j'ai honte et elle ne comprendrait pas, ni à mon médecin traitant (j'habite un village où tout se sait, où mes voisins sont des collègues de travail et je veux éviter tout recoupement). En 2016, en allant chécher sur une place deal à Marseille je me fais braquer, au couteau. Je pars alors à la recherche d'un médecin prescripteur, moins risqué. A l'époque, je poursuivais une psychothérapie suite à la dépression provoquée par le traitement de l'hépatite C à l'interféron, et le trouble que l'annonce de cette maladie avait suscité en moi. J'ai raconté mon histoire au psychologue, au médecin prescripteur et mes prescriptions étaient accompagnées d'un suivi psychologique jusqu'en 2017.

2016. Première ordonnance pour de Subutex. 2mg, 1cp/j. 2020 pendant 28j puis ensuite 4mg/J. Par souci de discrétion  vis à vis de ma femme, de mon travail, et de la sécurité sociale, mon médecin prescripteur n'est pas mon médecin traitant. Avec lui, comme à la pharmacie, pas de paiements par carte, ni de demande de remboursement Sécurité Sociale. Et depuis, renouvellement d'ordonnance et prise de Subutex chaque jour (dosage variable : max 4mg/j minimum 1mg/j).

Le sommeil avec le Subutex, c'est toujours compliqué pour moi. Si j'arrête le Subutex, je ne trouve plus le sommeil, mais si je me couche trop près de la prise de Subutex, il m'empêche de dormir. D'ailleurs d'après ma montre connectée (qui me surveille h24) avec le Subutex, je n'ai plus de sommeil profond. Le sommeil n'est pas le seul problème avec le Subutex. L'inconvénient majeur des opiacés, c'est la paresse intestinale, la constipation. J'ai longtemps pallié ce problème en prenant  épisodiquement des laxatifs (Lansoÿl, Biscodyl ), mais depuis 2024 j'utilise une route d'administration par spray nasal (voie nasale après filtration de l'excipient du comprimé i.e waterlining) à l'aide du dispositif MAD. La biodisponibilité du produit est meilleure, un filtre à particule rejette l'excipient du cacheton et l'absorption nasale évite la paresse intestinale.

2020 Covid et confinement. Ma femme tombe sur une ordonnance de Subutex au cours d'un échange de mail par PC. Discussions, explications, clarification.

2021 Infarctus. Je parle pour la première fois de ma consommation de Subutex ouvertement à l'hôpital et avec le cardiologue. Sur d'autres consommations (psychédéliques) je reste plus discret. Ma première sortie en ville est une visite auprès de mon prescripteur.

Fin 2024, confronté à des tensions qui m'angoissent et me coupent le sommeil, j'en parle à mon médecin prescripteur qui rajoute un anxiolytique. Depuis, je prends chaque soir entre 0.5 et 0.25 mg d'Alprazolam. 

En 2025, je pars en voyage, avec mon épouse pour 1 mois en Australie. Au retour, en janvier 2026, nous aménageons dans un nouvel appartement situé en centre ville, ce qui nous change du chalet de montagne où nous vivions depuis presque 25 ans. Mes deux enfants voyagent. Ma mère est décédée l'été précédent. Bien qu'anodin, ce retour de voyage n'est pas évident. Ma femme ne se plait pas dans notre nouvel appartement, nous avons dû placer notre chat qui ne supporterait pas la ville, et cerise sur le gâteau, je me blesse l'épaule en grimpant fin février. L'escalade j'en faisais deux à trois fois par semaine , et c'est ce qui me tenait droit, fort et encore jeune. Bref, je ne sais plus trop où j'habite, je suis en deuil de ma mère et de l'escalade et je bascule dans une phase de dépression. Un gros coup de vieux, l'envie d'en finir en me balançant sous un tram ou en entreprenant des démarches de suicide assisté en Suisse. De plus, j'ai remarqué que ma mémoire baisse, que mon temps d'accès aux noms et aux mots s'allonge, que ma facilité à parler et à écrire diminue. J'ai attribué ça à la consommation de benzodiazépines que j'essaie de limiter (0.25mg/j max, jours 'sans'). Les jours 'sans benzo', je m'endors difficilement et je me réveille vers 3h du matin pour me rendormir 2h plus tard. je me pose aussi des questions sur les effets du subutex à long terme 2mg /j plus l'alprazolam, ne vont ils pas accélérer mon vieillissement intellectuel ? perturber mon équilibre psychique ? impacter mon humeur et changer mon caractère ? Bref, où en suis je ? Et où vais je ? 


Décrochage mode cold turkey, et donc en chien (avril 2026).
L'idée d'arrêter tous les cachetons me prend tout d'un coup après avoir quitté une soirée parce qu'un vigile m'a choppé à sniffer.  Raz le bol du subutex, d'aller le chercher chez le toubib puis la pharmacie, de le traîner partout avec moi avec mon 'matos', de toujours penser quantité, rangement dès que je bouge, et de passer tous mes après midi plus ou moins dans les vapes. Bref, comme disait Lou Reed "I have made very big decisions" : j'arrête avec une dernière prise (2mg) samedi 18 avril après midi.
Le lendemain soir, je suis effondré. Pas à cause du sub, mais surtout à cause du truc qui s'est passé (viré d'une soirée pour un sniff de K).
Lundi, gros problèmes de sommeil, zéro énergie, je marche avec peine, étourdissements quand je me lève. "I just feel like sheet". Et heureusement ! je ne travaille pas. Puis, le manque.
Le manque porte bien son nom. Parce que le premier jour, avec le Sub, on ne le sent pas. Plus tard, mentalement, s'installe une envie tenace dans un coin de la tête. Puis après une ou deux journées qui s'étirent sans fin ni appétit , plus rien ne vaut rien. Le jour, physiquement pas grand chose de violent à part des éternuements fréquents, mais cette impression pesante de peser 300kg un mal de dos tenace. Zéro énergie. La nuit, impossible de dormir. Sensation d'un corps chiffonné, qui aurait un gros besoin d'être repassé comme une chemise. Tensions entre les épaules. Dans les membres je sens comme des fils que l'on tire par ci par là, régulièrement et qui piquent et déchirent quand poussent leurs aiguilles. Je tourne et retourne dans mon lit sans trouver le sommeil.

Mardi (21 avril) matin je vais voir un médecin que je ne connais pas. En 20mn je ne vais pas lui raconter toute mon histoire, seulement ma déprime. Il me prescrit du Seroplex que, dans un premier temps je ne prends pas. Je me sens vraiment comme un tas de merde, incapable de même répondre au téléphone. Mon nez coule sans arrêt, je n'arrête pas d'éternuer et surtout, impossible de dormir et même impossible de savoir si c'est le manque ou un gros rhume qui me fait éternuer et me fatigue autant. La nuit, impossible de récupérer. Mon épaule blessée à l'escalade me fait mal et irradie dans tout le bras.  Temps de sommeil relevé par ma montre 3h par nuit maxi. 
Mercredi (22/4), toujours l'épaule et ce "sale rhume" qui me chiffonne le corps, me fait couler le nez et éternuer sans arrêt. Toujours impossible de dormir. J'ai beau essayer la méditation, les body scan, la respiration, tout ça ne marche pas. Mon paysage mental est comme la surface d'un lac retournée par un vent qui ne faiblit pas. Pas moyen de fixer mon attention, de suspendre le flux de mes pensées.
Jeudi 23, je vois un pote, pour la première fois de la semaine. Toujours fatigué, mais ça m'a l'air d'aller mieux. A part une fatigue persistante, ça va presque bien, sauf la nuit impossible trouver une position convenable dans mon lit. Résultat 1h 45 de sommeil entre-coupé de crampes, de mouchages et d'éternuements.
Vendredi (24/4), ce matin j'ai un bail avec Aides une asso dont je suis adhérent. Je suis tellement fatigué et si mal ce matin que je me prends un 0.4mg de subutex pour me remonter. Voilà déjà 6 jours que j'ai arrêté mes 2mg quotidiens et je me dis que je vais faire un pallier à 0.4 pendant quelques jours avant de passer à zéro. 
Comme il me fait bien du bien ce petit comprimé ! J'ai l'impression que ma peau et l'ensemble de mon corps sont repassés, lissés, le vent qui agitait la surface du lac se calme. Bref, je pars à mon asso, et là tout se passe bien jusqu'au moment où je tombe dans les pommes et je me retrouve au sol où je m'endors où je rêve brièvement. Mais la réalité continue. Mes collègues appellent le 15, les urgences. Médecin diagnostic malaise vagal, rien de grave, je rentre chez moi et je me repose. Je consomme toujours beaucoup de mouchoirs, et le soir avec 0.25mg d'alprazolam j'arrive à trouver un sommeil entrecoupé de crampes.
Samedi je me réveille reposé et motivé par la prise d'un nouveau comprimé de 0.4mg de subutex. Dimanche, c'est dimanche !! je n'ai rien à faire. Alors, je m'envoie un bon vieux 2mg qui me met tellement bien, tellement bien !
C'est ainsi qu'en un mois je suis revenu à ma consommation de 2mg à 4 mg quotidien agrémenté d'une pointe de Xanax le soir. 

 Né en 1957 je suis ingénieur en retraite, marié deux enfants. 
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mercredi 20 novembre 2024

50 ans d'usage de psychédéliques

Et oui, bientôt 50 ans que j'ai fait la connaissance des psychédéliques. 1974, c'était l'année du bac. Baudelaire, ses copains et leurs paradis artificiels m'avaient déniaisé côté théorie. La mise à feux eut lieu en 1976 avec un premier joint de libanais rouge, au cours d'un séjour en Ardèche entre potes. Cette expérience fut rapidement suivie par la découverte des champignons hallucinogènes, des buvards et de micro-pointes variées sur le campus de la fac ou pendant les vacances. A l'époque, pas de places de vente, pas d'Internet. Tout arrivait par un pote, qui avait un pote, qui connaissait quelqu'un qui revenait d'Amsterdam, ou du Pérou, ou d'Afghanistan ou d'ailleurs... On partait se ravitailler au Maroc, en Hollande. Pas de web, de RCs ni de RdR non plus. On lisait 'L'Herbe bleu' , 'Flash' et parfois 'L'herbe du diable et la petite fumée'. On parlait souvent de mescaline et de PCP sans jamais en trouver. D'autres produits plus dangereux comme le Valium, les amphétamines, l'éphédrine, un peu de coke, l'opium et surtout l'héroïne circulaient aussi, mais je ne les ai rencontrés que plus tard avec la vague punk et ses shooteuses. Mon cercle de potes composé de nouveaux punks et d'anciens babas ignorait tout ou presque du set and setting et encore plus des mystères de l'intégration. Moi, je trainais mes pattes d'eph et ma pelisse afghane à la recherche des paradis artificiels de Baudelaire et autres poètes maudits: "Mais qu'importe l'éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l'infini de la jouissance !". La plupart du temps, l'intention était festive plus que romantique. On expérimentait des drug-mix pragmatiques faits de beaucoup de shit, d'alcool, de tabac et de cachetons divers. On se prenait donc de monumentales 'claques' avec toute l'ignorance et l'insouciance de notre jeunesse. Bon, avec les psychédéliques au moins, tout le monde est quand même revenu au port, parfois après une détour de quelques semaines de "cristallisation' comme on disait alors. Pour retrouver une partie de l'ambiance de ces années là, reste la musique qui tournait sur les platines tout au long de nos 'stages' et de nos soirées ainsi que les iconiques pochettes des 33tours de l'époque. 

Pour celleux qui s'intéressent aux set and setting des trips sous LSD des années 80,et autres drogues, au cours des années 80, je recommande la lecture de 'Ce qu'aimer veut dire' de Mattieu Lindon qui relate ses trips avec, notamment, Hervé Guibert et Michel Foucault. Et si vous vous intéressez à l'usage de MDMA dans les années 90 dans le milieu gay parisien, je recommande la lecture de 'Dans ma chambre' de Guillaume Dustan. 

Pink Floyd. Atom Heart mother. "If"

https://www.youtube.com/watch?v=e2G8EWy-plM

Gong. Master builder (74)
https://www.youtube.com/watch?v=CKfTKNp_yUI

Ange. Sur la trace des fées.
Ange. Sur la trace des fées.
https://www.youtube.com/watch?v=m16QDBiT3Go
Jefferson Airplane. Pretty as you feel.
Jefferson Airplane. Pretty as you feel.
https://www.youtube.com/watch?v=j8wvz8VX3Pk
Yes. Close to the edge.
https://www.youtube.com/watch?v=51oPKLSuyQY

King Crimson. In the court of the Crimson king.
https://www.youtube.com/watch?v=fcAk-WzcfKo

Jethro Tull. Aqualung
https://www.youtube.com/watch?v=IxiS6K8jBi0

Genesis. Supper's ready.
https://www.youtube.com/watch?v=szJq1lwnkNw
Ash Ra Tempel & Timothy Leary Downtown blue.
Sweet Smoke . Baby night (1970)
Sweet smoke (Baby night)
Emerson Lake and Palmer. Lucky man.
https://www.youtube.com/watch?v=89g1P_J40JA


samedi 13 août 2022

Mon infarctus

 

D'abord tout le monde s'en fout, et moi le premier. 

Ce lundi matin, le dernier de février 2022, en allant courir, j'ai l'impression de pas trop avancer. Je raccourcis mon tour habituel. Puis, après le repas je ressens un drôle de malaise avec à la fois la peur de tomber et l'envie de dégueuler. ça dure 30 secondes, pas plus. Puis dans la nuit de lundi à mardi je retrouve dans mon lit la sensation d'avoir un succube posé sur l'épaule gauche. Il se déplace parfois. Comme un gros chat couché sur moi. Il attaque aussi par l'arrière ou bien il se déplace vers mon bras gauche. Oppression, donc, zen, détendons nous !

ça passe, et puis ça revient. C'est une sensation que j'ai déjà rencontrée à plusieurs reprises en me couchant. Une impression d'oppression qui me rappelle tous ces tiraillements que j'ai eus depuis la mâchoire jusqu'à l'estomac depuis 2005 et qui se sont multipliés ces dernières années, qui disparaissaient après quelques gorgées d'eau froide et à cause lesquels j'ai mangé des kilos de Maalox contre les maux d'estomac. Un matin à Metz en 2020 aussi où j'ai dû sortir trempé de sueur d'une salle de conférence où j'étais assis. Par contre, ce qui est nouveau ce soir c'est cette nausée qui ne me lâche plus et en plus, des gargouillis inhabituels dans mon ventre. Comme une longue nausée sans pouvoir vomir, entrecoupée de quelques gros spasmes à tomber raide et douloureux à mourir.

Mardi matin, plus de douleur dans la poitrine, mais toujours la nausée à ne pas pouvoir me lever et fatigue tellement intense que je ne peux appeler mon médecin traitant qui prend des rendez-vous seulement avant 9h15 ou après 17h. Serait-ce le Covid ? Je fais un test, et je suis déçu de constater qu'il est négatif. Vers 15h, je sors du lit, impossible de manger, à 18h, j'appelle le médecin qui me donne rendez-vous le lendemain à 18h00.

Mercredi, journée sur le canapé, tout patraque. A 18h, je prend la voiture et je me rends chez le médecin. Il constate que j'ai de la fièvre (38C). Il me fait un électrocardiogramme. Diagnostic possible, mais sans trop y croire : c'est peut être un infarctus... Il rédige donc une ordonnance pour des médicaments (aspirine, nitroglycérine Natispray) et un dosage de la troponine.

Comme j'habite la cambrousse et vu l'heure, le labo d'analyses ouvert le plus proche est à 25 km.  Il est 18h30, il est déjà tard et je repars direct au volant de ma voiture de chez le médecin, direction la vallée . Premier stop à la pharmacie, longue file d'attente. Deuxième stop 15 km plus loin à la recherche d'un labo d'analyse qui ferme à 19h. L'accueil est introuvable car la clinique "B." est justement en chantier et en février, il fait nuit . Je erre dans ce chantier sombre, puis je trouve l'accueil, où on me dit:  "Le laboratoire est fermé depuis 19h, il faut que vous alliez aux urgences privées de la clinique "C". 

Je repars avec ma voiture pour une dizaine de kilomètres encore. Attente, 12 personnes devant moi. ça fait maintenant 3 heures que je suis parti de chez le médecin. Finalement, prise de sang. Je regarde mon sang couler dans le tube, épais et sombre comme du civet de lapin. Enfin je repars chez moi en voiture (25km). Arrivé je prépare des pâtes et je mange. A peine posé sur mon canapé, coup de fil du labo d'analyse qui me demande de partir direct aux urgences pour cause de souffrance cardiaque aigue. Bref, après plus de deux jours de malaises, voilà que je fais officiellement un infarctus ! Là, tout à coup, c'est Mayday ! Mayday ! !

A l'hôpital je suis pris un max en charge  par une demi-douzaine d'intervenants tous très jeunes et tous en mode Matrix. Ils se présentent militairement, "bonjour monsieur Ozias, je suis Joe, Votre infirmier stagiaire et je .... bla bla..." et  j'oublie leur nom spontanément. Après un grand tour des couloirs en lit roulant, lardé de perfusions et ficelé d'électrodes, j'attends dans une chambre double pour subir une angio-plastie dès que possible. 

Un vrai problème avec la cardiologie, c'est le monitoring cardiaque : 6 électrodes sur la poitrine plus un bracelet pour la tension, sans parler des perfusions. Beaucoup de fils à la patte et donc, impossible de sortir du lit, quel que soit le besoin. Et quand un "gros besoin" se fait sentir, j'ai honte pour mon voisin (because le bruit, et l'odeur). Bref, en fin de matinée, après quelques allées et venues de groupes d'internes et un questionnaire intrusif et désagréable sur mon 'hygiène de vie', où l'on me fait comprendre qu'en fumant du cannabis je n'ai pas volé ce qui m'arrive, et jurer que je ne recommencerai plus, c'est mon tour et je pars au bloc. 

L'angioplastie consiste, à l'aide d'un cathéter, à faire remonter depuis la veine du poignet droit des ballonnets gonflables qui ouvrent le passage à deux petits ressorts qui maintiendront les coronaires ouvertes au niveau du cœur (les stents). Mon opérateur me demande si j'autorise son collègue débutant à pratiquer cette opération pour la première fois. Déjà bien dans le colletar, je réponds que oui,  et c'est parti pour 20-30mn de ramonage des artères . Avec le Subutex les 3mg morphine ne font aucun effet et j'ai trouvé ce temps bien long. Résultat Méga hématome sur l'avant bras droit. D'ailleurs, plus d'un an après j'ai toujours la marque du méga-hématome qui s'ensuivit, comme un tatouage souvenir.

Ce qui m'a le plus cassé les pieds, c'est que les médecins, comme toutes les personnes de mon entourage ont spontanément trouvé une explication à cet évènement. Et bien sûr, dans tous les cas, la cause ne tenait qu'à moi. Pour certains, c'était dû au vaccin anti-covid, pour d'autres au cannabis,  ou encore au manque d'exercice, ou au sucre trop présent dans mon alimentation.  Tous.tes avaient trouvé une explication qui leur permettait surtout de se rassurer en se disant qu'elleux -au moins- n'avaient pas ce travers là. Plus tard, en rééducation j'ai cotoyé de nombreux autres patient.es victimes d'infarctus. Certains étaient plus jeunes que moi, d'autres plus âgés. Des hommes dans l'ensemble. Il y avait des gros et d'autres pas. des sédentaires, des sportifs, des stressés ou pas des usagers de drogues ou pas. 

Un an plus tard, qu'en est il ? Grace à la réadaptation qui a suivi l'infarctus je me suis remis au sport. Cardio et gymnastique dans un premier temps à l'hôpital, puis natation en été, musculation hebdomadaire et escalade 2 fois par semaine. J'ai donc perdu 5 kilos et gagné en muscles. Pompes et tractions ne me font pas peur et j'ai presque retrouvé mon niveau d'escalade d'homme jeune. Pourtant, je ressens toujours parfois quelques malaises (douleurs dans la poitrine, ou transpiration sans raison), et je redoute en permanence d'avoir à remettre tout en branle à cause d'un caillot qui bouche une coronaire.

Qui vivra verra

Ozias