jeudi 30 avril 2026

Journal d'intégration

Je mes suis intéressé au chamanisme l'été dernier à la suite d'une expérience marquante au tambour entre amis. Suite à quoi je me suis documenté auprès de personnes que je connais et qui connaissent, j'ai pris contact ou rencontré quelques plus ou moins chamanes, et j'ai visionné avec beaucoup d'intérêt la vidéo de Laetitia Merli 'fluidité des genres et transgression dans le chamanisme mongol'. J'ai apprécié la précision du ton et le bon sens du propos suite à quoi j'ai construit mon tambour et je me suis inscrit au à un forum 'chamanique'.  

Pour moi la transe n'a pas été l'aboutissement d'une recherche, mais la constatation d'un état qui s'est imposait à moi. Transer bien sûr est une expérience marquante, mais pourquoi faire ? qu'est ce que j'en retire ? Pourquoi  cela m'arrive à moi alors que je n'ai au départ aucune croyance ni pratiques spirituelles particulières ? et où cela me peut t'il me conduire ?  

Phénoménologiquement, c'est d'abord l'expérience de mon corps que je ne contrôle plus. Ce n'est plus 'moi' qui guide les mouvements, ni qui produit les sons qui émanent de mon corps. Il y a ce moment où physiquement, je ressens une bascule très nette de mon état habituel dans un autre (comme changer de pièce, ou carrément traverser un mur).  Ma respiration change, et c'est comme si un autre que moi respirait. L'air devient dense et circule comme un fluide lourd qui entre par ma bouche et roule dans mes poumons. Mon visage grimace, mes yeux ne voient plus, ma gorge émet des râles ou des feulements d'animaux. Je sens ma bouche se contorsionner en grimaces inconnues et cela me détend extraordinairement les traits du visage. Ces mouvements peuvent se comparer à ceux des étirements qui suivent un effort intense. Mes mouvements de danse peuvent ralentir au maximum ou au contraire s'accélérer au maximum. Je ne ressens alors plus d'essoufflement ni de limitation musculaire. J'ai la sensation de retrouver mon corps d'homme jeune. C'est d'ailleurs ce qui me marque le plus et  ce que j'aime retrouver dans la transe : le corps de ma jeunesse. 

Parfois aussi, c'est comme si j'avais un animal en moi qui essaie de se montrer et même de sortir . Il y a là quelque chose qui ressemble à une transformation physique, presque un accouchement. D'autre fois, je me retrouve à danser en chantant, mais sur des rythmes préhistoriques secoué de gestes qui n'ont rien à voir avec notre culture. J'imagine ici des rites anciens qui me renvoient à l'esthétique des grottes ornées alors que je n'ai pas développé de goût, ni de connaissances particulières pour la préhistoire.

L'émotion qui me parcourt est un sentiment d'extase. D'oubli de moi même. De libération. Je ressors totalement énergisé de ces expériences de transes qui durent entre 5 et 15mn. Parfois un peu inquiet aussi de ne pas connaitre ce qui est venu m'habiter. Curieux et parfois honteux aussi car je me demande comment est perçue ma transe par les personnes qui m'entourent et qui n'y participent pas.

Besoin Concrètement, j'aimerais être filmé quand je suis dans cet état pour savoir si mon ressenti intérieur correspond à mon comportement objectif. Je recherche des personnes ayant vécu le même type de transe pour partager nos expériences. Je me demande aussi pour quelles raisons je découvre cet état si tardivement dans ma vie (affaiblissement psychique) ? Lâcher prise lié à l'âge, à la prise de trop de psychotropes  ? 

Je ressens aussi un besoin de me protéger par des rites pour 'filtrer' les influences indésirables ou effrayantes, les 'mauvaises énergies', les 'vols d'âme' ou je ne sais quoi.

Le cœur de cette expérience pour moi c'est de ressentir que je prête mon corps à une entité qui peut se matérialiser par ce moyen. Le bénéfice, c'est de retrouver des forces, mon corps rajeuni et le sentiment d'accéder à une expérience et une forme de connaissance profonde et nouvelle pour moi. Sans être en transe, j'avais souvent été en contact avec des entités par le biais de la changa. Certaines m'ont laissé des enseignements sous formes de koan  (exemple :  "Les archétypes sont les constructions mentales des anciens", "l'esprit est tout ce qui n'est pas réalisé", "le mystère est la nature de l'esprit", "croire est une expérience", "aimer, c'est faire exister", "être, c'est ça !" etc  Une autre m'avait questionné en me demandant :"Veux tu savoir si tu es sorcier ?" Par ces expériences je vois que la thématique de la sorcellerie me touche régulièrement et j'ai été particulièrement impressionné par les travaux de Jeanne Favret Saada "les mots, la mort, les sorts" dans lequel elle traite des rapports liant sorciers, désorceleurs et ensorcelés. Sa conclusion est que les histoires de sorcellerie ne laissent pas de place à une position neutre et objective : on est sorcier, ensorcelé ou désorceleur, mais jamais témoin ou passager.

A une époque de ma vie, prendre de la DMT c'était pour moi 'louer l'étage aux aliens', c'est à dire ouvrir mon esprit aux entités qui se présentent pour leur permettre de se matérialiser dans le monde vivant'. J'ai naturellement été en contact avec des symboles magiques que je ne comprenais pas et des entités plus ou moins sombres. Certaines entités sont spectaculaires, semblables à des barbapapas immenses et vaporeuses qui s'élèvent dans le ciel d'où elles m'observent, ou bien d'immenses cortèges silencieux qui dérivent là haut dans leurs chars aériens, ou encore au ciel ces visages divins qui se tournent vers moi et m'invitent à les rejoindre. D'autres esprits sont moins monumentaux mais plus actifs, et je perçois leur désir d'accéder à ma conscience afin d'exister, le temps d'une vision, d'une danse. Je ressens même comme une intense compétition parmi tous ces esprits que je rencontre ou perçois dans l'hyperespace. Comme si tous recherchaient un temps de conscience disponible pour se faire connaitre et exister quelques instants dans le monde des vivants. Une troisième sorte de créatures est encore plus interactive, ce sont des sorciers, des elfes ou des bouffons qui peuvent communiquer par télépathie, apporter des enseignements et qui parfois investissent mon corps. Comme par exemple des rubans lumineux qui entrent par ma bouche, ou des gnomes sombres qui me demandent la permission d'accéder à mon cerveau 'pour une mise à jour', ou des esprits télépathes qui scannent mon corps et mon esprit, le 'vérifient', le désintègrent puis le recréent, bricolent mon cerveau ou s'y installent comme on installerait une appli sur un portable. Ces voyages psychédéliques m'attirent et me font un peur aussi par leur étrangeté et la crainte de trop y croire et de me retrouver "pris" dans de sombres mystères qui me dépassent. Dans mes expériences les plus poussées, mon corps me semblait même être un obstacle à la connaissance.

Je ne sais absolument pas en quoi transmuter ces expériences dans la vie quotidienne, si ce n'est que je sais maintenant que la vie, comme les nombres complexes, comporte une partie réelle et une partie imaginale. 

Voyage au tambour du 1/2/26 (avec guidage et tambour au casque sur l'ordi)

Les mots de l'invitation m'emmènent au bord de la rivière Ardèche, à un endroit bien particulier : Le Pont d'Arc. Odeur des chênes verts, humidité de la glaise glissante, je grimpe en m'accrochant aux buis et aux rochers calcaires jusqu'au porche d'une grotte. La grotte Chauvet, sans doute. assis près d'un feu je regarde tomber la pluie, seul. Je pense à Rahan, 'celui qui marche debout', héros de mon enfance, sa chevelure, son coutelas, ses pectoraux. Je me souviens aussi que quand je lisais cette BD, j'avais trouvé une 'dent de mammouth' dans les fondations de la maison que mon père construisait, et qu'il me l'avait faite jeter. Les esprits qui visitent mes transes me semblent venus de ces temps préhistoriques. Ils sont anciens, ne parlent pas, mais ils dansent et chantent. J'écoute le tambour, je me demande s'il est fatiguant de tenir ce rythme pendant 30mn tout en redoutant que ma méditation soit interrompue par une notification de mon PC.

Ecstatic dance du 24/1/26

Dehors il gèle. J'arrive en vélo, la danse commence. C'est plutôt calme comme musique. Pas vraiment d'acmé tout au long de la séance sauf, je crois vers la fin. En tout cas, c'est à ce moment que je bascule dans un état de transe. Je crie sur la musique, je fais des bruits, puis je me fige, mes mains mes bras tétanisent tout en bougeant lentement. Peut être même que je bave tout en roulant de drôles de yeux. En tout cas, la musique s'arrête je me retrouve là, vulnérable comme un insecte moitié extrait de sa mue, isolé parmi les autres danseurs qui se calment, sourient et se saluent. Moi si laid, qui revient de loin sur cette piste de danse je comprends seulement que c'est la fin de la danse. Gros sentiment d'incongruité, de honte aussi. Je sens ma transe ici déplacée, déplaisante.

La danse laisse la place à un bain sonore où grondent des gongs sombres et menaçants. Ce sont de longues nappes sonores qui roulent et se prolongent. Allongé à même le sol, tout transpirant de la danse j'attends la fin du bain sonore et j'ai froid. Je repars en vélo dans la nuit de janvier, bien secoué. Depuis, je me méfie de mes transes.

Ozias printemps 2026

Témoignages dans ce blog : 

https://emagicworkshop.blogspot.com/2025/10/transes.html

https://emagicworkshop.blogspot.com/2017/08/les-mots-la-mort-les-sorts.html

https://emagicworkshop.blogspot.com/2022/02/tryptamines-et-protection-psychique.html

https://emagicworkshop.blogspot.com/2022/04/dimitrips-et-moi.html


Constellations familiales


L'obscurantisme : pourquoi nous ne devrions pas imposer les croyances ou les pratiques du Nouvel Âge aux autres. 
Sur les origines des constellations familiales .

Jules Evans
5 mars 2026 

Je cite :
"La thérapie par constellations familiales est une thérapie alternative du Nouvel Âge, inventée dans les années 1980 par l'Allemand Bert Hellinger. Le principe est d'explorer la situation de vie d'une personne à travers une forme de psychodrame. Différents volontaires sont invités à représenter divers aspects de la situation familiale : le père, la mère, le conjoint, l'enfant, le supérieur hiérarchique, ou encore des notions plus abstraites comme « l'argent », « l'héroïne » ou « la Seconde Guerre mondiale ». Un facilitateur circule ensuite parmi les participants, leur demandant comment ils se sentent dans leur rôle et quels sont leurs sentiments envers les autres membres de la « constellation ». La séance peut durer 30 minutes ou plus, en présence de la ou des personnes dont la situation est explorée. L'objectif est de faire émerger des prises de conscience, de libérer des émotions et de trouver des solutions.

Mais comment cela fonctionne-t-il exactement ? Comment des étrangers peuvent-ils « savoir » ce qui se passe dans une situation familiale, même lorsque des personnes sont absentes ou décédées depuis longtemps ? Comment pourraient-ils en savoir plus que les membres de la famille eux-mêmes ? Par magie, en somme, ou, comme on l’appelle dans le New Age, par « énergie quantique » / inconscient collectif / traumatisme ancestral / champs morphogénétiques.

Les constellations familiales ont connu un grand succès en Allemagne ces dernières décennies et le restent encore aujourd'hui. « Bert Hellinger est le thérapeute familial le plus en vue d'Allemagne », affirmait le journal Die Zeit en 2003. « C'est une sorte de dalaï-lama de la psychanalyse. » Cette approche est également populaire au Mexique , en Afrique du Sud, en Espagne et au Brésil. La formation pour devenir praticien en constellations familiales peut durer d'un week-end à trois ans et coûte jusqu'à 5 000 dollars par an. Elle est utilisée en psychologie organisationnelle et en ressources humaines pour résoudre les problèmes en entreprise. Elle est aussi utilisée pour aider les animaux de compagnie (« constellations animales »). On peut la pratiquer sur l'eau ou avec des chevaux. Certaines personnes l'utilisent même comme méthode d'intégration psychédélique.

Personnellement, je suis fasciné par le New Age. Il m’arrive de consulter le tarot ou le Yi Jing en ligne, et même, occasionnellement, des médiums. Chacun devrait être libre de croire et de pratiquer les méthodes de guérison alternatives de son choix. Nombreux sont ceux qui trouvent des réponses, du réconfort et un sentiment d’appartenance dans les approches spirituelles, comme les constellations familiales. Il y a d’ailleurs une part de vérité dans cette idée : nous sommes bel et bien façonnés par la dynamique familiale. Qui sait, peut-être que les traumatismes des générations passées nous affectent aussi. (La génétique familiale joue certainement un rôle, même si c'est moins passionnant à explorer lors d'un atelier de week-end.)
Mais il y a un monde entre « la dynamique familiale est réelle » et « des inconnus peuvent être choisis au hasard, placés dans un rôle, et canaliser comme par magie les sentiments d'une autre personne, de sorte que des décennies de traumatismes familiaux soient résolues en une heure de psychodrame ». Bien que se présentant comme une « thérapie », la Constellation Familiale relève davantage de la magie des vibrations que d'une thérapie fondée sur des preuves. De ce fait, ce processus est facilement influencé par la personnalité et les préjugés du praticien. Et toute cette approche est façonnée par la personnalité et les préjugés de son fondateur, Bert Hellinger.

Hellinger, décédé en 2019 à l'âge de 93 ans, a servi dans l'armée nazie dans sa jeunesse, puis est devenu moine catholique. Lors d'un séjour en Afrique du Sud, il s'est intéressé aux rituels zoulous et au culte des ancêtres. De retour en Allemagne, il a quitté l'Église et a développé sa thérapie alternative. Il a étudié la psychologie, mais n'a jamais obtenu son diplôme de thérapeute. Il semblait être une figure quelque peu conservatrice, autoritaire et patriarcale, et ses préjugés imprègnent le dogme de sa thérapie.

Bert affirmait l'existence de lois naturelles appelées les Ordres de l'Amour, selon lesquelles chacun fait partie de la hiérarchie familiale traditionnelle, gouvernée par le pater familias, et toutes les familles font partie de l'État, gouvernée par son dirigeant, et au-dessus de tout cela se trouve le Destin, absolu et immuable. Lorsque l'univers est en harmonie, chacun respecte sa place au sein de la cellule familiale, ainsi que l'autorité du pater familias et de l'État. Lorsque cela n'est pas le cas, la maladie et l'adversité surviennent, et une séance de Constellations Familiales est nécessaire pour rétablir l'harmonie cosmique.

Bert avait des opinions pour le moins excentriques. Il suggérait que L'homosexualité se manifeste au sein d'une famille lorsqu'un jeune homme est contraint, par la constellation familiale, d'endosser un secret ou un traumatisme familial enfoui. Par exemple, le décès d'une sœur aînée peut l'obliger à compenser en adoptant des comportements efféminés. Si ce traumatisme est mis en lumière lors d'une séance de constellations familiales, le jeune homme peut cesser de jouer le rôle de sa sœur et guérir de son homosexualité.

Bert pensait également que l'inceste survenait lorsque la femme ne remplissait pas ses devoirs sexuels envers son mari. Il écrivait : «Lorsqu'il y a inceste, il y a généralement deux agresseurs… Très souvent, la mère souhaite s'éloigner de son mari et rompt la relation… La fille prend alors sa place… C'est souvent la dynamique secrète de l'inceste. » Mais cette situation pourrait être résolue lors d'une séance de constellations familiales, qui pourrait se conclure par la fille agenouillée, demandant pardon au père qui a abusé d'elle. Extrait d' un article de 2005 sur les constellations familiales paru dans le magazine antifasciste néerlandais Alert : Des années de traumatismes et de victimisation terribles sont totalement niées, et lors des constellations familiales, ces problèmes sont « résolus » par le rituel suivant : le praticien ordonne à la fille représentée de s'agenouiller devant son père représenté (souvent en public !) et de dire : « Merci papa, je suis très reconnaissante d'avoir pu faire cela pour toi. » Hellinger croit que l'équilibre familial perturbé sera ainsi rétabli, mais les critiques soulignent que cette « thérapie » est extrêmement humiliante pour la victime et ne contribue en rien à la résolution d'un problème aussi grave. L'écrivaine allemande Elisabeth Reutter, victime d'abus sexuels de la part de son père durant son enfance, écrit dans son autobiographie Gehirnwäsche (Lavage de cerveau) que la thérapie incestueuse d'Hellinger a presque anéanti les derniers vestiges de sa dignité humaine.

Les constellations familiales sont souvent pratiquées par des personnes sans formation thérapeutique. Comme pour les séances dans le milieu psychédélique underground, il y a rarement de suivi ou de soutien post-séance. Ce qui est stimulant et amusant pour les personnes mentalement stables peut être déstabilisant et dangereux pour les plus vulnérables. L'article d'Alert rapporte : en 1997, une femme s'est suicidée après avoir participé à une constellation familiale à Leipzig. Elle souffrait de dépressions graves et de problèmes relationnels et espérait trouver une solution grâce à la thérapie d'Hellinger. La réaction évasive d'Hellinger à ce sujet fut la suivante : « Je n'ai pas pensé qu'elle puisse avoir des idées suicidaires. Je ne l'ai vue que trois minutes. » 

Les constellations familiales ont connu un succès particulier en Allemagne, notamment comme moyen d'exorciser la culpabilité liée à la Seconde Guerre mondiale. Hellinger, qui avait servi dans l'armée allemande, estimait apparemment que l'Allemagne avait tort de reprocher aux soldats d'avoir obéi au destin et servi le Troisième Reich – ils remplissaient leur rôle naturel au sein de la constellation d'État, tout comme les autres membres du régime. Il a déclaré un jour : Dans ce pays, une opinion publique largement répandue persiste selon laquelle ces criminels nazis étaient personnellement responsables de leurs actes et avaient pris des décisions de leur plein gré, et qu'ils sont donc à blâmer pour ces crimes. Mais c'est faux, car à l'époque, une force colossale les avait submergés. 
Même Hitler ne pouvait être entièrement blâmé. N'était-il pas simplement soumis au destin ? En effet, Hellinger semblait fasciné par le Führer. Lui et sa femme, une jeune médium nommée Maria Sophie Erdudy, achetèrent une villa ayant appartenu au Führer à Berchtesgaden, près de la frontière autrichienne. Dans l'un de ses livres, Hellinger écrivit une carte postale à Hitler : "Certains vous considèrent comme inhumain, comme si quiconque méritait ce qualificatif. Je vous vois comme je me vois moi-même : comme un être humain avec un père et une mère, et un destin extraordinaire. Cela vous rend-il plus grand ? Ou plus petit ? Meilleur ou pire ? Car si vous êtes plus grand, je le suis aussi. Et si vous êtes plus petit, je le suis aussi. Si vous êtes meilleur ou pire, je le suis aussi. Car je suis un être humain comme vous. Si je vous respecte, je me respecte moi-même. Et si je vous déteste, je me déteste moi-même. Ai-je alors le droit de vous aimer ? Suis-je même censé vous aimer, puisque sinon je ne pourrais m'aimer moi-même ?... Je ne peux vous plaindre, car votre ascension et votre chute ont la même origine que les miennes. Je la vénère en vous comme en moi, et je me soumets à tout ce qu'elle a engendré en vous et à tout ce qu'elle engendre en moi, ainsi qu'en tout autre être humain".

Et ainsi de suite. Cela nous rappelle qu'il n'est pas nécessaire de creuser bien loin dans la culture New Age pour y déceler des relents de fascisme mystique, notamment en Allemagne. Comme je l'écrivais dans mon article de 2020 intitulé « Les hippies nazis » , le mouvement nazi lui-même est né d'un terreau fertile d'occultisme, de théories du complot, d'anti-science, d'illibéralisme irrationnel et d'un ethno-nationalisme völkisch mystique .

Autre article de Jules Evans, si celui ci vous a parlé :


Statistiques et biais statistiques (un autre sujet)  https://substack.com/home/post/p-195346378

vendredi 3 octobre 2025

Mes transes

Ces dernières années, j'ai fait l'expérience d'un état de conscience nouveau pour moi: l'état de transe.
J'entends par là un état pendant lequel mon corps ne semble plus piloté par ma volonté, mais par quelque esprit autre que le mien. Concrètement, je me retrouve à faire des mouvements, des grimaces, des sons, à chanter à danser ou à parler en protolangage pendant une dizaine de minutes. Cela est surprenant pour moi autant que les personnes qui m'accompagnent. Dans les heures qui suivent, je me sens intensément bien, les idées claires, plein d'énergie, mais un peu troublé aussi par ce qui vient de se passer et dont je n'ai pris que partiellement conscience.

La première fois c'était en 2017 après une séance de respiration holotropique : Allongé sur le dos, j'inspire à fond : ventre... poitrine... clavicules, puis j'expire vivement par la bouche et j'enchaîne selon le rythme donné par mon partenaire, assis sur son zafou. Après quelques minutes mes avant-bras sont comme paralysés et deviennent douloureux. Mes pouces, en particulier, ne fonctionnent plus. Alors je lève les bras et je commence à faire bouger mes avant-bras, mes poignets, mes mains, comme si je dansais. Puis la danse se précise, se fait transe puis extase. Je sens aussi ma bouche se contorsionner en grimaces inconnues et cela me détend extraordinairement les traits du visage. Je sens la présence d'une Energie, partout autour de moi qui me traverse et me connecte avec tout ce qui existe. Je ressens aussi la joie essentielle, immense de faire partie du vivant.
Le dos au sol, yeux fermés, mes bras et mes jambes dansent puis je m'étire et j'étends à fond bras et jambes, mains et pieds. Peu à peu je suis comme possédé mais pas inconscient.
Voir article https://emagicworkshop.blogspot.com/2017/12/rebirth.html dans ce blog

Puis, j'ai découvert l'ecstatic-dance. Ouverture de la session, nous sommes une cinquantaine de danseurs.es, d'abord des chants, puis mise en corps, enfin la musique commence, va crescendo la danse devient de plus en plus physique et tout à coup, c'est comme si je franchissais une porte, comme si je traversais un mur. Mon souffle change, devient plus profond, moins saccadé et mes mouvements s'amplifient. Je ne ressens plus d'essoufflement ni de limitation musculaire. Vu de l'extérieur, je ne sais pas ce que ça donne, mais j'ai l'impression de beaucoup mieux danser. Plus vite, plus fort. Intérieurement, c'est magique, je ressens physiquement la musique et j'ai le sentiment d'interpréter cette partition par les mouvements de mon corps.
Lorsque ce processus s'arrête ( après une dizaine de minutes) je me sens extraordinairement bien, baignant dans un mix  de gratitude, de sérénité et de clarté mentale. Deux titres dont je me souviens particulièrement m'ont produit cet effet pendant une ecstatic dance en compagnie d'une cinquantaine d'autres danseurs. Ces deux titres sont  'an analog guy in a digital world' de Martin Roth, c'était lors d'une sorte d'afterlife après 2 heures de danse intense et le bouzouki du film Zorba le grec  que le MC avait posé au crux de la session !

Changa. Depuis quelques temps, un an environ, lorsque je fume la changa, il se passe de drôles de trucs. je ne suis plus seulement spectateurs de somptueuses coupoles qui s'érigent dans le ciel ou d'attelages divins qui le parcourent (cf trip reports dans mon article de blog https://emagicworkshop.blogspot.com/2022/04/dimitrips-et-moi.html), mais je prends aussi physiquement part à l'expérience. La première fois fut sur l'appel d'un tambour chamanique, avec des amis, par une belle nuit d'été. Nous avions tous plus ou moins fumé la changa et moi, j'avais mon compte. A un moment mon voisin, bien allumé aussi s'est levé du banc depuis lequel nous contemplions les étoiles et s'est mis à parler 'en langue' (protolangage) avec notre pote qui jouait le tambour. Sa diction était rapide et fluide  bien que la langue qu'il utilisait soit inconnue de nous tous comme de lui même. Puis il y a eu ce chant, repris en cœur par les copaines puis poussé à l'extrême, en vocalises d'opéra pour finir en un hurlement cathartique solo dont je ne me serais jamais cru capable. 
Plus tard cet été, une autre session, juste un darbouka, un didjeridoo une guimbarde, quelques taffes et me voilà parti dans un breathwork extrême qui alternait apnées, hyperventilation, chant diaphoniques et miaulements chamaniques. Mon ressenti était celui d'un animal logé en moi, qui tentait de se faire connaître, qui voulait sortir. Aux sons se mêlaient des grimaces et des contorsions et ce sentiment maïeutique de toucher quelque chose de tellement ancien, tellement profond, et terriblement incongru aussi.

Transe de possession. Ma dernière expérience de transe date de la semaine dernière. Cette nuit, avec quelques amis nous avons pris des champignons psilocybes qui poussent actuellement sur les montagnes. Ajouté à ça, quelques taffes de changa. A un moment je sors sur la terrasse. Comme je suis appuyé par mes des deux mains à la rambarde avec le bassin en arrière , un mouvement commence à s'imprimer dans mon corps. Une figure en forme de huit au niveau des hanches, de plus en plus ample. Peu de temps après, je remarque que l'air que j'inspire prend une densité nouvelle. Cet air est devenu un fluide, il roule dans mes poumons très harmonieusement et agréablement selon le rythme des inspirations et des expirations. Ensuite, je m'aperçois que, comme l'autre fois avec la danse, mon rythme respiratoire change radicalement et devient plus ample. Mais ce n'est plus moi qui donne ce rythme. Quelque chose autre respire à ma place, beaucoup plus amplement avec un grand art du souffle. Une sorte de jonglerie faite de l'air qui entre et de l'air qui sort. Puis je ferme les yeux; j'ai la vision très nette d'un tourbillon en forme d'entonnoir, de puits par lequel 'quelque chose'  entre d'un coup en moi et instantanément prend le contrôle de mon corps. Mes amis sont toujours là, autour de moi. Je pourrais interrompre ce processus , mais je le laisse continuer et ce souffle se transforme en un chant guttural et bizarre qui sort de ma bouche. J'exécute une sorte de danse chtonienne accompagnée par la musique de mes psalmodies. Tout cela me paraît très ancien, primal, chtonien comme la célébration de quelque culte oublié. La scène dure 5 minutes peut être, puis je reviens à moi. Mes amis me demandent comment je vais ou font mine de ne pas avoir vu ça. Et moi j'ai le sentiment très net d'avoir été investi par un esprit qui est entré en moi et a utilisé mon corps pour s'exprimer là, sur ma terrasse. Je suis un peu secoué, je me demande quelle est cette entité que j'ai sentie et que je n'ai pas vue, mais je me sens aussi fortement énergisé, confiant, posé. 

Ozias 03/10/25

A lire aussi dans ce blog 

samedi 13 septembre 2025

Psychédéliques et bande dessinée

Dans les années 60, quand le mouvement hippie se développe, Robert Crumb arrive à San Francisco et rencontre de nombreux dessinateurs comme Gilbert Shelton. Il publie ses premiers dessins dans les Zap Comix (comics auto-édité, créé par Crumb en 1968). Robert Crumb est plus un dessinateur de l'underground qu'à proprement parler psychédélique, mais ses dessins sont définitivement inséparables de la contre culture hippie.

Dès 1968 les Freak brothers de Gilbert Shelton synthétisent les aspirations, les convictions, les occupations, les hallucinations, les paranos, les mythes et les arnaques de toute la génération des baba cools. Tout y est, du quotidien des hippies (hygiène, alimentation, transport, loisir) aux engagements de la cause (politique, écolo, sociale, doutes inclus) en passant par les micmacs pour trouver, cacher et fumer son herbe, les déboires avec les administrations trop square et les flics trop dumb.


Impossible de parler de la grande époque baba cool sans citer Philippe Druillet et notamment le  très sombre et très visionnaire album de 'La Nuit' écrit suite au décès de sa femme et alors que Druillet se sur-défonçait aux drogues dures.

Kris Kool est un roman graphique de Philippe Caza publié en 1970 dans la foulée pop de Barbarella, Jodelle, Pravda, Saga de Xam… Quelques ennuis légaux ont fait que l’album n’a été diffusé que brièvement et aurait pu disparaître au pilon si l'éditeur n’avait pas planqué quelques cartons.

Frank est le Héros des BDs de Jim Woodring qui paraissent dans les années 90/2000. Un univers unique et psychédélique où des personnages obsessionnels (un homme-porc, une poule polyédrique et le chat Frank) font des apparitions récurrentes aussi crédibles que dans les vrais rêves.

Dope Rider est un Squelette voyageur camé héros de la BD éponyme de Paul Kirchner. Paru en France en 1976 dans l'Echo des savanes, après une dizaine d’année, il a disparu 30 ans pour réapparaître en 2021. Parfois en Noir et blanc, parfois en couleur, Dope Rider est toujours bien délirant.


Ultra Heaven (2008) est un manga japonais en noir et blanc écrit et illustré par Keiichi Koike : Dans un monde futuriste où l’usage des drogues est encouragé par tous les médias, un homme, recherche la drogue ultime, celle qui abolirait les frontières entre rêve et réalité. Sa quête le mène jusqu’à l’Ultra Heaven, une substance d’un genre nouveau. 

Brian Blomerth . Que ce soit par l'histoire de la découverte des champignons magiques par les époux Wasson (Mycelim Wassoni 2018) ou celle du LSD par Albert Hofmann (Bicycle day 2019) les BD de Brian Blomerth sont un hommage à l'expansion de l'esprit et des histoires visuelles d'une originalité saisissante.

En 2024 Nicolas Pegon  publie Le feu de Saint Antoine. C'est l'histoire d'un moine du XVeme siècle qui ingère du pain infecté par des ergots de seigle. Frappé par les hallucinations, le moine rencontre Antoine, psychonaute du xxe siècle avec qui s’instaure un dialogue sur la spiritualité, le sens de la vie et la finitude de l’existence.

Jesse Jacobs est un jeune illustrateur psychédélique canadien. Sous la maison, paru en 2018 est une fable new age avec un dessin faussement naïf et une approche détonante des couleurs, opposant la monochromie de la réalité suburbaine des personnages à la palette acidulée du monde artificiel dans lequel ils se réfugient.

Ron Regé, Jr. (né le 5 décembre 1969 à Plymouth) est un auteur de bande dessinée et musicien américain carrément branché fanzine et New Age. Sa BD Skibber Bee-Bye parait en 2000 aux USA. Visionnaire, , inclassable et psychédélique à coup sûr !
Last but not least, je viens de découvrir le travail de Ramin Nazer. Sa bande dessinée intitulée 'After you die' explore ce qui se passe après la mort du point de vue des religions du monde et des mystiques ou des chercheurs. Un auteur Hyper psychédélique à lire et à suivre ! 

Voilà pour ce que je connais. Je n'ai pas parlé de Giraud (aka Moebius) et de sa collaboration avec Jodorowsky (la série de l'Incal ) qui m'a parue plus SF que vraiment psychédélique. J'ai oublié surement beaucoup de noms, et je vous remercie de me les rappeler par vos retours ou commentaires. D'une manière générale il me semble que le psychédélisme a plus inspiré de graphistes et de dessinateurs que d'auteurs de BD. Voir à ce sujet  https://emagicworkshop.blogspot.com/2021/06/lart-visionnaire-psychedelique.html dans ce blog. Peut être que l'ineffable n'est pas facile à raconter, même en BD...

Ozias 
septembre25

Un lien incontournable pour rester branché https://lucydelic.fr/
Un autre lien qui expose le développement de la BD underground et psychédélique dans les années 60/70

dimanche 6 juillet 2025

RdR. Analyse de produits

"Sans risque, pas de réduction des risques". Le vieil adage de la RdR (réduction des risques) s'applique tautologiquement aux stupéfiants de rue qui ne font l'objet d'aucun contrôle qualité. Dans un souci préventif et sanitaire le Code de la santé publique (Loi 2016-41)  autorise l'analyse des stupéfiants  par les associations de RdR agrées (Art L3411-8 ) dans le cadre de la réduction des risques. Des travaux et des investissements sont en cours pour intégrer le 'drug checking' conformément aux directives européennes (EMCDDA 2023).

En France, ces analyses sont réalisées de façon anonyme et gratuite, sans risque pénal pour l'usager dans des associations telles que Médecins du Monde, Techno+, le collectif  'Not for Human', le réseau « Analyse ton prod' », ou bien les CAARUD. Ces associations collaborent le plus souvent avec le dispositif SINTES qui cherche plus spécifiquement à détecter la présence de substances nouvelles ou de réactions inattendues dans les produits psychoactifs en circulation.

Le plus simple est de se présenter au CAARUD le plus proche de chez soi avec un échantillon du produit à tester et de faire une demande d'analyse de produit. Certaines associations disposent même d'appareils mobiles et proposent l'analyse de produits lors d'évènements festifs (Festivals, raves). Le temps de réponse est variable (de quelques minutes à quelques semaines) selon les équipements disponibles et la technique d'analyse pratiqué par le point de collecte. En fonction des techniques utilisées les résultats peuvent être qualitatifs, quantitatifs, et mentionner ou pas la présence et la nature des produits adultérants rajoutés. 

Analyse de produits à distance et gratuite. OUI ! c'est possible !  L’analyse de drogues à distance à visée de réduction des risques est un dispositif légal, gratuit, anonyme, sécurisé et confidentiel visant à permettre aux personnes utilisant des drogues de connaître la composition des produits qu’ils utilisent en envoyant un échantillon de leur produit par la poste en en recevant leur résultats par internet. Vous demandez une analyse de drogues par mail à analyse@psychoactif.org en précisant le ou les produits que vous souhaitez analyser. Tout ça est expliqué sur https://www.psychoactif.org/blogs/L-analyse-de-drogue-a-distance-Psychoactif-en-a-reve-et-l-a-fait_7273_1.html

Le site psychonaut.fr est également un point d'entrée pour faire analyser un produit anonymement et gratuitement. Il faut s'inscrire, se connecter et faire sa demande sur le formulaire. L'analyse est effectuée par les laboratoires ATP-IDF ou Centre des Wads. Ce dispositif est proposé en partenariat avec Psychoactif et RDR-à-distance. Psychonaut.fr ne conserve aucune donnée personnelle. C'est à mon avis le meilleur moyen actuel d'obtenir une analyse quantitative sur le LSD (via Drug Lab). https://www.psychonaut.fr/threads/lanalyse-quantitative-de-lsd-est-disponible.37064/

Si vous avez les moyens vous pouvez également faire tester vos produits par un labo privé  sachant que le prix d'une analyse varie entre 60€ (qualitatif) et 120€ (quantitatif) et que l'analyse quantitative nécessite de connaitre la nature du produit à analyser. https://energycontrol-international.org/drug-testing-service/submitting-a-sample

Les principales techniques d'analyse.

1. Les réactifs colorimétriques (tests Marquis) permettent de positionner la substance inconnue dans une classe spécifique (ex amphétamines)  et d’éliminer d’autres classes. On peut s'en procurer sur Internet mais ils ne sont plus utilisés depuis 2005 par les associations de RdR en raison de leur manque de spécificité (détection de faux positifs).

2. La chromatographie sur couche mince (CCM).  Si la CCM  peut permettre aisément d’identifier la présence d'un composé bien connu (cocaïne, héroïne), en revanche elle ne permet pas de quantifier la proportion de principes actifs ni les adultérants contenus dans la poudre. De même, la présence de produits très actifs et en faible quantité (LSD, fentanyl) ne peut être reconnue. Les résultats sont rapides (moins d'une heure); mais si le dispositif est dans un laboratoire éloigné du point de collecte, le temps de réponse peut se compter en semaines. La CCM analyse principalement  MDMA, kétamine, cocaïne, héroïne, cathinones, 2CB et produits de coupe tels que caféine, lidocaïne, lévamisole, phénacétine. Les produits inertes comme le talc, le bicarbonate, les sucres, ne sont pas identifiés.

3. la IRTF ( FTIR Fourier Transform Infra Red). C'est une technique qualitative qui met en évidence la molécule la plus présente dans l'échantillon. Elle peut être réalisée sur site (festival), car il existe de petits spectromètres que l’on peut déplacer. Résultats très rapides qui peuvent orienter le choix des réactifs utilisés en CCM. Son point faible est de nécessiter le plus souvent des produits homogènes. S’il s’agit d’un mélange de plusieurs substances, l'infrarouge  permet d'identifier seulement les principaux composants du produit. Une bibliothèque dédiée à l'analyse des stupéfiants référence les drogues traditionnelles ainsi que des drogues ou les substances illégales nouvellement introduites. La spectrométrie Infrarouge n'identifie donc que les produits connus par ses bibliothèques. Divers accessoires peuvent être rajoutées pour transformer un spectromètre IRTF en un outil de quantification.

4. La HPLC (CLHP, HP-LC) ou chromatographie liquide à haute performance est une technique d'analyse permettant d'identifier et de quantifier les substances formant un mélange. Elle exige des équipement plus couteux, des calibrations régulières et les services d'un personnel qualifié. Le temps de réponse varie de quelques dizaines de minutes à quelques semaines selon l'équipement et le niveau de précision souhaité (ex distinguer kétamine S de Kétamine R, ou concentration de chaque substance présente dans le produit etc...).

Les techniques d'analyses décrites précédemment s'appliquent bien aux poudres, mais pas aux champignons ni aux plantes ni certains produits comme le GBL. Toutes les molécules ne sont pas quantifiables, ou identifiables, sur tous les appareils. 




Comme on peut le voir, les techniques d'analyse de produit sont incomplètes et rarement quantitatives. Les analyses les plus détaillées sont celles faites à l'aide du dispositif SINTES qui est sollicité pour les substances nouvelles ou ayant des effets inhabituels. Par contre, celles ci ne s'appliquent pas à toutes les demandes et requièrent de répondre à un questionnaire détaillé.
https://www.psychoactif.org/blogs/L-analyse-de-drogue-a-distance-Psychoactif-en-a-reve-et-l-a-fait_7273_1.html

mardi 17 juin 2025

Pour qui roulent les psychédéliques ?

Contre-culture, religion, médecine, technologie. Entre subversion, ordre et optimisation. Pour qui roulent les psychédéliques ?

Les substances psychédéliques sont-elles intrinsèquement porteuses d’une dynamique de transformation sociale ou bien sont elles en passe de s’intégrer aux paradigmes les plus conservateurs de nos sociétés ? Ce texte poursuit une réflexion entamée dans deux précédents articles sur les usages, les significations et les enjeux sociopolitiques liés aux usages des psychédéliques (voir histoire des psychédéliques en Occident, et psychédéliques: révolutionnaires ou réactionnaires ?

Contre-cultures, institutions, industries : les psychédéliques à la croisée des idéologies

Longtemps associés à l’imaginaire contestataire des années 1960 — mouvement hippie, pacifisme, critique du capitalisme — les psychédéliques connaissent aujourd’hui un surplus d’intérêt dans des milieux apparemment aux antipodes de cette tradition : droite radicale américaine, entrepreneurs de la Silicon Valley, transhumanistes, et même Big Pharma. Une mutation idéologique est-elle en cours ? Le psychédélisme possède-t-il un potentiel idéologique propre ou bien est-il fondamentalement malléable, selon les personnalités, contextes, les croyances et les régimes de vérité qui l'encadrent ?

Une polysémie idéologique

Les habituels défenseurs de la «renaissance psychédélique» avancent que ces substances conduisent naturellement à l’adoption d’une vision progressiste, écologiste et solidaire. Mais cette association est-elle un effet de leur nature ou une conséquence de leur illégalité ? En effet, la prohibition a longtemps fait des psychédéliques l’apanage de hippies ou de militants contestataire de l'ordre établi. Il se peut que les liens entre psychédéliques et subversion proviennent du seul statut illégal des substances qui attire de facto une plus grande quantité d'esprits rebelles opposés aux normes et aux lois et sensibles aux contre cultures. En réalité, leur usage dépasse de plus en plus largement les rangs de ces partisans de l'amour, de la paix et de la liberté.

« Historiquement, le psychédélisme n’est pas connoté idéologiquement, et surtout pas à gauche », rappelle Rémi Sussan, journaliste et spécialiste des contre-cultures numériques. Il cite l’exemple d’Ernst Jünger (1894–1998), écrivain allemand nationaliste conservateur, comme l’un des premiers à défendre une exploration structurée de l’esprit à l’aide de psychotropes. L'article précédent 'brève histoire des psychédéliques en occident' résume cette filiation.

Une pluralité de cadres d’usage entre tradition, médecine, et innovation.


1. Usages rituels et religieux : la sacralisation de l’ordre

Dans plusieurs traditions autochtones, les substances psychédéliques sont intégrées dans un système de représentation cosmologique : ayahuasca chez les Shipibo-Conibo (Labate et Cavnar 2014), iboga dans les pratiques Bwiti (Fernandez 1982). Ces usages ne visent pas tant la transgression que le maintien d’un ordre — cosmique, social, ancestral — que l'administration de sacrements et les transes permettent de régénérer ou de renforcer.

Plus proches de nous culturellement, des mouvements religieux tels que le Santo Daime ou la Native American Church proposent un usage encadré des psychotropes. Ces pratiques s’inscrivent dans une logique de ritualisation de la transcendance, où la vérité révélée possède un caractère essentialiste et normatif.

2. L’encadrement biomédical : rationalité scientifique et espoirs thérapeutique

Depuis les années 2000, les essais cliniques de thérapies assistées par psychédéliques (TAP) se sont multipliés, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne ou au Brésil. LSD, psilocybine, MDMA ou DMT sont testés pour traiter des troubles comme la dépression, les addictions ou le stress post-traumatique — en particulier chez les patients résistants aux traitements conventionnels à base d'antidépresseurs  (Nutt et al. 2013 ; Griffiths et al. 2016). Les motivations de consommation de psychotropes sont ici le plus souvent éloignées de toute forme de croyance et sont au contraire d'une grande rationalité  puisque ce cadre d’usage repose sur une rationalité instrumentale : quantification, protocole, validation par les pairs. Il tend à dépsychologiser — voire désacraliser — l’expérience au profit de ses effets mesurables. Paradoxalement, les retombées de cette recherche attirent des investisseurs issus de milieux  conservateurs, séduits par les promesses d’innovation médicale et de retour sur investissement d'un marché estimé à 5milliards de dollars en 2030.

3. Une médecine aux croisements du religieux et de l'humanisme positiviste.

Deux grandes orientations se dessinent  principalement au sein des thérapies assistées par psychédéliques : l’une, portée par Roland Griffiths, réhabilite la dimension mystique de l’expérience, en s’appuyant sur les récits de révélation et de transcendance (Griffiths et al. 2006) ; l’autre, menée par Robin Carhart-Harris, adopte une posture neuroscientifique, physicaliste et agnostique (Carhart-Harris et al. 2014).
Ces deux courants témoignent de la tension constitutive entre sacralisation de l’expérience et objectivation scientifique, entre quête de sens et régulation pharmacologique. Pluralité ici dans le positionnement des thérapeutes 'holistiques' qui peut se rapprocher de certains courants évangélistes conservateurs ou être au contraire franchement scientifique humaniste et positiviste. 

4. Technologie et psychédélisme: une alliance inattendue ?
Le lien entre substances hallucinogènes et innovation technologique n’est pas inédit. Steve Jobs attribuait une partie de sa créativité au LSD. Plus récemment, Elon Musk a publiquement évoqué son recours à divers psychotropes tels que la DMT, les champignons ou la kétamine. Le festival New Age 'Burning Man', soutenu financièrement par Google, constitue un espace d’expérimentation sociale où se mêlent art numérique, états modifiés de conscience et utopie entrepreneuriale (Turner 2009). 
Cinquante ans après l'été 1967, les enfants des hippies de San Francisco ont redécouvert les vertus des drogues hallucinogènes. Mais pas seulement pour pimenter leurs fins de semaine : ce sont pour eux de vrais outils de performance professionnelle. Loin d’une quête de paix intérieure, les entrepreneurs de la Tech voient dans les psychédéliques des leviers d’optimisation : booster la créativité, augmenter la productivité, stimuler l’innovation. Cet usage utilitariste s’inscrit dans une vision techno-libertarienne du monde, où l’individu, augmenté par la substance, devient le moteur du progrès. Les psychédéliques ne sont pas perçus comme outils de libération mais comme instruments de performance cognitive. Le psychédélisme devient alors l’allié d’un projet d'innovation à marche forcée et d’optimisation individuelle.

5. Vers un transhumanisme psychédélique
Les états de conscience modifiés, tels que ceux obtenus par l'utilisation de substances psychédéliques, sont aussi une façon 'd'augmenter' chimiquement notre niveau de conscience à l'instar du dopage sportif qui est une autre forme de transhumanisme chimique. Le concept d'homme devenu Dieu a succédé au mythe chrétien du Dieu fait homme. Larry Page (co-fondateur de Google) et Elon Musk ne sont pourtant pas les premiers à avoir rêvé de surhomme ou d'amélioration de l'espèce (ou de la race) humaine. Depuis la découverte de la théorie de l'évolution par Darwin l'humanité est "devenue l'Evolution consciente d'elle même" selon la formule de Julian Huxley biologiste, et frère de l'auteur du 'meilleur des mondes'. Les psychédéliques trouvent dans le transhumanisme de nouvelles affinités et finalités : élévation de la conscience et conception mentales multidimensionnelles, aide au téléchargement de l'esprit et au développement de bioformes autonomes. L'une des principales conséquences de 'l'augmentation' de nos performances, qu'elle soit d'origine génétique ou mécanique, étant de nous distancier socialement les uns des autres et aussi de notre environnement, il est évident que l'utilisation des psychédéliques à des fins transhumanistes ne débouchera pas sur une plus grande solidarité environnementale et sociale. 
Cette orientation n’implique ni solidarité ni quête de justice : elle inscrit les psychédéliques dans une logique sélective et élitiste. Le rêve d'une conscience augmentée devient vecteur d’exclusion, de verticalité, voire de spiritualité autoritaire.

6. La fabrique de l’expérience : perception, interprétation, intégration

Finalement, chez tous ceux et celles qui l'ont vécue, l'expérience psychédélique consiste en une altération du niveau de conscience qui fait apparaitre nouveau, étrange, le réel qui nous entoure. Le psychonautisme est l'exploration du filtre au travers duquel nous apparait la réalité du monde. 

Les expériences de vision augmentés, de fractales cosmiques, télépathie, synesthésies, visions, possessions, sont fréquentes. Chaque psychonaute a connu le sentiment, ou plutôt l'évidence, de la révélation de vérités, d'ordre caché, ou des connexions qui nous relient au monde extérieur.  Parfois même l'expérience va jusqu'à la disparition du soi, de l'ego ou à la révélation mystique qui nous met en contact avec des entités supérieures ou 'divines'. Si nos expériences comportent d'évidentes similitudes, il n'en est pas de même des interprétations que nous allons leur donner. Celles ci sont liées à notre culture, aux croyances que nous côtoyons, à notre histoire. Ainsi, la régulation sociale, qui est l'un des effets des psychédéliques pris en groupe, peut être instrumentalisée selon un mode libertaire (Summer of Love) ou hiérarchisée (Eglise Santo Daime). Le phénomène de cohésion groupale peut être interprété comme amour universel ou instrumentalisé comme enrôlement sectaire. La solidarité, produite par la perception tangible des liens qui nous connectent aux autres peut tourner à l'enrôlement dans un milieu fortement hiérarchisé et l'intention d'accéder à un niveau de conscience plus élevé peut se transformer en une forme d'eugénisme spirituel. Le monde nouveau que nous montre les psychédéliques peut être facteur d'évolution et de changement ou au contraire s'interpréter comme la démonstration de l'entéléchie de nos existences. (Posture philosophique qui assigne à un être une existence définie. Ex : le gland sera chêne).

Au commencement : Croire ou douter

L’expérience psychédélique elle-même — visions, synesthésies, dissolution de l’ego — tend à produire une sensation d’évidence ontologique et nous confronte à des visions, et des expériences, qui nous dépassent. Pourtant, les interprétations varient considérablement selon les cadres culturels, religieux ou idéologiques. Le cadre dans lequel s’inscrit l’expérience (set and setting, mais surtout culture) oriente puissamment l'usage et sa signification : rituelle, médicale, mystique ou productiviste. 

Croire ou douter :  deux régimes de sens, deux clef d'interprétation incompatibles

L’usage que l’on fait des psychédéliques comme les interprétations que l'on en retient semble dépendre moins des substances elles-mêmes que du cadre philosophique ou spirituel dans lequel elles sont utilisées. In fine, deux visions antagonistes du monde s'affrontent  :

  • Une vision conservatrice, dans laquelle l’expérience psychédélique révèle un ordre supérieur, une transcendance — Dieu, nature, technologie — qu'il nous faut découvrir et à laquelle il faut se conformer. On retrouve ici des congrégations religieuses, des écologistes néo-paganistes des techno libertariens et des transhumanistes. 

  • Une vision progressiste, positiviste, matérialiste ou sceptique, dans laquelle les psychédéliques ne révèlent pas un ordre, mais une complexité. Ils deviennent un outil d’exploration, de déconstruction et d’invention du futur monde possible selon tous les degrés de liberté qui sont ceux la vie.

Ces deux régimes d’interprétation — croyance versus scepticisme — sont philosophiquement irréconciliables, mais c’est peut-être au cœur même de l’expérience psychédélique, que l'on rencontrera l'évidence du choix de notre interprétation du monde .

Ozias Juin 2025

Cartographie des postures psychédéliques.

A lire en complément 

Et aussi une excellente; et anonyme promenade métaphysique lue sur le blog de la SPF https://societepsychedelique.fr/fr/blog/vertige-et-psychedeliques

https://notforhuman.org/index.php/2025/03/17/contre-culture-un-autre-regard/

Critique à boulets rouge du psychédélisme 'de gauche' dans 'psychedelic Injustice' de Tom Hatsis https://boghossian.substack.com/p/why-critical-social-justice-ruins/comments

samedi 7 juin 2025

Brève histoire des psychédéliques en occident

En Occident, l’intérêt pour les substances psychédéliques émerge véritablement au XXe siècle. Dès les années 1930, des figures intellectuelles telles qu’Aldous Huxley, Ernst Jünger, Walter Benjamin ou encore Henri Michaux s’intéressent aux effets altérés de conscience procurés par certaines substances, qu’elles soient issues des traditions ethnobotaniques comme le peyotl ou les champignons hallucinogènes, ou issues des progrès récents de la chimie, à l’image du LSD, synthétisé pour la première fois en 1938 et dont les effets furent découverts en 1943 par Albert Hofmann.

Ces pionniers du psychédélisme s’inscrivent dans une continuité culturelle et littéraire remontant au romantisme du XIXe siècle, à travers les écrits de Charles Baudelaire, Thomas De Quincey ou Théophile Gautier, qui avaient déjà exploré les potentialités de l’extase artificielle via l’opium, le haschich ou l’absinthe. Cet intérêt pour les psychotropes s’ancre aussi dans un contexte intellectuel plus large : la diffusion des théories psychanalytiques individuelles ou transpersonnelles, un regain d’intérêt pour les spiritualités païennes – parfois d'inspiration nationaliste, notamment en Allemagne (néo paganisme) –, ainsi que de nouveaux questionnements existentiels liés à la modernité et à la désacralisation du monde.

À ses débuts, l’usage des psychédéliques reste donc l’apanage d’une élite intellectuelle et artistique, souvent conservatrice, voire réactionnaire (comme chez Ernst Jünger), dont la quête est avant tout introspective, esthétique et mystique. Le psychonautisme originel est une pratique élitiste, marquée par la recherche de sens d'un monde en mutation.

Mais dans les années 1950 et 1960, un tournant s’opère: l’accès aux psychotropes se démocratise, notamment grâce aux expérimentations menées dans certains milieux universitaires aux USA (Timothy Leary à Harvard), et les idéaux contre-culturels s’en emparent. Les beatniks d’abord, puis le mouvement hippie, popularisent l’usage des psychédéliques dans une perspective de libération individuelle et collective. Le slogan emblématique de Leary – "Turn on, tune in, drop out" – illustre parfaitement cette volonté de rupture avec les normes sociales, au profit de valeurs perçues comme plus authentiques : peace, love and freedom, autrement dit pacifisme et désarmement, solidarité et entraide, refus de l’autoritarisme et interdiction d'interdire.

Face à cette effervescence culturelle perçue comme subversive, les gouvernements occidentaux réagissent avec fermeté. Inquiets des effets potentiels de ces substances sur la conscience politique et sociale des jeunes générations, les pouvoirs publics craignent que les expériences psychédéliques ne favorisent des prises de conscience radicales en matière d’écologie, de justice sociale ou de critiques des institutions. En 1971, les principales substances psychédéliques (LSD, psilocybine, mescaline, etc.) sont classées comme drogues illégales, jugées sans intérêt médical et à haut potentiel de danger. Leur usage, leur détention et leur distribution sont sévèrement réprimés à travers le monde.

Il faudra attendre le début du XXIe siècle pour qu’un regain d’intérêt scientifique émerge autour des psychédéliques. Suite aux avancées de l’imagerie cérébrale, à la montée des critiques envers les anxiolytiques, et à l’inefficacité des antidépresseurs face à la dépression résistante ou au stress post-traumatique, une nouvelle génération de chercheurs se penche de nouveau sur les potentialités thérapeutiques du LSD, de la psilocybine, de la kétamine ou de la MDMA.

Depuis une quinzaine d’années, les psychédéliques connaissent ainsi un véritable retour en grâce, devenant l’objet d’articles dans les grandes revues scientifiques (NatureThe Lancet Psychiatry, etc.) mais aussi dans les médias grand public. Ils sont désormais au cœur d’un engouement culturel renouvelé, allant de la médecine aux séries diffusées sur Netflix, symboles d’un nouveau regard sur ces substances longtemps diabolisées, mais désormais réévaluées sous l’angle du soin, de la croissance personnelle et de la transformation de la conscience. 

Dans l'article suivant nous nous intéresserons aux différents courants de pensées et approches qui traversent les communautés psychédéliques, pour tenter de comprendre si leur usage s'inscrit aujourd'hui dans une vision plutôt conservatrice et théiste, ou plutôt libertaire ou carrément libertarienne.

Ozias

Consulter aussi : 


https://emagicworkshop.blogspot.com/2025/06/psychedeliques-revolutionnaires-ou.html

https://vih.org/drogues-et-rdr/20240122/la-renaissance-psychedelique/

https://emagicworkshop.blogspot.com/2023/03/lsd-histoire-et-mythes.html

https://emagicworkshop.blogspot.com/2020/07/transhumanisme.html