mardi 17 septembre 2019

les irremplaçables

Howard Lefthand
Cynthia Fleury est philosophe et psychanalyste. Pas étonnant donc que son dernier livre  'Les irremplaçables'  se place à la croisée de l'intime et du politique.  'Les irremplaçables'  raconte comment le pouvoir et ses systèmes d'évaluation s'y prend pour nous “exproprier de notre propre expérience”. Dans son livre Cynthia Fleury définit l'individuation, comme le tissage des liens que l'individu établit avec le réel. Pour l'auteur, l'irremplaçabilité n'est  autre que la porte d'entrée du réel. Le pouvoir, lui cherche à détruire les capacités d'individuation de chaque individu ou plutôt de nous faire croire que notre individuation nécessite un strict individualisme.
La première partie du livre étudie et définit l'individuation et l'irremplaçabilité. La seconde pose la question de la légitimité de l'exercice du pouvoir et des conditions de son maintien tandis que le dernier chapitre (en cours de lecture) traite de l’éducation.
Les analyses du pouvoir, qui occupent le cœur du livre,  sont particulièrement pertinentes et subversives. Exemples et extraits "Si l'exploitation capitaliste génère si peu de révoltes, c'est parce qu'elle capte, plus encore que les richesses, l'attention des individus. Les individus sont distraits, divertis au sens pascalien. Ils sont pleinement occupés à ne pas penser car la non pensée est une jouissance. Si les sujets ne sont pas dans la lutte, c'est qu'ils n'ont pas le temps de la mener."(p103).

Cynthia Fleury démonte la dé-verbalisation orwellienne du langage 'Les acronymes, les mots amputés permettent "d'économiser du temps" : Parler plus vite pour ne pas penser ce que l'on dit' .../... 'Le fascisme n'est pas d'empêcher de dire, c'est d'obliger à dire'. Elle décortique la condition du courtisan dans laquelle le pouvoir enferme chacun d'entre nous. "Aujourd'hui la cour s'est indifféremment agrandie aux champs professionnels, privé ou culturel. Il n'est pas demandé à l'individu d'être le courtisan d'hier . Il faut être quelqu'un, et être flexible. Donner l'apparence du nom et de l'irremplaçable, mais bien veiller également à être remplaçable pour éviter d'être taxé de rigidité pathologique. .../... La vérité ancestrale de la cour reprend la main dans le champ actuel du capitalisme : n'être quelqu'un qu'à la condition d'être au service de l'autre, l’intéresser au sens où l'on fait siens ses intérêts, soi même croyant protéger ainsi ses propres intérêts, et dans le piteux calcul, y perdre le peu de de soi qui reste, et le peu de (lien à) l'autre dont l'altérité n'a jamais fait sens ni joie. Cynthia Fleury s'attaque aussi au système d'évaluation qu'elle compare au pénitencier Panopticon de Bentham : l'individu enfermé seul au milieu de tous les autres sous le regard du pouvoir invisible qui le contrôle." L'idéologie de l'évaluation est une forme de continuation du panoptique. Celle qui s'affiche sous la bannière de l'égalitarisme et de la méritocratie est en fait l'opposé du paradigme de l'émancipation." (p136). Voir à ce sujet l'article suivant : http://emagicworkshop.blogspot.fr/2015/11/evaluations.html

Les Irremplaçables est un ouvrage de réflexion accessible et salutaire dans notre "monde social où la passion pour le pouvoir prévaut comme s'il était le nom du réel".
Je vous souhaite de trouver le trouver le temps de le lire.
'Sapere aude' ! 
(ose penser !)

Ozias

(Lecture novembre 2015)
Pénitencier Panoptique

mercredi 11 septembre 2019

Ne travaillez jamais

Gut Debord, 1953
"Ne travaillez jamais", le slogan situationniste de Guy Debord est aussi le titre d'une analyse marxienne consacrée au caractère fétichiste du travail dans la société capitaliste.
Son auteur, Alastair Hemmens, faisant référence aux travaux de penseurs français comme Fourier, Lafargue, Breton ou Debord, montre que le travail n'est pas une "nécessite naturelle" trans-historique mais une réalité sociale imposée historiquement.

Alastair Hemmens constate tout d'abord que le 'travail-production' source de toute valeur économique ne constitue qu'une partie de l'ensemble de l'activité sociale humaine. Par exemple, la garde des enfants, l’approvisionnement et l'entretien du foyer, ne sont pas considérés comme du travail, dans la mesure où il n'existe ni contrat, ni salaire bien que la valeur d'usage de ces services soit incontestable.  
'Pour Marx, le travail n’est pas un fait neutre propre à toute vie sociale, pas plus que l’industrie moderne n’est une étape inévitable de l’évolution humaine, mais plutôt une forme sociale historiquement spécifique qui jette les bases d’un processus de domination impersonnelle, abstraite et sans sujet, qui donne à la réalité phénoménologique un caractère historique « directionnellement dynamique ». Le travail, en tant que tel, est essentiellement une sorte de médiation sociale qui ne constitue la base de l’être social que dans le capitalisme, structurant à la fois des pratiques historiques déterminées et des formes quasi objectives de pensée, de culture, de visions du monde et d’inclinations. Le travail, dans la sphère limitée de la modernité capitaliste, médiatise et façonne donc l’ensemble de la réalité objective et subjective (et même dépasse et explique forcément de telles dichotomies théoriques)'.

Le travail n'est pas une catégorie neutre, positive et universelle de l'activité humaine comme parler ou respirer. Le travail, dans notre société moderne est devenu une forme sociale totalitaire, négative, fétichiste et destructrice qui dégrade et avilit tout ce qui n'est pas considéré comme 'productif'. Le travail fait obstacle au développement d'une existence créative et riche de sens.

"Ne travaillez jamais" est aussi une réflexion critique des fondamentaux de l'économie que sont l'argent, le travail, la marchandise. 
Selon les économistes classiques (Adam Smith, David Riccardo), le travail, l'activité humaine, forme la valeur des produits (valeur marchande, valeur d'échange). Cette définition de la valeur s'oppose à celle des physiocrates pour qui la valeur est liée à l'utilité du produit (valeur d'usage).  Marx attribue la valeur d'un bien à la quantité d'activité humaine nécessaire à sa réalisation, qui accompagne la marchandise comme une espèce d'ombre, mais il considère aussi la valeur marchande d'un produit comme une fiction sociale faite de rapports sociaux. La valeur du produit est donc un critère quantitatif indifférent aux besoins des producteurs et des consommateurs. La question classique du partage de la valeur entre capitaliste et travailleur se double ici de la critique du fétichisme de la marchandise, ou critique de la valeur (Wertkritik). 

Le travail abstrait se définit comme le temps de travail socialement nécessaire pour créer de la valeur. Pour différencier travail abstrait et travail concret, on peut prendre l'exemple de travailleurs indiens, qui en travaillant toute une journée pour 2$ (travail concret) créent moins de valeur qu'un travailleur high-tech occidental en 2 heures pour 200$. Le travail abstrait, qui n'est pas spécifique à une tâche ni à un exécutant, est la quantité de travail incarnée dans un bien et nécessaire à la création de la valeur (ex 100€ qui deviennent 115€). 
'C'est l'indifférence de ce travail pour tout contenu et pour toute conséquence, et sa séparation par rapport au reste de la vie qui constitue son potentiel destructif' (p11). 
*'Dans le fétichisme de la marchandise - qui est inséparable de la société capitaliste elle même et ne disparaîtra qu’avec elle -, le côté concret des produits, des travaux et finalement de toute manifestation de la vie humaine se voit placé au deuxième rang, derrière le côté « quantitatif ». Le côté concret n’est que le « porteur », la « représentation », « l’incarnation » d’une substance invisible, abstraite et toujours égale : le travail réduit à sa seule dimension temporelle.Tous les acteurs ne font qu’exécuter des lois qui se sont créées « dans leur dos ». Le marché fera cesser la production de jouets et privilégiera la production de bombes, si cela donne plus de profit, sans prendre en compte leur côté « concret » et ses conséquences. En effet, la logique fétichiste fait abstraction de la différence concrète entre la bombe et le jouet ; elle ne compare que deux quantités de travail abstrait. Si un capitaliste, par scrupule, se refusait à cette logique, il serait rapidement éliminé du marché. Les marchandises « sensibles » (concrètes) sont assujetties à leur invisible nature « suprasensible », donnée par le travail abstrait'.

De plus, en remplaçant le travail vivant par des machines, le capitalisme a créé une crise historique du travail en même temps qu'il a diminué la création de valeur. 'Depuis plus de deux cents ans, la logique capitaliste tend à "scier la branche sur laquelle elle est assise", parce que la concurrence pousse à l’emploi de technologies remplaçant le travail vivant : cela comporte un avantage immédiat pour le capital particulier, mais diminue d’autant la production de valeur, de survaleur (plus-value) et de profit à l’échelle globale, mettant ainsi en difficulté la reproduction du système'. La financiarisation de notre économie n'est qu'une conséquence de la mécanisation de la production, une fuite en avant dans le sens unique d'une croissance garante de l'équilibre social par le biais de la promesse du partage. La croissance est indispensable au système, comme le fétichisme de la marchandise et l'accumulation de valeur sont indispensables à la croissance. La domination du capitalisme se présente alors sous son aspect fétichiste et anonyme, systémique. 
Bref, ce système va structurellement dans le mur de l'épuisement humain et environnemental et il est bon que les sujets automates que nous sommes devenus sachent en prendre conscience.

Ozias, à l'écoute de vos commentaires

* Enselm Jappe 'Le fétichisme de la marchandise'

A lire aussi
https://iaata.info/Ne-travaillez-jamais-Rencontre-avec-Alastair-Hemmens-et-les-Editions-Crise-et-3567.html https://lejournal.cnrs.fr/articles/six-scenarios-dun-monde-sans-travail
http://data.over-blog-kiwi.com/1/48/88/48/20190619/ob_d0e2a0_theorie-marxienne-et-critique-du-trav.pdf
http://www.palim-psao.fr/2018/08/quelques-points-essentiels-de-la-critique-de-la-valeur-par-anselm-jappe.html

Voir aussi dans ce blog :
https://emagicworkshop.blogspot.com/2015/05/au-travail.html
https://emagicworkshop.blogspot.com/2015/12/la-comedie-humaine-au-travail.html
https://emagicworkshop.blogspot.com/2017/02/le-spectacle.html
https://emagicworkshop.blogspot.com/2017/02/le-temps-de-la-societe-du-spectacle.html
https://emagicworkshop.blogspot.com/2017/03/bore-out.html
https://emagicworkshop.blogspot.com/2016/06/democratie-tabou.html
https://emagicworkshop.blogspot.com/2017/09/obeir.html
https://emagicworkshop.blogspot.com/2016/09/senior.html

dimanche 18 août 2019

Techno et Transe

Château Perché 2019 (Photo Ozias)
Un article trouvé sur Traxmag que je vous propose tel quel car je le trouve très juste :

Si on parle souvent de transe pour qualifier un set ou un morceau, est-il possible de connaître une expérience spirituelle en écoutant de la techno (au sens large) ? Ouvre-t-elle des portes mentales et si oui, où mènent-elles ? Nous sommes partis à la rencontre de psychanalystes, musicothérapeutes, hypnothérapeutes et même une chamane pour crocheter les portes de la perception.

Par Michael Pécot-Kleiner


On appelle ça communément "une perche". Le jour se lève et ça fait maintenant un paquet d'heures que je suis en train de danser devant les caissons de ce sound-system. Corps et esprits hypnotisés, l'équivalent d'une pharmacie dans le porte-pipe, mes coordonnées spatio-temporelles sont en vrac. Des visions existentielles remontent à la surface. Les nœuds se défont. Je rouvre les yeux : à côté de moi, d'autres ont également réservé leur billet pour l’Interzone...

Cette expérience maintes fois répétée – de mes premières free parties au milieu des 90’s aux afters actuels en banlieue parisienne – m'a toujours fait sentir qu'il y avait dans la musique électronique une puissance supérieure au simple consumérisme « hédoniste ». Une puissance presque mystique, qui permet de se reconnecter à un ailleurs encore mal déterminé. Une puissance qui confine à l'état de transe, qui n'est pas sans rappeler les rituels sacrés des peuples premiers. La question se pose dès lors : les teufs techno sont-elles une résurgence de ces cérémonies collectives, qui paraît-il, sont vieilles comme le monde ? Plus pertinemment : dans nos sociétés hypermatérialistes, offrent-elles la possibilité d'une transe moderne ?



La transe comme passage

Revenu sur Terre, il est temps de se documenter. Si tout le monde utilise le mot "transe", en réalité, je ne sais pas exactement ce qu'il signifie, ni ce qu'il décrit. Le bouquin de Georges Lapassade (La Transe, 1990) m'aide à y voir plus clair. J'y apprends qu'étymologiquement, "transe" vient du latin transire, qui signifie "passer". Plus précisément, passer d'un état à un autre, d'un état "normal" à un état "second". Ce que je capte sans trop de mal.


« Quelles que soient la latitude ou l'époque, l'être humain éprouve le besoin de se relier – par l'induction de drogues, de danse et de musique répétitive – à des réalités différentes. »


Ces états seconds, redéfinis par les psychologues américains dans les années 60 comme "états modifiés de conscience", se caractérisent par un changement qualitatif de la conscience ordinaire, de la perception de l'espace et du temps, de l'image du corps et de l'identité personnelle. Ce changement suppose une rupture, produite par une induction. Historiquement, ce phénomène – aussi bien psychologique que social – a semble- t-il toujours été là : on le retrouve dans les Dionysies de la Grèce antique, où les Ménades (prêtresses de Dionysos) célébraient leur dieu en se cartonnant avec du vin coupé à l'amanite tue-mouches ; les cérémonies, vieilles de plus de 2 000 ans, des Indiens d'Amazonie, qui communiquent avec les esprits en buvant du yagé/ayahuasca ; les rites ancestraux des chamans de Sibérie ; les danses thérapeutiques et extatiques de l'Inde, etc.. Bref, quelles que soient la latitude ou l'époque, l'être humain éprouve le besoin de se relier – par l'induction de drogues, de danse et de musique répétitive – à des réalités différentes. Mais en quoi, justement, la techno et ses orgies (et là je parle de la vraie techno, la pure, la magique, celle jouée dans des espaces libres, et non la soupe commerciale de "discothèque") peuvent-elles constituer un passage vers ces dimensions autres ?

Un retour au stade fœtal


« La techno provoque l'état de transe par l'essence même de sa construction : un premier rythme simple et confortable, puis l'arrivée d'autres rythmes et/ou sons plus élaborés qui se superposent. Le cerveau ne parvient plus parfaitement à trier, ce qui provoque une sorte d'ivresse. »


Je me souviens, un soir de redescente, être tombé par hasard sur un docu fort intéressant appelé Free party, en deçà du bien et du mal. Dans ce documentaire datant de 2003 et signé Pascal Signolet, la psychanalyste freudienne Charlotte Herfray y décrypte la musique techno (et ici plus particulièrement la tribe) comme une possibilité de revenir à un temps anténatal : pour elle, la pulsation répétitive des basses évoque les battements du cœur maternel et renvoie directement aux sons entendus lorsque nous étions au stade fœtal. Cette ultime régression permet ainsi un lâcher-prise efficace avec le monde "quotidien" et constitue le terrain idéal d'une transe hypnotique.

Suivant cette piste, je contacte le musicothérapeute Loup Bosh y Palmer afin d’approfondir cette hypothèse. « La techno provoque l'état de transe par l'essence même de sa construction : elle est souvent composée d'un premier rythme simple et confortable dans lequel on s'installe comme dans un cocon, explique-t-il. Puis cette construction progresse vers une complexification avec l'arrivée d'autres rythmes et/ou sons fluides plus élaborés qui, au lieu de résonner par les harmoniques, se superposent de manière isolée. En conséquence, le cerveau reçoit pas mal d'informations sonores qu'il ne parvient plus parfaitement à trier, ce qui provoque une sorte d'ivresse. Enfin, la pulsation de base reste comme un fil conducteur qui nous rattache à la réalité. Ce qui nous permet de savoir que l'on est “ailleurs” car on aperçoit (de loin) cette première réalité de départ. » Et de conclure en approuvant la théorie de Charlotte Herfray : « La techno joue en effet avec des types de sons que l'on découvre au stade embryonnaire, l'oreille étant le premier sens à se développer. C'est pourquoi on peut lui trouver quelque chose de primal, d'hypnotique. »



De l’autre côté du miroir


La techno est donc une clé, mais vers quoi nous mène-t-elle ? Qu’y a-t-il de l'autre côté de la porte ? Le rendez-vous est pris avec Corine Sombrun, ancienne reporter pour la BBC, auteure de nombreux livres sur le chamanisme, elle-même devenue chamane après une initiation de plus huit ans aux frontières de la Sibérie. Fait remarquable : elle contribue depuis onze ans à l'avancée de la recherche sur les états de conscience modifiée en neurosciences, en collaborant avec l’Inserm et l'Alberta Hospital au Canada. Personne ne me semble mieux placée pour faire avancer mon enquête que cette experte de la transe.

Toute juste revenue d'Alaska, je la rencontre dans un petit bar à Pigalle. Je décide de lui montrer deux vidéos illustrant la transe propre à la techno. La première se déroule lors d'un lever de soleil au Boom Festival en 2014, la seconde au Shambala en 2008. En visionnant ensemble ces corps extasiés par les produits et les heures de danse, je lui demande s'il existe des similitudes avec les rituels chamaniques traditionnels. Pour elle, pas de doute, « il y a la même utilisation de la musique pour provoquer un état qui va permettre de se sentir plus "grand que soi". De sortir du "je". Du coup, on a cette notion d'ego qui fond un peu, et on se sent plus reliés. On prend donc le plaisir de danser ensemble et d'arriver dans cet état qui fait que 1/ on se sent moins limité, et 2/ on est en connexion avec les autres. »



« Quand on entre en transe, il y a comme un shift entre les deux hémisphères de notre cerveau. On devient plus perceptif. Il y a quelque chose de sain là-dedans. »


Mais, très concrètement, que se passe-t-il dans nos cerveaux à ce moment-là ? « Il y a comme un shift entre les deux hémisphères. Habituellement, c'est le cerveau gauche (la pensée analytique, ndlr) qui l’emporte sur le droit (émotion, perception, intuition, ndlr). Dans ces états-là, c'est l'inverse. Du coup, l'interface cérébrale filtre les informations d'une manière différente. On est dès lors plus perceptif. Le corps, quant à lui, peut rentrer dans des processus mettant en place des réponses et des systèmes de régulation que lui seul connaît. Tu vas te mettre à faire un geste plutôt qu'un autre, un cri plutôt qu'un autre. Et ces gestes, ces cris, tu ne les décides pas. C'est notre corps, son intelligence, qui les génère. Ça doit probablement libérer des processus d'auto-guérison, de réparation, des processus que l'on ne connaît pas encore aujourd'hui. Il y a quelque chose de sain là-dedans. »

Cependant, les similitudes s'arrêtent là. Corine Sombrun m'apprend que cette "transe techno" ne constitue en réalité qu'une première étape, une condition de possibilité à la transe chamanique. Que cette dernière est le fruit d'un long travail d'initiation, de discipline, d'apprentissage, afin de parvenir à des niveaux de perception plus élaborés. Et surtout, dans la transe chamanique, « il y a toujours un but. Et le but, dans les tribus sibériennes, ce n'est pas de danser, c'est d'obtenir des réponses qui vont être utiles à la communauté. »



La transe moderne n’a pas de tête


Sans réelle intention, non codifiée socialement, non encadrée par un enseignement spirituel, la transe techno est chaotique. Elle est une ébauche, un brouillon, un poulet sans tête. Une transe sauvage, en somme. Mais ne gagne-t-elle pas par là quelque chose d'autre ? Un nouveau point de vue vient prolonger mes recherches, celui de Dominique Padoux, médecin psychiatre, hypnothérapeute, influencé par le très incisif psychanalyste François Roustang et grand connaisseur en matière de psychonautisme. Selon lui, justement, c'est le fait de ne pas avoir de but qui confère à cette transe toute sa modernité : « Une transe qui désigne officiellement un objectif et qui a déjà constitué le système d'interprétation qui va permettre de dire que si l’on a vu telle chose, ça veut dire telle autre, pour moi, c'est illusoire. Pourquoi ? Parce que nous sommes, et depuis un moment déjà, TOUS des déracinés. Nous n'avons plus de tête. Alors essayer de s'en greffer une autre, une tête de chaman péruvien, c'est une illusion. Pour moi, la transe moderne est plus féconde précisément parce qu'elle n'a pas de tête, et qu'elle laisse chacun totalement libre de ce qu'il va lui arriver, de ce qu'il va en faire. Le principal, pour moi, est l'expérience de la ressaisie de son individualité essentielle en même temps que le rafraîchissement de cette expérience que nous faisons partie du monde. Et ça, s'il n'y a que ça, sans aucune vision, sans rien d’autre, c'est déjà colossal. »

Comparant la musique techno à la voix de l'hypnothérapeute, Dominique Padoux qualifie l'émerveillement de la transe de découverte de soi-même comme « totalement non conditionné ». Et l'accepter, « ça change le rapport au monde. Ça dénoue. Ça crée une sensation de décrispation générale par rapport à tout ce qui fait souffrir. » Enfin, quand je le questionne sur la juste manière de décoder son voyage, la réponse est lapidaire : « Il n'y en a pas, et personne ne pourra le faire à votre place. Les clés, elles sont en vous. »

Ni religion, ni spiritualité, la transe "techno", bordélique et bancale à souhait, offre donc à sa manière une ouverture, grâce à sa capacité magique à nous relier avec un inconnu, qui finalement, n'est pas si éloigné de nous. Un seul mot de désordre : expérimentez.





mercredi 12 juin 2019

Overdoses

Ph.Seymour Hoffman 46ans.
Overdose février 2014.
Toutes les OD (Over-Doses) ne sont pas mortelles. On estime que sur 20 cas d'OD, moins d'un est mortel*.
La plupart des gens qui meurent d'OD décèdent moins de deux heures après avoir consommé, quelque soit le mode de consommation. Lorsqu'une personne commence à avoir des signes d'OD, il est donc presque toujours encore possible de la sauver.

Une idée a longtemps contribué à tuer des usagers de drogues aussi sûrement que l'overdose elle même : La certitude que la police allait être sur les lieux avant ou en même temps que les secours.
Dans les faits, la venue de la police n'est pas automatique. En revanche, vous risquez à coup-sûr des poursuites pour non-assistance à personne en danger s'il est démontré que vous avez sciemment renoncé à prévenir les secours en cas d'overdose mortelle.
Autre chose importante à garder en tête : si la police venait sur les lieux d'une overdose, son objectif serait de constater les infractions. La seule infraction qui puisse vous mettre en danger est celle qui concerne la vente ou l'administration du produit à la personne qui a fait l'overdose (l'homicide involontaire peut être retenu). 

Il est donc indispensable de prévenir les secours le plus vite possible quand on constate des symptômes d'OD. D'abord parce qu'en pratique laisser mourir quelqu'un expose à plus de risques de poursuites judiciaires, et surtout pour pouvoir se continuer à se regarder dans la glace
Avec les drogues, le risque zéro n'existe pas mais avec quelques bons réflexes, un peu de Naloxone et un kep's de courage on peut sauver la vie d'un pote.


OD d'antan.

Sergio: Sergio buvait beaucoup et s'envoyait de gros taquets d'héro. Quand il piquait trop du zen, quand il virait au bleu, on le faisait marcher**, on lui collait des claques**. Mais cette fois, même après plusieurs tours de cour effectués sous le regard discret des voisins, on le perdait. Retour donc aux 15m² du studio qui nous abritait et en avant pour le bouche à bouche en attendant les secours. Pour moi c'était une première, mais j'ai vite réalisé qu'il fallait boucher le nez pour que l'air puisse entre dans les poumons. Finalement Sergio a récupéré et on est resté les meilleurs amis du monde jusqu'à sa mort, bien prématurée.

Rachid: Rachid ne buvait pas, mais il shootait l'héro.  Je n'étais pas avec lui ce soir là, mais voilà ce qui s'est passé. Après un gros shoot il s'est mis à comater grave. Bien sûr on l'a fait marcher et on lui a mis des claques , mais sitôt réveillé, il s'est mis à engueuler tout le monde autour de lui de ne pas l'avoir laissé sur sa Planète et d'avoir gâché le meilleur shoot de sa vie. Plus tard, quand il me racontait cette histoire, quand il relatait son regret d'avoir été réveillé, il était si éloquent qu'il en devenait presque convaincant.
Je l'ai perdu de vue quelques années après, et depuis, je me demande ce qu' il est devenu.

X : J'ai perdu son nom. Par hasard je n'étais pas là le soir où je ne sais quel produit, super pur, tiré dans un labo, s'est trouvé aligné sur un miroir en fines traces blanches. Bref, il parait qu'il en voulait, qu'il en a pris beaucoup et que tout de suite il était trop tard. 
Le lendemain, j'ai lu dans le journal : "Un pêcheur fait une macabre découverte ... " 
Pensées pour lui, et vers tous ceux qui ont dû vivre sans lui ou avec ça... après

Lazare : Lui nom plus, je ne me souviens pas de son prénom, appelons le Lazare.  Junkie il était, et même parfois il vendait un peu d'Héro. Un jour il disparut du bar de la Cloche où on se retrouvait. On contacte alors ses parents pour demander de ses nouvelles. Ils nous ont dit qu'il venait de succomber à une overdose et que jamais plus on ne le verrai. Deuil...
Quelques mois plus tard, en entrant au bar de la Cloche, Alleluhia !  je tombe face à Lazare, en pleine forme, et tout ressuscité !
Sur injonction de ses parents, qui avaient raconté cette édifiante -et sans doute vraie- histoire d'overdose, Lazare avait passé quelques semaines au vert auprès du 'Patriarche', suite à quoi il avait repris le cours de sa vie.
Là, au bar de la Cloche, Lazare réapparaissait bien vivant, soigné, mais pas totalement guéri je crois.

Moralité : prenez soin des autres comme de vous, et n'oubliez pas de respirer 

Photo Lola Zillha

Comme si vous y étiez :
https://www.vice.com/fr/article/a33kd5/voici-precisement-ce-qui-se-passe-quand-vous-faites-une-overdose
(*) source : Overdoses Tome1. Livret ASUD
(**) les OD décrites ici ne sont pas toutes fraîches et depuis les pratiques ont évolué. Faire marcher, tenir éveillé en donnant des claques était ce qui se pratiquait en ces âges farouches. 
En réalité il ne faut pas essayer de faire marcher la personne. Elle risque de tomber. En cas de gobage (MDMA, speed, etc)  l'augmentation du rythme cardiaque peut accélérer l'absorption du produit dans les intestins et sa diffusion dans le cerveau.
Ne pas donner des claques à la personne. Cela est utile que pour s'assurer de son état et savoir si elle dort ou si elle est inconsciente (crier le nom, pincement des oreilles ou des pommettes, frotter fort le sternum -os du milieu du thorax). A partir de l'instant où la personne est inconsciente, cela ne changera rien à son état. Ce temps devrait être utilisé pour inoculer de la naloxone (si vous en avez), appeler les secours, ou faire les gestes de premiers secours, si vous les connaissez.


Articles du blog sur des sujets connexes :
https://emagicworkshop.blogspot.com/2016/10/traitement-de-substitution.html
https://emagicworkshop.blogspot.com/2018/06/addiction.html
https://emagicworkshop.blogspot.com/2017/04/je-misole.html
https://emagicworkshop.blogspot.com/2017/08/pourquoi-tu-fais-ca.html

 

dimanche 26 mai 2019

pride 2019









Grenoble, mai 2019, ma première marche des fiertés  !
Fierté sans doute, mais de toute évidence ici c'est liberté, diversité, humour et bonnes vibrations comme celles que j'aime quand je sors en rave. Peut être est-ce dû à la musique électro diffusée par les chars ? En tout cas, ici les manifestants ont la banane, et on se parle. 
Au dessus de nos têtes le ciel orageux menace comme la montée des théocraties et des nationalismes dans le monde.  La paix est fragile. Il a fallu des dizaines d'années de lutte pour pouvoir défiler publiquement. Cette liberté toute naturelle est pourtant loin d'être acquise. Dans le monde de nombreux pays poursuivent les LGBTQ+ et la plupart des religions les condamnent. Pourquoi les LGBTQ+ doivent iels partout se battre pour pouvoir exister et être visibles ?  

En France la vie politique nous prend en tenaille entre le choléra d'un libéralisme inhumain et la peste brune d'un parti nationaliste autoritaire. 
Au bout du compte, combien de temps reste t’il à la tolérance, à la paix et pour nos libertés ? 

mardi 7 mai 2019

Que voit-on ? (DMT)

Paréidolie au poisson rouge
De nombreux psychonautes affirment être entrés en contact avec des entités telles que des extra-terrestres, des esprits, des anges ou des elfes à l'occasion de la prise de produits hallucinogènes contenant de la diméthyltryptamine comme la DMT, ou l'ayahuasca
La convergence et l'abondance des témoignages à ce sujet ne fait pas de doute sur la sincérité de leurs témoignages  ni sur la réalité de leur expérience. 
Pour autant, cela ne constitue aucunement une preuve de l'existence objectives des entités qui sont décrites.


Dans un article consacré à "L'ontologie des expériences d'entités psychédéliques dans une perspective de psychologie évolutionnaire et de neuro-phénoménologie"   MJ Winkelmans fait le point (en anglais) sur la signification et l'apport des expériences psychédéliques induisant la rencontre avec des entités telles que anges, extraterrestres, elfes, gnomes, trolls etc. 

Même vécu comme une réalité, le souvenir et l'expérience de la rencontre avec des entités ne signifie pas que l'existence de ces entités, est réelle. Tout d'abord car notre cerveau a souvent tendance à nous jouer des tours. Je pense ici aux paréidolies (la fermeture éclair ressemble à une gueule de poisson), aux horoscopes dans lesquels on est si avides de se reconnaitre que l'on interprète que ce qui nous parle, aux illusions d'optique qui nous font voir un mouvement dans un dessin fixé, aux biais d'observation qui donnent raison à des avis contradictoires et enfin aux arc-en ciels dont il est même aussi difficile de dire s'ils existent ou n'existent  pas. Quelques exemples classiques :

Une question de perspective 
Une question de projection
Point de vue
Oiseaux ou visage ?
Où sont les points noirs ?
Où sont les points blancs ?




 
















Pour exister 'vraiment', une entité doit avoir une existence qui lui est propre, c'est à dire indépendante du travail de notre imagination,des jeux de notre perception,ou de phénomènes de spectre ou d'interférence.

De la même façon que l'expérience de l'arc en ciel s'explique  par la décomposition de la lumière dans le prisme des gouttelettes d'eau en suspension dans l'air, on peut trouver des explications rationnelles à la perception des entités psychédéliques sans devoir les considérer pour autant comme des êtres dotés d'une existence propre. 
Les drogues hallucinogènes, et particulièrement celles contenant du DMT ouvrent à la  rencontre d'entités non-humaines, mais ces entités peuvent être  des phénomènes assimilables à l'arc-en ciel. L'arc en ciel est un phénomène optique dû à la présence et à l'interaction bien réelle de l'eau et la lumière, mais l'arc en ciel n'a pas d'existence propre.  Au sens kantien l'eau et la lumière sont des noumènes c'est à dire des choses en soi à la différence de simples phénomènes sensibles comme l'arc en ciel. 

Il faut imaginer Sysiphe heureux, mais l'arc en ciel, peut on dire qu'il existe ?

Autour de nous, nombre de croyants sont intimement persuadés de la présence de Dieu, de l'existence de l'enfer ou du paradis. Personne, dans leur communauté, ne remet en cause leurs croyances et la réalité de leur foi et de leur expérience. On peut donc admettre que le psychonaute qui, avec le DMT, sature ses récepteurs cognitifs expérimente (dans son cerveau) une réalité alternative encore plus convaincante et neurologiquement plus riche, que la réalité intérieure qu'il produit et perçoit habituellement.  Il est alors normal de croire 'dur comme fer' à l'existence des entités ou des phénomènes que l'on a 'rencontré' puisque notre cerveau les a perçu avec un niveau de réalité supérieur à la normale. La consistance de cette réalité 'alternative' et 'augmentée' dépasse le niveau 'standard' de réalité vécue.

La question est donc de savoir dans quelle mesure les phénomènes perçus sont propres à l'effet de la drogue (extrinsèque), ou bien s'apparentent d'une manière plus générale à notre façon mentale et innée de découvrir l'inconnu (intrinsèque). Car inévitablement, nous projetons nos critères et notre subjectivité humaine sur notre perception du monde. 
Les expériences psychédéliques relatant l'existence d'entités ou d'esprits non-humains ont en commun la propension de l'esprit humain à chercher des analogies et des causalités avec ce qu'il connait le mieux, c'est à dire: lui même, et la culture dans laquelle il baigne.
Mais il faudrait pouvoir montrer que les productions mentales révélées sous DMT, ou autre psychédélique, dépassent les productions de la conscience obtenues sans drogue (rêves, mythes, méditation) ou encore que les drogues confèrent des pouvoirs parapsychologiques intrinsèques pour croire en l'existence objective d'entités perceptibles révélées par l'utilisation des hallucinogènes.

Bref, même s'ils permettent la production 'réalités alternatives' (ou subjectives)  plus vraies que le vécu, les hallucinogènes ne semblent pas révéler l'existence de nouveaux éléments de réalité objective. Par contre, ils restent un outil clé de l'exploration du cerveau, de la stimulation de l'imagination, et de l'enrichissement de nos représentations. 

Ozias
(d'après article de MJ Winkelmans
"L'ontologie des expériences d'entités psychédéliques dans une perspective de psychologie évolutionnaire et de neuro-phénoménologie")

Pablo Amaringo. Vision d'Ayahuasca
Alex Grey
Voir aussi dans ce blog 
https://emagicworkshop.blogspot.com/2018/11/arabesques.html
https://emagicworkshop.blogspot.com/2017/05/lsa-mystique.html 
https://emagicworkshop.blogspot.com/2018/02/spiritualite-athee_16.html 

A  propos de la DMT : http://technoplus.org/dmt/ 


jeudi 11 avril 2019

criminalisation de la contestation

En 1964 Herbert Marcuse,  écrit dans son essai "L'homme unidimensionnel"

" Le confort, l'efficacité, la raison, le manque de liberté dans un cadre démocratique, voilà ce qui caractérise la civilisation industrielle avancée .".../...

 "Une telle société peut exiger l'acceptation de ses principes et de ses institutions; il faut débattre des alternatives politiques et les rechercher à l'intérieur du statu-quo et c'est à cela que se réduit l'opposition.".../...

Trois mois de manifestation des Gilets Jaunes permettent de mesurer les efforts du pouvoir en matière de dépolitisation et de criminalisation de la contestation. A tel point que l'on peut se demander s'il est encore permis de ne pas être d'accord avec l'état. La répression se fait de plus en plus préventive en interdisant aux gens de manifester, en fichant les plus actifs et en même temps l’État français refuse de dire que les personnes réprimées sont des ennemis politiques. On leur enlève toute rationalité en les traitant de casseurs, de terroristes. C'est une manière de dépolitiser leur engagement pour illégitimer leurs luttes.

Spécialiste de la répression étatique (1), Vanessa Codaccioni publie une étude sur les politiques répressives et la criminalisation croissante des différentes formes de contestation politique. Ou comment la police, la justice et l’administration n’ont de cesse de dépolitiser les prises de parole et actions revendicatives pour poursuivre et réprimer leurs auteurs comme des délinquants. Jusqu’à les « assimiler au terrorisme le plus meurtrier » et, surtout, dénier toute légitimité aux types de confrontation que le pouvoir n’estime pas « pensables » politiquement, ou n’appartenant pas au champ du politique tel qu’il le délimite.
"nous assistons ces derniers temps à un phénomène nouveau : une offensive contre toute forme d’activisme qui ne paraîtrait pas légitime au pouvoir central, avec un ensemble de répressions simultanées. Celle menée par la police, la répression judiciaire, avec les comparutions immédiates et des procès ; celle venant des services de renseignement, avec un ensemble de mesures intrusives ; mais aussi la répression administrative, comme l’interdiction de manifester et les autres dispositions de la loi dite « anticasseurs », et dernièrement le rôle de l’armée dans la gestion des manifestations. " 

Les gouvernements en place – et l’exécutif Macron tout particulièrement – veulent décider de ce qui est politiquement légitime ou non. Et tout ce qui leur apparaît politiquement intolérable, inacceptable, est criminalisé (comme par exemple un détournement d'affiche). On va alors rogner sur les libertés publiques de ceux qui pourraient contester l’ordre politique, économique ou social. Le pouvoir tient vraiment à aseptiser la politique, avec des sujets qui seraient dominés et ne contesteraient rien. 
Le "nassage médiatique" est perceptible par la sémantique utilisée par le pouvoir au sujet des contestataires : Les ONG deviennent 'complices des passeurs'; les Gilets jaunes sont antisémites, casseurs ou responsables du nombre de morts sur les routes ; un(e) manifestant(e) âgé(e) devient un 'activiste' et les opposants des 'ennemis' ou des 'terroristes'. Les militants écologiques ayant décroché des portraits de Macron sont poursuivis pour 'Vol en réunion'. Les contestations symboliques les plus anodines sont traquées avec zèle, même si aucun délit n'a été commis. Une cravate de couleur Jaune, un gilet, une chanson chantée dans la rue se voient sanctionnées par des amendes, ou des rappels à la loi.

Parmi les explications des régressions démocratiques auxquelles on assiste aujourd’hui, et en particulier l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis, il y en a une qui relève de la psychologie sociale : la fascination pour l’autorité, et le retour de l’autoritarisme. Sans doute, sans cette fascination pour l'ordre et la force la répression étatique serait plus largement repoussée,  Mais c'est là un autre sujet 

Ozias



(1) "Répression. L'État face aux contestations politiques" (Textuel, avril 2019).

Violences policières disproportionnées
https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/toulouse-observatoire-pratiques-policieres-denonce-violences-disproportionnees-1656682.html

https://universitepopulairetoulouse.fr/IMG/pdf/rapport-opp-web_final.pdf 

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/maintien-de-lordre-ou-criminalisation-de-la-contestation 

Violences policières : que fait la police des polices ? 

https://www.franceculture.fr/droit-justice/du-xixe-siecle-aux-gilets-jaunes-vers-une-pacification-du-maintien-de-lordre
 
https://www.franceculture.fr/emissions/matieres-a-penser-avec-frederic-worms/le-retour-de-lautoritarisme

https://www.franceculture.fr/conferences/canal-u/les-nouveaux-desobeissants-citoyens-ou-hors-la-loi?

et sur Telerama : https://www.telerama.fr/idees/face-au-militantisme,-nous-sommes-revenus-a-un-systeme-de-repression-des-annees-1960-et-1970,n6214515.php#J1RSqPoIm8yj3fxc.01