mardi 26 février 2019

Crise des opioïdes


illustration: Thomas Fuchs
Depuis les années 80,  en occident, la douleur est devenue un mal que l'on combat : on n'accepte plus qu'un cancéreux soit mourant pour le soulager d'un opiacé puissant, ni qu'une femme accouche dans la douleur.

Depuis quelques années l’échec de la politique de contrôle répressive des drogues est officiellement dénoncé par la Commission globale sur la politique des drogues, (qui rassemble d’anciens chefs d’Etat),  et même au sein de l'ONU qui en matière de contrôle des stupéfiants a invité les États à « réexaminer les politiques et pratiques » . cf https://emagicworkshop.blogspot.com/2016/10/drogues-vers-la-fin-du-tout-repressif.html

On apprenait dernièrement que  64000 Américains étaient morts des suites d'une overdose liée aux opiacés en 2016, soit deux fois plus que ceux, pourtant nombreux, qui ont été tués par une arme à feu.  (cf https://emagicworkshop.blogspot.com/2016/02/heroine-le-retour.html )

En fait, ce qui est nouveau dans cette crise des opioïdes aux USA c'est qu'elle touche  les classes moyennes vivant en zones rurales et que 77% de ces récents usagers d'héroïne disent avoir connu les opiacées par des médicaments légaux.
Cette crise met une nouvelle fois en lumière la confusion existant entre drogues et médicament car cette forme d'addiction 'nouvelle vague' s'est installée à partir de prescriptions d'Oxycontin, ou de Tramadol et a conduit nombre de leurs consommateurs à aller chercher sur le marché illicite des effets similaires avec l’héroïne ou le fentanyl.  
Or, en matière d'addiction, la limite entre le prescrit et l'interdit est assez peu opérante, les acteurs officiels (labos pharmaceutiques) et officieux (narcos) fonctionnent de la même façon en favorisant l'existence de consommateurs réguliers de leurs produits, derrière les apparences du soin, de la défonce ou de la substitution, et que pour une large part, la toxicomanie est moins liée à la recherche de l'évitement d'une forme de douleur qu'à celle de la quête de plaisir.
La tentation est alors grande de fustiger l'impitoyable fatalité de l'addiction, cette fois relayée par les vilains labos pharmaceutiques qui remplacent dans l'imagination les dealers d'autrefois. Les pourvoyeurs, quels qu'ils soient, sont forcément les agents du Mal et à l'autre bout du spectre, notre jeunesse est ontologiquement une victime innocente.

Ainsi, après qu'on ait réussi à prendre en charge la douleur et développé, à cause de la menace du sida les traitements de substitution, il nous faudrait de nouveau adhérer aux peurs d'un autre siècle et hurler avec les loups ? 

Non ! car dans les faits les overdoses sont la plupart du temps dues au mélange des opioïdes avec d'autres sédatifs tels que l'alcool, les anti-histaminiques (ex promethazine) ou les benzodiazépines (ex Xanax). C'est en réalité l'ignorance du sujet qui cause plus de morts que les opiacés ingérés en eux-mêmes.

L'ignorance tue aussi par la difficulté à connaitre la composition des produits vendus illicitement. Des analyses anonymes et gratuites de la composition des drogues sont déjà mises en place par des associations, mais dans beaucoup de pays cela reste trop limité et trop confidentiel. On peut même imaginer que les produits saisis fassent l'objet d'analyses afin de partager les résultats auprès des associations de réduction des risques et des communautés d'usagers.

Enfin, la Naloxone, qui est un antidote à l'action des morphiniques, devrait être mise à disposition et vulgarisée auprès des communautés ou des proches de consommateurs d'opioïdes, ainsi que des associations de réduction des risques. 
Pour citer Carl Hart, "Les médecins n'ont pas besoin d'être formés aux opioïdes, la population doit l'être." http://drcarlhart.com/

 
La tentation est grande de préférer la guerre contre un mauvais objet à la réelle prise en compte du sujet. Alors que le prohibitionnisme qui combat l'offre et corrige la morale de l'individu échoue depuis 50 ans, il faut nous préparer à vivre dans un monde où l'accès aux molécules psychotropes sera toujours plus facile et moins contrôlable, et ce en s'appuyant sur des dynamiques collectives de santé publique et de réduction des risques. 
L'aveuglement et l'ignorance tuent plus que les produits.

Ozias

Ecrit d'après les articles de Jean-Maxence Grenier, Bertrand Lebeau, Fabrice Olivet. parus dans journal ASUD #61.
The Real Opioid Emergency. By Carl L. Hart. Aug. 18, 2017


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Mines d'informations : http://vih.org/kiosque#swaps; http://www.asud.org/category/journal/




mercredi 16 janvier 2019

présidents



ARTICLE CENSURE sur Facebook pour 
"Violence et comportement criminel" ! (19/01/19 10:00)


Didier Estival 2018. Nos enfoirés
 
  L'élu de la démocratie démontre avec PÉDAGOGIE qu'il n'y a PAS D'ALTERNATIVE autre que de TENIR LE CAP et L'AGENDA des réformes.




 


 

En dessert, voir aussi sur ce blog : 
https://emagicworkshop.blogspot.com/2015/06/entartages.html

Et pour aller plus loin : https://emagicworkshop.blogspot.com/2016/09/archives.html 

PS: "Désolés pour cette erreur. Nous avons à nouveau examiné votre publication et elle respecte bien nos Standards de la communauté. " FB (19/01/19 20:00)

vendredi 4 janvier 2019

Graphisme


Affiche illustrant la victoire de 1945. 1975
Cette affiche jaune est signée Sheigo Fukuda, graphiste designer plasticien et sculpteur japonais né en  1932 et décédé en 2009. 
Cette affiche, qui a remporté le premier prix du concours d'affiche de Varsovie en 1976, est représentative du style de Fukuda comme de son engagement.
Au niveau du style c'est un mélange de sobriété et d'absurde. Au niveau de l'engagement, on voit qu'il s'agit d'un message pacifiste lancé par le graphiste en pleine guerre froide, 30 ans après la capitulation de son pays.  L'affiche rouge, produite à l'occasion de la célébration de la journée de la Terre est également représentative de la démarche de Fukuda.
Affiche pour la journée de la Terre. 1982






Fukuda parlait ainsi de son travail,  

“I believe that in design, 30% dignity, 20% beauty, 50% absurdity are necessary.
Rather than catering to the design sensitivity of the general public, there is advancement in design if people are left to feel satisfied with their own superiority, by entrapping them with visual illusion.” 
Ce que je traduis par :
"Je crois que pour qu'un dessin soit réussi, il faut qu'il ait 30% de dignité, 20% de beauté et 50% d'absurde. "  Pour exemple, les affiches pour la fin de la guerre de 45 et la célébration du jour de la Terre témoignent bien de cette intérêt pour les images doubles, la subjectivité de nos perceptions et l’ambiguïté du réel.
Et Fukuda ajoute :
"Plutôt que de satisfaire directement les goûts du grand public, le dessin a tout intérêt à interpeller le regardeur et à faire appel la satisfaction qu'il tire de sa propre vision des illusions optiques."
Les illusions d'optique, les raccourcis visuels sont pour Fukuda un langage universel qui lui permet d'atteindre le public cosmopolite d'une société de consommation mondialisée. Ses affiches imprégnées d'une certaine vacuité des choses (wabi-sabi) ?  cherchent à surprendre tout en allant à l'essentiel avec un minimum de moyens.

http://japanization.org/shigeo-fukuda-transformer-les-dechets-en-art-eclaire-et-eclairant/
http://www.artefake.com/afwp/shigeo-fukuda/

Luba Lukova est une artiste d'origine bulgare, américaine depuis 1991, et qui ,comme Fukuda, réalise sans ordinateur des affiches militantes dans un style direct et efficace.

Comme quoi, un bon dessin vaut mieux qu'un long discours.

Luba Lukova. Ecology

Luba Lukova. Climate
https://www.lukova.net/

mercredi 28 novembre 2018

arabesques

L'Islam, un art psychédélique ?

Devant la décoration des mosquées on est frappé par le labyrinthe des ornements géométriques qui en composent les décors.  En effet, afin de préserver la pureté du monothéisme et d'éviter toute forme d'idolâtrie, l'islam considère que toute représentation d'être possédant une âme est illicite. Toute forme de représentation est donc bannie alors que la répétition et l’enchevêtrement de motifs géométriques sont censés donner une idée de la grandeur d'Allah et de l'univers qu'il a créé. 

Ce qui frappe aussi, c'est que ces répétions de motifs géométriques colorés font souvent penser aux paysages mentaux que l'on voit fréquemment en fermant les yeux après avoir consommé des produits psychotropes tels que du cannabis, ou de la psilocybine. 
On sait bien que le haschich a joué un rôle important dans la pratique du soufisme qui est une branche mystique de l'Islam. Déjà au XIIIème siècle,le botaniste Ibn Baitar témoigne que la prise de haschich était un élément du culte Sufi servant à rapprocher les fidèles de leur Dieu. Dans son recueil  'la Connaissance par les gouffres, Henri Michaux, poète et psychonaute écrit justement en parlant des minarets des mosquées 'Ce n'est pas l'Orient qui donnait ces formes, si exagérément minces, effilées. C'étaient ces formes amincies qu'avaient vues et tenté de copier les architectes orientaux, persans et arabes. Le chanvre a fait "les minarets", en a montré la direction à des gens qui l'ont suivie qu'à moitié ou plutôt au dixième."





“Allah is beautiful and he loves beauty.”

Il est clair que la recherche de la beauté est un thème central pour Islam. Mais le goût pour les arabesques et les patterns géométriques n'est pas propre à l'Islam et soulève cette question de comprendre pourquoi de telles formes sont si agréables à nos yeux.

Pour l'homme préhistorique, déjà les formes géométriques décoraient les grottes.

De très sérieux scientifiques (Tom Froese, Alexander Woodward and Takashi Ikegami pensent que les décorations des grottes pariétales ont été produites par des chamans sous emprise de drogues hallucinogènes. En effet, en étudiant 40000 ans d'art pariétal ils ont remarqué que l'on retrouve sur les murs de grottes distantes de milliers de kilomètres les mêmes motifs géométriques appelés "instabilités de Turing". Le plus troublant est que ces motifs eux-mêmes semblables à ceux décrits par les témoignages des utilisateurs de plantes ou champignons aux propriétés psychoactives. Les motifs géométriques de type psychédéliques semblent donc être un fond commun que partage et apprécie l'humanité depuis qu'elle existe.




D'après le neurologue Oliver Sacks, si les répétitions de motifs géométriques plaisent, cela pourrait être en quelque sorte, 'par construction' , dans le sens où ces motifs géométriques sont à l'image de l'organisation même du cerveau. 

Les hallucinations géométriques que l'on peut ressentir après la prise de produits psychoactifs seraient donc des projections des structures géométriques de notre cerveau.  Ainsi, nous trouverions beau l'agencement de motifs géométriques complexes car il nous rappellerait l'agencement de notre propre cerveau, un miroir de nous même en quelque sorte.
Voilà, en tout cas, qui expliquerait pourquoi les motifs géométriques sont largement appréciés depuis l'aube de l'humanité.

La morale de cette histoire, c'est que l'homme a toujours aimé l'art, mais qu'il a aussi toujours aimé les drogues.

Ozias

Sources : Divers articles de Sam Wolfe  et autres références ci-dessous

dimanche 4 novembre 2018

Psychédéliques

DMT-inspired artwork by SalviaDroid
Étymologiquement, psychédélique provient du grec ancien ψυχή = psychẽ « âme », et δηλοῦν = dẽloun « rendre visible, montrer ». L'adjectif psychédélique signifie donc "qui rend visible l'âme"

Notre société monophasique réduit la pensée a sa dimension rationnelle tandis que des sociétés multiphasiques,par exemple les sociétés traditionnelles africaines ou indiennes, considèrent que les états modifiés de conscience font partie de toute expérience du réel. 

Si la plupart des psychiatres ne voient dans la prise de psychédéliques qu'une intoxication et conçoivent les trips comme des psychoses 'sur demande', d'autres pensent que les consommations de drogues enthéogènes telles la psilocybine, le LSA, ou l’ayahuasca sont à l'origine de l'invention des religions  (Julien Bonhomme, anthropologue). 
De toute évidence, les états de conscience modifiés à l'aide de psychotropes permettent d'aller plus loin dans nos représentations et même notre compréhensions des choses. L'expérience mystique que procurent les substances psychédéliques ou enthéogènes apporte des informations, des 'connaissances' utiles pour gérer nos rapports avec le surnaturel, le passé, la mort. Enfin, la prise ritualisée de psychédéliques permet de constituer et de souder la communauté des utilisateurs autour d'une expérience à la fois spirituelle, intime et partagée.

Les psychédéliques ont longtemps été ignorés et écartés par la communauté académique médicale en tant que sujet de recherche, au nom d'un positionnement qui tient plus compte des peurs collectives du corps social que d'une approche rationnelle. 
Au XXème siècle les moralistes occidentaux ont imposé au reste du monde la prohibition et déclaré la guerre à la drogue et aux drogués.
Aujourd'hui encore, la plupart des débats sur les drogues portent sur les addictions, les risques sanitaires, la délinquance économique et la criminalité sans jamais évoquer les dimensions de plaisir, de connaissance, ou de dépassement de soi qui expliquent l'usage immémorial des psychotropes.


Le retour, (recours ?)  aux plantes et aux substances psychédéliques est re-apparu dans notre société autour des années 68  lorsque des "tribus d’indiens métropolitains" ont cherché à échapper aux limites d'une connaissance réduite à la dimension rationnelle. 
Expérimentées en psychiatrie dans les années 1940-60, remplacées par les neuroleptiques à la faveur du prohibitionnisme, les substances psychédéliques semblent faire ces dernières années un retour dans les psychothérapies.
Après cinquante ans de guerre inutile contre la drogue, et au delà de l'approche moraliste et prohibitionniste construite par les institutions, des anthropologues et des psychiatres, portent des regards nouveaux sur les substances psychédéliques, leur potentiel thérapeutique et leurs usages dans notre société.
 
Voici donc une conférence enregistrée en janvier 2018 qui réunissait Vittorio Biancardi, anthropologue, doctorant EHESS, Christian Sueur, psychiatre, David Dupuis, anthropologue, post-doctorant Durham University, Vincent Verroust, historien des sciences, doctorant EHESS. 
"Sans tomber dans le prosélytisme, il faut se rendre à l'évidence : certaines drogues sont un catalyseur inépuisable d'images mentales, doublées d'une centrifugeuse de plaisirs inconnus et de sensations inouïes. Et c'est précisément parce-qu’elles sont inouïes qu'elles suscitent un tel engouement. Dans cette réalité "dissociée" à laquelle expose la prise de certains stupéfiants, une infinie variété de mondes perceptifs se font subitement jour. Des mondes diffractés, fractionnés et emboités les uns dans les autres - et non plus un monde. L'unité s'y conçoit par la multiplicité et la dispersion, à travers les modalités d'une schizotopie. Le hiatus entre le réel et l'irréel s'estompe sans que l'un ne dicte sa loi à l'autre. L'environnement de la consistance que nous appelons réalité se révèle être une sorte de fond sans fond, un principe premier, une entité qui n'est elle même pas fondée, un élémennt de la pensée que la logique ne peut appréhender."  

"Plutôt que l'expression d'un solipsisme exalté ou d'un principe de transcendance, qui expose tôt ou tard à l'aliénation ou à la crise mystique , l'expérience psychédélique doit être envisagée à la fois comme recherche éthique et principe d'irraison. De par les vertus à la fois introspectives et dissociatives, elle aide à reconsidérer l'existence sous le prisme d'un panpsychisme (philosophie proche de l'animisme, selon laquelle tout ce qui existe et vit possède une âme) ou d'un hylozoïsme (doctrine qui soutient que la matière est dotée de vie par elle même). Les altérations perceptives qu'elle déclenche ne doivent plus être envisagées comme pathogènes, mais inhérentes au vivant. La doctrine psychédélique n'a rien d'un doux délire d'illuminés, elle participe, au contraire d'un matérialisme rigoureux tout en ouvrant des espaces de liberté inconnus. Il ne tient qu'à chacun de la mettre en oeuvre au sein d'une réalité tangible -celle que nous partageons tous, et qui nous rappelle à notre fragile condition d'être humain.

Après le Psychédélisme : dépasser l'entendement. Julien Bécourt. Revue Audimat #10. 2018 

Pour la petite histoire : https://societepsychedelique.fr/fr/blog/histoire-de-la-decouverte-de-quelque-hallucinogenes
 
Trip report: compte rendu d' expérience psychédélique :
 https://www.psychoactif.org/forum/t38779-p1-synesthesie-etat-pur.html?fbclid=IwAR3u6s_mFg_eCU5Gf2zvyjWjVe383SI6YiqMLZRuRxkgIxRl-zBloxZgxog

Pub ! https://psychedelicsociety.org.uk/experience-retreats
https://synthesisretreat.com/