lundi 5 octobre 2020

Quelle réalité aujourd'hui ?

Les découvertes scientifiques majeures du début XXème siècle telles que la relativité et la physique quantique ont définitivement déboulonné l'antique vision horlogère du monde. Le déterminisme et la causalité ont fait place aux probabilités et au principe d'incertitude.  Par exemple
, dès 1935, Karl Popper affirme que "la science ne repose pas sur un lit de granit" et en 1952 Heidegger nous dit que 'la science ne pense pas' et il rajoute "la philosophie n'est pas science"
A l'issue de la seconde guerre mondiale, avec le développement des sciences humaines et sociales, et entraînés par les succès de l'économie de guerre et de la planification, le savoir et la science sont devenus des produits de nos sociétés destinés à servir des besoins sociaux. A l'Est, pour des raisons idéologiques, la propagande stalinienne dénonce la "science bourgeoise" et préfère les thèses fumeuses de Lyssenko aux théories chromosomiques de l'hérédité. A l'Ouest, les néo-libéraux, partisans d'un monde de "liberté" et de "flexibilité" promeuvent la concurrence des idées à la place de l'expertise traditionnellement monolithique. 
Dans les années 80, la montée en puissance du néo-libéralisme, puis la dislocation du bloc soviétique ont consacré la mondialisation des marchés et favorisé le développement des clubs, des think-tanks, et des lobbies politiques et économiques

Le monde de 2020, traversé par une pandémie, menacé par le réchauffement climatique, et livré aux mains de sociétés privées qui concentrent la plus grande partie des richesses, semble plus effrayant que jamais.  La peur instrumentalisée s'empare des esprits et la sécurité prime sur les libertés. Comme disait Averroès, "l'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence".

L'opinion réclame des solutions simples, des réponses claires et des leaders forts, qui cognent et qui protègent. Par exemple, et selon une étude réalisée pour la huitième année consécutive pour le quotidien « le Monde », plus de 80 % des Français estiment qu’« on a besoin d’un vrai chef en France pour remettre de l’ordre »La radicalité et l'autoritarisme fleurissent à droite comme à gauche boostés par des réseaux sociaux qui leur servent de chambre d'écho et sur lesquels l'authenticité supplante la vérité. "L’isolation électronique des gens avec lesquels nous sommes en désaccord permettent aux forces des biais de confirmation, la pensée de groupe, et le tribalisme de nous écarter toujours plus les uns des autres"* . La compétition exacerbée présente la vie comme un jeu à somme nulle dont la seule issue est de gagner, ou de ne pas perdre ses biens, ses avantages, son identité, et ce, aux dépens de son adversaire. Comme en sorcellerie, "qui n'est pas agresseur devient victime, qui ne tue pas meurt" dans de telles circonstances où il n'y a pas de place pour l'autre, la rationalité est reléguée au second plan.

D'autre part, la remise en question des autorités trans-partisanes et le rejet de l'universalisme classique conduit à des replis communautaires qui favorisent l'entrisme et la radicalité. Dans la perspective de luttes identitaires, la validité d'une information n'est plus évaluée sur la base de standards universels, mais sur une vision subjective du monde compatible avec cette identité. Le lobbyisme néo-libéral, qui depuis longtemps a montré son efficacité, et les combats identitaires se syncrétisent sous forme d'épistémologie tribale  (relativisme épistémologique) où  la vérité d'une information, l'intérêt d'un fait, dépend  -pour celui qui en prend conscience- avant tout de sa capacité à supporter les valeurs de sa communauté. 

L’échange libre des informations et des idées, qui est le moteur même des sociétés libérales, devient de plus en plus limité. La censure, que l’on s’attendrait plutôt à voir surgir du côté des droites radicales, se répand dans toute notre culture: intolérance à l’égard des opinions divergentes, goût pour l’humiliation publique et l’ostracisme, tendance à dissoudre des questions politiques complexes dans une certitude morale aveuglante. Blessés, offensés comme des intégristes, les identitaires de de droite et de gauche s'alimentent réciproquement. Malheureusement, il ne suffit pas toujours de dire vrai pour avoir raison.

Face à une logique faite d'objectifs communautaires et de compétitions victimaires le contrat social et le jeu démocratique perdent leurs sens. Les "faits" ne parlent pas d'eux-mêmes mais seulement en rapport avec des institutions et des normes. Sans institutions crédibles capables de démêler le vrai du faux les médias ne peuvent être considérés neutres et il ne peut y avoir de vérités que partisanes. L'un des traits de l'autoritarisme est justement de démonter les institutions et de déconstruire l'état administratif comme Trump le fait aux USA depuis 2016. Dans les pays qui ont déjà succombé aux autocraties (comme la Russie, la Turquie, la Hongrie etc..) le déclin des institutions et des normes est à la fois cause et conséquence de l'autoritarisme. Trump et les autocrates tirent leur crédit du discrédit qu'ils jettent sur les institutions. Cette inversion explique la provocation et les conflits permanents, l'émergence continue et instrumentalisée de fausses nouvelles.

Au bout du compte, dans un univers multipolaire où la réalité se résume à un jeu à somme nulle, comment faire pour que la vérité compte à nouveau ? Sans normes partagées, se battre à la loyale et pour un idéal de neutralité revient à jouer aux échecs avec un pigeon: le pigeon va juste renverser toutes les pièces, chier sur le jeu et glousser comme s’il avait gagné. 

Alors, comment lutter pour que tout ne soit pas égal et donc sans valeur ? Il y a peu à attendre du côté d'une opinion échaudée depuis des années par l'industrie du doute des lobbies du tabac et des phytosanitaires. Côté institutions, l’État s'est souvent lui-même montré "le principal instigateur des inégalités" en produisant des normes et des lois essentiellement favorables à la classe dominante. Idem côté médias, où la concentration mondiale des entreprises médiatiques et leur dépendance aux grands acteurs économiques n'inspire nullement confiance.

Dans l'isolement systémique libéral actuel la vérité est ce qui paye, la vérité, est ce qui m'aide (et naturellement, Dieu, ou la Science, ou ma Conscience sont à mes côtés :). Même si comme disait Valery, "Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui ne l'est pas est inutilisable.", ce qui est sûr, c'est que le simplisme est fédérateur, mais ne mène qu'à la connerie

Bref, en attendant la formalisation de l'objectivité contextuelle, la vérité est au fond du puits, Ubu est roi, et nous... on n'est pas sorti du bois !

Oz

* (J. Haidt et G. Lukianoff)

Mais comment ça peut être faux puisque c'est exactement ce que je pense ? 

La vérité sortant du puits
Pensées à la volée :
Bientôt, la vérité c'est ce que tu racontes, le réel c'est ce qu'on te dit.
Nous sommes des interprètes du réel.
La réalité est un possible.
Une contradiction n'est pas une micro-agression.
Le chacun pour soi est il la règle pour tous ?
Il ne suffit pas de dire vrai pour avoir raison.
Le réel est ce qui résiste. 
L'esprit est tout ce qui n'est pas réalisé.
La conscience est ce qui réalise.
Croire est une expérience.

dimanche 6 septembre 2020

Tripper

Aujourd'hui, voyager au bout du monde est devenu impossible et le réel disparaît sous des tonnes de fake-news et des avalanches de story-telling. Ce qui nous reste à découvrir, ce qui aura toujours du sens, est à l'intérieur de nous. 

Dans ce contexte, et alors que  de nombreux pays ont redémarré la recherche et les essais cliniques avec les psychédéliques, le voyage psychédélique à l'aide de produits tels que LSD, LSA, psilocybes, ou DMT constitue un moyen radical d'échapper, au moins pendant quelques heures,  au triangle Boulot-Dodo-Conso

Les produits psychédéliques permettent d'explorer notre conscience et nous ouvrent l'accès aux mondes de 'hyperespace. Comme dans tout voyage, pour que tout se passe bien, un minimum de préparation est nécessaire, c'est ce que Tim Leary, guru du LSD dans les années 60, a formalisé sous les vocables de "set (état d'esprit) and setting (environnement) " du trip. L'ambiance, et l'humeur, dans lesquelles se déroule le voyage ont une influence déterminante sur son contenu, et c'est ce que je rappelle ici :

Côté 'Set' . Le 'Set' concerne le sujet qui se prête à l'expérience psychédélique (son état d'esprit, sa disponibilité, son histoire, ses antécédents, sa culture, ses expériences précédentes). Pour bien tripper, mieux vaut se sentir serein. Si l'on est en groupe, il faut se sentir en accord avec le groupe, éviter d'être en délicatesse ou même en concurrence avec une personne du groupe. Par exemple sous LSD, et souvent en phase de descente, certaines personnes ont l'impression qu'on les observe, qu'on parle d'eux.  

Côté 'Setting'  Le but du setting est de se sentir en sécurité, car en trip les petites mésaventures du quotidien peuvent vite devenir insurmontables. Par exemple vous pouvez oublier les moustiques  le temps d'un trip, mais les moustiques eux ne vous oublieront pas. Pour cela, on va se préparer et prendre soin de l'environnement matériel dans lequel se déroule le trip, pour en faire un lieu préservé à la fois nid (qui protège) et base spatiale (d'où l'on part, où l'on revient). La première des choses est de ne rien avoir à faire pendant toute la durée du trip et durant la journée qui suit. 

Si possible, manger une heure ou deux avant de consommer, car les psychédéliques ouvrent rarement l'appétit, mais le cerveau et le corps auront besoin de glucose et de nutriments pour éviter malaises, crampes et autres désagréments. Si vous dansez, pensez également à vous hydrater régulièrement en évitant de forcer sur l'alcool.

L'environnement sera choisi en fonction du produit consommé et de l'intention de l'expérience. Pour voyager au cœur de vous-même privilégiez un setting très calme et propice à l'introspection. Un sofa, une couverture, un casque sur les oreilles et un masque sur les yeux par exemple. Si vous vous sentez inspiré, munissez vous d'un stylo et d'un carnet pour noter les enseignements reçus ou les commentaires que vous voulez retrouver.

Pour tripper en extérieur, choisissez des vêtements confortables qui permettront de rester au sec et de ne pas avoir froid. Privilégiez les poches amples et qui ferment. Un petit sac à dos, ou une banane peuvent être bien utiles. Rangez soigneusement vos affaires car l'important est de ne rien perdre, de ne pas passer la soirée à chercher une clé, ou le papier à rouler. Pensez à charger votre téléphone. En extérieur, une batterie externe est bien utile. Préparez vos playlists, votre bouteille d'eau, roulez vos pétards à l'avance. 

Même pour un usage récréatif, en festival, il est bon d'avoir un lieu où se poser et garder ses affaires, une tente, un duvet, une lampe. Pour les déplacements, pensez au vélo, à la marche à pied (sauf la nuit en bord de falaise) et ne conduisez surtout pas. Par contre une montre ou un moyen d'avoir l'heure peut être rassurant car la perception du temps est complètement modifiée par l'expérience. 

Tenir compte du bodyload propre au produit. Certains produits ne permettent ni de bouger ni de parler (DMT), d'autres peuvent causer des nausées ou des vertiges (champignons, LSA).

La notion de "respect" du produit est également importante. Respecter la drogue, c'est avant tout comprendre qu'elle n'est pas anodine, qu'elle modifie notre perception, et donc qu'on ne peut pas la contrôler. Il ne s'agit pas de chercher à prendre le dessus sur elle, mais de chercher à s'y abandonner en toute sécurité.   
Autour de vous, n'essayez jamais de convaincre, ou d’administrer un produit à son insu à quelqu'un qui ne serait pas clairement prêt à tenter la même expérience que vous. 
Vous pouvez même faire du moment de l'ingestion un moment sacré car c'est toujours un moment de vérité, de courage et de choix.

Une autre dimension de l'expérience est celle de l'Intention que l'on pose avant le trip en espérant diriger le trip et recevoir des enseignements du produit. Même s'il est impossible de diriger son trip, on peut définir ses attentes avec précision afin d'aborder ces questions dans le courant du trip. A partir de là des enseignements viendront,... ou pas.

Voici quelques exemples d'intentions, ou de raisons de tripper, qui me parlent plus ou moins  :
  • Accès à des états de méditation profonds, découvrir et voyager dans l'hyperespace
  • Lâcher prise et accueillir en nous le monde extérieur
  • Accéder à des visions esthétiques, ou spirituelles
  • Améliorer sa créativité, visualiser, se représenter des phénomènes complexes
  • Apprendre à s'apprécier, à s'estimer et voir clair en soi. Briser l'enchaînement au Moi.
  • Pouvoir visualiser ses organes et leur fonctionnement
  • Faire une expérience mystique
  • Remercier celui qui a sauvé mon fils et savoir s'il existe
  • Synesthésies (visualisation de la musique)
  • Euphorie, amour, extase
  • Prendre conscience de vérités sur nous et sur la vie.
  • Sortir de moi-même. Me mettre à la place d'un autre pour mieux le comprendre
  • Changer de schéma mental, de croyances. Élever mon esprit.
  • Y voir plus clair dans les buts et les valeurs de la vie : Quel est le mieux que je puisse faire ici pour la suite de ma vie ?
  • Intégration de traumatismes. Faire la paix avec ses chagrins et ses cicatrices. Expulsion de souvenirs
  • Retrouver dans sa mémoire des éléments clé de nos vies, des souvenirs précis
  • Découverte de soi, de nos désirs enfouis. Identification de notre 'saboteur intérieur'

Le bad trip a été volontairement instrumentalisé dans les années 70 pour discréditer l'usage des psychédéliques. Il fonctionne depuis en prophétie auto-réalisatrice où la peur du bad trip devient la première cause de bad trip. Peut être que le bad trip n'existe pas, peut être y a t'il seulement des enseignement plus difficiles à recevoir que d'autre ?
Pour éviter le bad trip, quelques consignes de vol : Confiance, abandon et ouverture à ce qui vient. Le mieux est de se laisser porter car tout ce qui semble terrifiant au premier abord se transforme. Il parait qu'il faut toujours avancer, ne jamais fuir, quelque soit le caractère menaçant d'une éventuelle rencontre, affronter sa peur et demander aux 'esprits' qui nous visitent "qu'est-ce que vous faites dans ma tête, qu'est-ce que je peux apprendre de vous ?.. "
De toute manière, en cas d'images pénibles et insistantes, il sera bien pratique de changer de musique, d'ambiance, de porter son regard vers d'autres scènes plus sereines.

Pour se protéger, tout au long de son trip on peut aussi se choisir des guides et des gardiens. Si trop de visions pénibles nous assaillent, le secours d'un rite, ou d'un esprit allié familier peut être bienvenu. Dans une approche chamanique cela peut être une aile d'oiseau ou du tabac fumé qui chassent les "mauvais esprits". Pour d'autres une prière ou un saint Patron. Sinon, la présence d'une amulette, d'une figurine, à laquelle on tient, ou le souvenir d'une personne aimée ou d'une scène qui nous remplit de joie peuvent se montrer efficaces pour se recentrer et 'protéger son trip' d'affects trop négatifs et pénibles. Finalement, le plus important est de faire confiance à l'Univers et d'accepter de se perdre pendant quelques heures sans se poser la question de savoir si tout redeviendra 'normal' ou pas.

Intégration. Lorsque l'effet psychoactif s'efface, on retrouve la terre ferme tout en ayant en tête les visions et les émotions de son voyage. Ce serait alors dommage de rebasculer dans la réalité quotidienne sans prendre le temps de faire le point sur les enseignements reçus, et se remémorer les espaces découverts. Pour cela, le mieux est de s'accorder quelques heures d'intégration et battre le fer tant qu'il est chaud sur le lieu même du voyage en échangeant avec ses compagnons ou en prenant quelques notes pour soi. Si l'on a pris des notes en cours de trip, l'intégration est
 le moment où les consulter ou, si on veut, d'écrire un trip report.

Ethique du trip . Tout d'abord prendre soin des autres, respecter son environnement. Si l'on est en groupe veiller les uns sur les autres tout en restant discret, et en évitant d’être moqueur ou agressif. Le must est de tripper en compagnie d'un 'sitter' qui reste sobre et pourra "assurer" en cas de nécessité.

Charte du voyageur. D'autre part, comme le vécu du voyage est d'une réalité qui égale ou même dépasse celle de notre expérience courante du réel, je pense qu'il faut éviter de chercher à mélanger ce qui se passe dans la réalité et ce que l'on vit dans l'hyperespace. Ce que je vois, ce que j'apprends dans l'hyperespace ne m'autorise pas à exercer un pouvoir et prétendre influencer le monde perçu habituellement. Dans l'hyperespace je donne de l'amour, mais je ne dois pas venir en chercher, ni solliciter l'appui  d'aucune force occulte. Une fois le trip achevé, les esprits que j'ai pu rencontrer, et auxquels j'ai ouvert mon cerveau regagnent le monde des esprits et ne demandent ni ne procurent rien aux vivants.

Alprazolam. C'est un peu le siège éjectable, le joker si le trip tourne mal.  La présence d'un comprimé ou deux dans la poche peut être rassurante, et pour moi l'effet placebo a toujours été suffisant. En fin de trip, l'effet relaxant des benzodiazépines, permettra en tout cas de trouver plus rapidement le sommeil.
Enfin, en cas de mal de crâne un bon vieux Doliprane  peut être bienvenu.

Bons voyages !

Ozias



vendredi 24 juillet 2020

Transhumanisme


Notre système néolibéral, nos sociétés, sont obsédés par la recherche de la performance et par la peur de la mort. 
Le Trans-humanisme est un courant de pensée dont on nous parle beaucoup et qui se propose d'augmenter les capacités physiques et intellectuelles de l'être humain grâce au progrès scientifique et technique.

D'illustres premiers de cordée, comme Larry Page (co-fondateur Google) ou Elon Musk (CEO de Tesla, fondateur de SpaceX etc..) pensent que l'avenir passe par une 'augmentation de l'homme' au moyen de prothèses mécaniques ou logicielles (IA) ainsi que d'améliorations génétiques ou biologiques. Cette perspective, ce projet, sont couramment désignés sous le nom de TRANSHUMANISME.

Larry Page et Elon Musk ne sont pourtant pas les premiers à avoir rêvé de surhomme ou d'amélioration de l'espèce (ou de la race) humaine. Depuis la découverte de la théorie de l'évolution par Darwin l'humanité est "devenue l'Evolution consciente d'elle même". C'est en tout cas la formule de Julian Huxley biologiste, et frère de l'auteur du 'meilleur des mondes'. 

Ces améliorations, ces évolutions peuvent être de nature physique ou immatérielle. 
L'amélioration physique prend le plus souvent la forme de prothèses ou de machines. Ainsi, on pourrait voir une dent en or comme une première étape d'une dématérialisation du corps. De la même façon l'usage d'un silex peut s'interpréter comme un premier stade  d' augmentation de la main de l'homme, même si aujourd'hui, pour faire moderne, on préfère rêver d'exosquelettes ou de  vision 'augmentée. 
En ce qui concerne l'immatériel, le mythe chrétien du Dieu fait homme montre déjà une forte proximité et une grande ambivalence avec le concept  d'homme devenu Dieu cher au Darwinisme culturel qui transforme la théorie de Darwin en une métaphysique de l'évolution (p29 'aux racines du transhumanisme'). Aujourd'hui le Transhumanisme veut fusionner l'intelligence biologique et l'intelligence artificielle au moyen de 'neuro-prothèses' implantées directement dans le cerveau.

Le transhumanisme est essentiellement basé sur la traditionnelle conception dualiste qui se représente l'homme comme un Esprit transporté par un Corps. Aujourd'hui  l'homme n'est plus un idéal pour la machine Le modèle du corps c'est la machine et le modèle de cerveau c'est l'ordinateur et Gunther Anders attribue cela à la 'honte prométhéenne'. Ce sont la peur de la mort et le mépris du corps qui ouvrent la voie du transhumanisme car le corps nous ralentit, le corps se décompose. Pour échapper à cette finitude programmée, le transhumanisme se donne pour mission d'augmenter notre corps et/ou de télécharger notre esprit dans des machines.  


L'idée d'un homme dépassé par la science qu'il a forgée traverse le XXème siècle.
Dès 1937 le terme de transhumanisme apparaît sous la plume de Jean Coutrot ingénieur français polytechnicien dans la lignée française des ingénieurs Saint Simoniens. Depuis le début du siècle dernier des auteurs, des scientifiques français ont  milité pour l'avènement d'un surhomme (Jean Rostand)  ou pour l'ultrahumain (Pierre Teilhard de Chardin) ou pour un eugénisme actif (Alexis Carrel) . Ce fantasme "d'élever l'homme" conduit facilement au projet de l'élevage de l'homme et finalement à la sélection d'une 'race supérieure' plus intelligente, plus robuste, mieux adaptée. Supérieure quoi. 

De plus il existe une intrication entre le libéralisme et l'anthropocentrisme qui est liée à l'exploitation intensive de soi et de l'environnement. Pour Larry Page (cofondateur Google), notre finalité, et la clé du bonheur humain est de "maximiser les expériences que l'on a en étant sur terre".  Cette conception très individualiste, guidée par la peur de la mort vise clairement à maximiser les profits individuels ou privés plutôt que les bénéfices humains et érige l'individualisme et le darwinisme social en système.  

L'une des principales conséquences de 'l'augmentation' de nos performances, qu'elle soit d'origine génétique ou mécanique, est de nous distancier socialement les uns des autres et aussi de notre environnement. 
A partir du moment où l'homme est augmenté, forcément certains seront forcément plus augmentés que d'autres (distanciation sociale par inégalité d'accès aux technologies). Ainsi, le 'bonheur' promis par le transhumanisme nous coupe fondamentalement les uns des autres.
L' évolution de l'espèce humaine induit également une distanciation de son environnement naturel. Par exemple, la notion d'ère anthropocène apparue récemment montre combien l'humanité diverge de plus en plus de l'écosystème terrestre original. Le projet transhumaniste, en perdant de vue que nous sommes tous embarqués dans un vaisseau spatial aux ressources précieuses et à l'écologie fragile, augure une catastrophe écologique ou, dans le meilleur des cas, une dystopique Technocratie écologique.
 
Enfin,  le transhumanisme parle souvent de Singularité c'est à dire du moment du dépassement de l'intelligence humaine par celle de la machine (Intelligence Artificielle), et d'organes 'augmentés' comme si ces évolutions allaient de soi. 
En réalité la vision transhumaniste du progrès se heurte à d'indéniables barrières de complexité, car la maîtrise de la complexité n'est pas seulement une question de puissance de calcul. Le cas des prévisions météo illustre bien ce point : il est possible de modéliser les phénomènes dynamiques, mais les conditions du système à l'origine sont si importantes qu'une différence non mesurable à l'origine va produire des effets imprévisibles à l'arrivée tant les interactions sont complexes. C'est une sorte d'application du théorème d'incomplétude qui, depuis Goedell nous apprend que fondamentalement: « une théorie cohérente ne démontre pas sa propre cohérence ». 
Autrement dit les changements sont possibles, mais chaque changement engendre ses propres effets secondaires. Le transhumanisme gagnerait donc à porter un regard plus critique sur les probabilités de succès et de bénéfices de ses entreprises. Enfin, même si la puissance des ordinateurs dépasse celle du cerveau humain il reste qu'une infinité d'enjeux ne relèvent pas de la pure question de la puissance de calcul.

Finalement, le risque du H+ (transhumanisme) c'est surtout de produire du H- (sous humanité) , c'est à dire faire de l'homme une machine enchaînée aux injonctions d'un système néolibéral dominant et vidé de toute conscience. 

Ozias



Post écrit suite à la lecture du livre 'Aux racines du transhumanisme' Alexandre Moatti. Editions Odile Jacob.
L'imposture du transhumanisme
A propos de transhumanisme
Jacques Testart : Le transhumanisme, une idéologie infantile
Journal du CNRS : de l'illusion à l'imposture
Les populations sont elles un bétail cognitif ?
Une société peut elle vivre avec 95% d'inutiles ?

mercredi 24 juin 2020

Du Grand Amour

L'amour en trois cents mots et 3 chapitres. 

Amour et Energie sont deux mots qui font nos vies. 
L'Energie peut se mesurer, mais l'Amour, à l'instar de la conscience , ne se laisse pas appréhender par nos modèles scientifiques actuels.

L'Amour est partout mais il est rare. Souvent il nous appelle et aussi nous fait peur. Il est autant ce que l'on donne que ce que l'on reçoit. 
Il existe, je l'ai cherché puis rencontré et je l'ai fui parfois aussi. Quand il nous appelle, on évite souvent l'amour car on a peur que ça se voit, on a peur de donner, de partager, de se tromper d'être trompé, d'être déçu. Et d'ailleurs, comment pourrait-on, entre mortels, croire dans un amour éternel ? 

Chapitre1.
Le Grand-Amour ne dure jamais toujours. A l'amour-fusion des premiers jours succède l'habitude, la discorde, le respect ou la tendresse. On s'est aimé, on s'aime encore, mais l'addiction à l'autre devient un souvenir. L'amour fusion devient amour sous perfusion puis amour transfusion.
Le plus fréquent est alors de prendre ses distances, de lisser ses plus belles plumes et d'ouvrir ses chakras dans l'espoir qu'un nouvel amour nous appelle. Mais l'expérience du Grand-Amour peut elle se reproduire sans s'infirmer elle-même ? 
Quand on a tout abandonné, quand on a été prêt à mourir pour l'autre, quand on a été raide dingue amoureux au point de ne pouvoir imaginer vivre sans l'autre, comment remettre le couvert sans trahir, comment y croire encore ? 
Et si cette nouvelle relation ne marche pas, que d'amertume !
Et même si tout va bien comment y croire tout en sachant que cet état merveilleux, est transitoire et ne durera pas  ?
Car alors, si ce nouveau Grand-Amour est plus fort que tous les précédents, cela signifie qu'il nous faudrait retomber amoureux encore et encore sans finalement ne jamais pouvoir être sûr d'avoir connu Le Grand-Amour. Bref, tout casse passe lasse puis se tasse et s'efface mais même si rien n'est jamais assez quelque chose, ce qui reste du Grand Amour reste Grand.


Chapitre 2. Amour et liberté

Enfin, ça c'était avant, au temps de l'amour romantique, car aujourd'hui la difficulté d’aimer, de pouvoir dire si l’on aime ou non, devient une caractéristique de notre modernité émotionnelle. Notre idéal moderne de liberté sexuelle et affective a pour prix une grande incertitude affective. "L'expression des idéologies contemporaines de la liberté, des technologies du choix et du capitalisme de consommation avancé*, .../...l'abondance des liens sociaux contemporains ont pour corollaire une grande instabilité de ces  liens. Instabilité qui se transforme en incertitude quand elle s’immisce dans la sphère affective. Ajoutons à cela l'idéologie du choix individuel, les principes de compétition et d'accumulation, et on obtient le choix amoureux d'aujourd'hui, résultat de l'institutionnalisation de l'autonomie, par laquelle on exerce sa subjectivité". 
Il faudrait lire à ce sujet "La fin de l'amour", ouvrage dans lequel  Eva Ilouz explique que nous sommes prisonniers et acteurs d'un système libéral basé sur la valorisation de soi et l'évaluation du partenaire. Dans un tel système, la liberté de commencer une relation implique en contrepartie la liberté de s'en défaire, au risque d'une dévaluation de l'estime que nous avons de nous même.

Chapitre 3.
Amour, symbiose, altruisme, coopération : pourquoi aimer ?
Dans toute situation, trois attitudes sont possibles: fuir, affronter ou coopérer. 
Quand on cohabite, quand on partage, on peut s'affronter ou s'unir pour coopérer. Coopérer c'est être et faire ensemble. Etre ensemble, c'est parfois aimer. Mais pourquoi aimer ? 
Est-ce pour régler la dette d'amour qu'on a reçue des autres ? Pour être plus forts ensemble (coopérer) ou pour être Plus ensemble ? (altruisme). Vous sentez vous plutôt symbiose ou plutôt osmose ? On s'entraide ou on fusionne ? Aimer : pour être ou pour faire ?
L'altruisme réciproque dans le cadre de la biologie de l'évolution caractérise une coopération altruiste entre deux organismes, reposant sur l'aide proposée à perte et sans condition par chacun des organismes, et créant un bénéfice commun.
Les logiques de l'altruisme réciproque se distinguent de l'échange mutuellement consenti par le fait qu'il ne peut être amorcé que par un don à perte, sans recherche de contrôle de la situation. Des mécanismes de régulation sont identifiés, le plus évident étant qu'un geste altruiste qui coûte trop -en l'absence de bénéfice- finit par disparaître.

Qu'il soit romantique,  moderne, ou même altruiste réciproque l'amour nous construit et nous tient tout au long de la vie. Aimer, c'est faire exister.  Et je dis merci pour tout l'amour que j'ai reçu.




Une GRande chanson d'amour 

jeudi 7 mai 2020

Quarantaine Covid-19

Alors que cette période de confinement prend fin, je me trouve presque nostalgique de ces huit semaines de réclusion décadente. D'où ce carnet de confidences d'un confiné. Bonne lecture !

Prologue : 18 février 2020 Olivier Véran, ministre de la santé, sur France Inter :« La France est prête car nous avons un système de santé extrêmement solide. »

5 mai 2020. Cinquante jours de confinement (50).

Ici, ça a commencé mi-mars. D'abord les écoles ont fermé, mais on est allé voter quand même. Puis, comme sur Facebook, les rayons de notre supérette se sont vidés : plus d’œufs, plus de pâtes, plus de farine ni de PQ. On a eu droit à un ultime week-end de départ en vacances très ensoleillé, dont, par civisme sanitaire, je n'ai pas osé 'profiter'. Curieusement, les jeunes étaient les premiers à confiner, à mobiliser et à se mobiliser, alors que les plus âgés ne réalisaient pas encore, ou alors pas vite qu'ils étaient les premiers visés par cet Armageddon du boomer. Quand aux très âgés, déjà confinés depuis des années, ils ont été bien étonnés que l'on prenne soudain de leurs nouvelles.

Le 16 mars, dans un discours qui se veut martial, le Président nous apprend et répète ad-nauseam que 'nous sommes en guerre'. Pour ambiancer le tout chaque mobile reçoit un SMS de gouv.fr (qui n' avait encore jamais écrit) annonçant
"Des règles strictes que vous devrez impérativement respecter...!"


Au commencement 

C'est comme ça que du jour au lendemain, on s'est retrouvé en quarantaine pour cause de sécurité sanitaire avec autorisations de sorties datées signées, plages surveillées par hélico et état d'urgence pour une durée indéterminée.
Depuis quelques temps déjà ce confinement nous pendait au nez. Mais même en ayant l'Italie sous les yeux, on ne s'était pas préparé, on ne voyait pas, ou on ne voulait pas le voir. Le confinement, était réservé aux vaches ou aux canards dans les élevages, comme on avait pratiqué à l'occasion de la crise vache folle ou des grippes aviaires ou porcines précédentes. Mais pour nous humains, nous ne pouvions y croire avant  que ce COVID19 ne fasse de nous des champions des gestes barrières et de la distanciation sociale. 
Evidemment, à partir du moment où la Chine a confiné, la comparaison publique mondiale a fait que le confinement devenait inévitable partout. Le gouvernement s'est fait un devoir de garantir à ses citoyens que 'rien ne leur arrivera'. D'autres pays comme le Royaume Uni ou les USA ont bien essayé de jouer l'immunité de groupe, mais ils se sont fait déborder par les gros paquets d'hospitalisations avant d'emboîter le pas aux états confineurs. Incapable d'approvisionner masques et tests de dépistages, notre startup-nation championne du juste à temps et du flux tendu a forcément décidé du remède le plus moyenâgeux, le plus autoritaire aussi : le confinement de toute la population. Mais il était impossible de faire autrement je crois, car l'opinion aurait crié au génocide. Quand les valeurs « sanitaires » semblent indiscutables alors tout discours alternatif est indicible et la compétition politique ne peut se traduire que par une surenchère.

A ce sujet, le destin des animaux, et le sort que leur réservent nos sociétés humaines, me parait prophétiquement représentatif du 'foutur' de notre humanité. Depuis longtemps déjà tous les animaux libres vivent sauvages dans l'illégalité, tandis que nous produisons les animaux domestiqués comme de banales marchandises. Les races ont été sélectionnées, élevées, améliorées, différenciées, spécialisées normalisées pour s'adapter à la 'demande du marché'. Même chose pour les plantes où seules sont autorisées les graines de variétés sélectionnées et inaptes à se reproduire. Cette évolution pourrait bien préfigurer notre propre destin à l'aube du transhumanisme. Par exemple, la crise du Covid nous montre que l'avenir est aux Ehpads grands comme des fermes des mille-vaches où nos vieux jours seront professionnellement protégés de la mort par nos économies et pour la plus grande gloire de la sécurité sanitaire nationale et des actionnaires des groupes Korian et consorts. Bref, si tu confines bien, tu auras la chance de finir en Ehpad !

Mais, trêve d'anticipation et retour au réel... Donc le 16 mars , France Inter nous met en garde :"Arrêtez de vous embrasser", on fait les dernières courses (du tabac, des graines, des médocs, des patates), puis pour se remonter le moral on s'appelle, on échange les dernières blagues, et comme on est tous sidérés sous le soleil radieux du printemps, on joint les mains, on serre les fesses, on croise les doigts et on attend la suite... Let it be !

Le plus pénible pour moi est l'infantilisation dans laquelle le pouvoir veut nous tenir. Pour sortir, il faut remplir une attestation signée, comme au collège. Sibeth, la porte-parole du gouvernement nous explique que le port du masque peut être 'contre -productif' et Etienne Klein, démontre dans un savant calcul pour 'Marianne', que dépister ne sert à rien
Par temps de confinement rester chez soi et se taire fait de nous des héros !
Ici, les plus extravertis donnent chaque jour à 20 heures un concert de casseroles et de klaxons pour encourager Macron les soignants.
Nous Pesterons donc chez nous en briguant  légion d'honneur et croix de guerre du héros confiné. 


Premières semaines


17 mars 2020. 
'Nous sommes en guerre'
La première semaine a été la plus longue et la plus angoissante. Quand nos repères tombent, tout devient possible. La grève générale, l'arrêt de la mondialisation. On rêverait presque à la fin de la société de consommation. Spontanément on pense à l'an 01 de Gébé. Conséquence immédiate, je défriche un potager et je plante tout ce que j'ai sous la main. 
D'autres semblent apprécier cette parenthèse qui les maintient chez eux, les rapproche de leur famille, de la nature, de leur vraie nature parfois. 
Dehors la nature reprend ses droits, sans que l'on sache toujours démêler le vrai du fake. Ainsi, ces dauphins vus dansle port de Hyères, mais filmés dans le Bosphore, ou encore ces loups qui entrent dans Grenoble le ...1er avril !!!.

Plus d'avions dans le ciel, plus de brume dans la vallée et pour le futur, on hésite entre utopie, effondrement et dystopie. Le Centre Patronal Suisse y va même de son couplet : "Certaines personnes pourraient être tentées de s'habituer au confinement, voire à se laisser séduire par ses apparences insidieuses : beaucoup moins de circulation, un ciel déserté par le trafic aérien, moins de bruit et d'agitation, le retour à une vie simple et un commerce local. La fin de la société de consommation.' Pendant 45 jours il fait honteusement beau. Ici le printemps est partout et me rappelle la chanson de Nino Ferrer 'Le Sud'...Et toujours pas moyen de savoir ce qui se passe en ville. 

En me promenant sur les chemins autour d'ici je croise bien plus de monde que d'habitude. Des voisins, des joggers avec leur chien. Les consignes de confinement semblent induire un climat de sévérité peu propice aux rapprochements humains. La peur est partout. On se sent spontanément inspecté par son voisin, par les passants : pourquoi as-tu un masque alors que les soignants en manquent ? Depuis combien de temps traînes tu dehors ? Ton caddie contient il des articles de première nécessité seulement ? Ne pouvais-tu pas éviter de sortir ? 
Comme nous avons tous peur du moindre pépin, nous sur-réagissons : par exemple, j‘ai eu peur que le chien du promeneur que je croisais me morde, et j'ai eu envers son maître une réaction inhabituellement agressive. 
Confiner, c'est beau, mais alors, la question qui tâche et qui fâche, est de savoir comment faire pour aller travailler quand on sait que se promener seul sur une plage est une violation de la sécurité sanitaire. Le monde s'aperçoit qu'il n'était rien sans le travail de ceux 'qui ne sont rien' et nous découvrons que - peut être- et après tout nous ne servons 'à rien' (autrement dit, que la société se passerait très bien de nous). 
Bref : Si tu travailles tu es vecteur potentiel craint et respecté. Si tu ne travailles pas, alors reste chez toi !
Finalement, dans ce confinement personne n’est à sa place. Le dilemme protection individuelle/continuité sociale est incompatible avec le confinement, insurmontable. Chacun fait son flic, et le keuf-virus nous a tous contaminés.


Rythme de croisière


Après 8 longues semaines de confinement mes jours ont trouvé un nouveau rythme ponctué de grasses matinées, de longs face à face avec un écran, de séances de jardinage et d'appels téléphoniques. L'angoisse de la première semaine a fait place à la sérénité. Les meilleurs moments de la journée sont le petit déjeuner (café pain beurre salé) sur le coup des 10-11 heures, puis la sieste de 15 à 17h, puis le jardin de 18 à 20h. Comme il se passe moins de choses dans une journée, curieusement, le temps confiné passe plutôt plus vite que le temps normal. 
Même si je me demande si l'effondrement de notre société pourrait commencer par une mauvaise grippe, le CAC 40 lui reste optimiste et me donne quelque espoir d'un 'retour à l'anormal' !!! 😄 Total, j'ai perdu 2kg. A cause de l'angoisse ? Well... Wait &see...


Finalement, voici ce que j'ai apprécié pendant ces 50 jours de confinement :

- On apprend à se connaître. D'ailleurs, à titre personnel il ne faudrait pas que le confinement se prolonge trop longtemps, car la distanciation sociale a tendance à me rendre encore plus misanthrope (simple distanciation sociale ou syndrome de la cabane ?) .  Mais surtout, quand on confine à plusieurs, c'est bas les masques. Difficile de cacher ses petites habitudes en étant 24/7 sous un même toit. Pareil sans doute si on a des voisins. Depuis que le port du masque s'est généralisé plus moyen de se fuir ou se cacher, tout se voit tout se sait tout se sent.... Transparence 360° ! 

- Avec un cours du baril de pétrole négatif (-37$ au plus bas), c'est un plaisir de faire le plein de gazole pour aller nulle part. Côté exploitation des gaz de schistes  et on est tranquille. Plus besoin de s'exciter là dessus pour l'instant.

- On a enfin la preuve que l'Europe n'est rien d'autre qu'un vaste marché commercial sans initiative commune audible au niveau politique ou social, quelques velléités mais pas de résultats niveau sanitaire. Même la BCE (Banque Centrale Europe), qui faisait son possible au niveau monétaire et soutien de l'économie, se fait tacler par la cour constitutionnelle allemande Fracture en vue pour la zone Europe ?  Une histoire à suivre, qu'on pourrait payer cher.


- Du point de vue existentiel, on voit mieux à quoi on sert. Je veux dire socialement surtout:  Que se passe t'il si je ne sors pas, et si je n'existais pas, qui s'en rendrait compte ? 
qu'est-ce que ça changerait ? Dans le cas où la réponse est 'Rien' cette prise de conscience peut être difficile, ou au contraire infiniment réconfortante..

-Le harcèlement commercial au téléphone s'est arrêté comme par magie. En huit semaines d'isolement j'ai reçu zéro proposition d'isolation à 1€ !

- En réalité, ce que j'ai le plus apprécié c'est qu'on retrouve toujours son smartphone ! Bien qu'il puisse se cacher dans le lit, sur le sofa ou sur la table, je suis enfin serein car je sais qu'il n'est jamais loin 😀

Mes prévisions pour la suite : "Le monde d'après sera un monde de queues, d'oreilles décollées et de buée sur les lunettes"  (enfin, on verra bien :) 
Et si ça se trouve, en sortant de nos tanières avec les cheveux à la Raoult, la prise de poids et le masque, on ne va même pas se reconnaître.

Bon, allez zou ! On se lève, et on se casse !

Ozias mai 2020

Une autre expérience (TBH) 
https://www.facebook.com/notes/thibaud-bernard-helis/faire-de-la-fen%C3%AAtre-interview/1630994530386598/

mardi 14 avril 2020

L'incident de Notre Dame

Le 15 avril de l'an 01 du Grand Confinement, nous célébrerons le premier anniversaire de l'incident de Notre Dame (15 avril 2019) !

Quels projets pour après ?...











La catastrophe de Notre Dame. Alain de Borniol.

samedi 11 avril 2020

Thermodynamique, Evolution et Effondrement

Austin Blake
Tout au bout de mes rêveries, pendant mes trips, j'ai parfois le sentiment que Tout est Un. Autrement dit, qu'il existe un principe fondamental permettant d'expliquer tout le déploiement du monde et le dépliement de la vie depuis le dernier Big-Bang jusqu'à aujourd'hui. Un principe universel comme par exemple la gravitation, l'évolution ou un principe thermodynamique.

L'étude thermodynamique des systèmes auto-organisés ouvre la voie à des réflexions de grande ampleur scientifique et philosophiques sur le développement de la complexité des structures naturelles, qu'elles soient physiques ou biologiques, et sur le rôle irréversible du facteur temps. La thermodynamique, physique des phénomènes irréversibles hors équilibre, nous permet de comprendre et de modéliser d'un même principe des phénomènes aussi différents que la machine à vapeur, les tas de sables, les cyclones, l'effondrement des sociétés et même l'évolution de l'Univers.

Dans son ouvrage "Thermodynamique de l'évolution", François Rodier montre, qu'en vertu du troisième principe de la thermodynamique, les sociétés humaines, comme tous les systèmes physiques existants, s'auto-organisent pour maximiser leur dissipation d'énergie. Autrement dit, un système physique, une société doit s'adapter à son environnement pour exister. Ainsi, dans une casserole d'eau bouillante les échanges de chaleur se font par conduction puis, au delà d'un seuil critique, par convection privilégiant, par une forme de 'sélection naturelle', le processus qui maximise la dissipation d'énergie dans la structure.
Il en serait de même pour l'auto-organisation de notre univers. On arrive ainsi à un principe fondamental par lequel l'univers cherche constamment à maximiser la vitesse avec laquelle l'énergie se dissipe : Le troisième principe de la thermodynamique.



Théorie : Le troisième principe de la thermodynamique.

Dans l'acception de Dewar,le troisième principe de la thermodynamique fait référence, dans le cas d'un système ouvert, à l'auto-organisation du système conduisant à la maximisation de la dissipation d'énergie. En mécanique statistique, la dissipation d’énergie porte le nom de “production d’entropie”. La loi de Dewar s’appelle “MEP” (en anglais: Maximum Entropy Production). Une structure dissipative a la propriété de s’auto-organiser. Ce faisant, elle diminue son entropie interne en l’exportant à l’extérieur. Elle maximise le flux d’entropie vers l’extérieur.


Au niveau cosmique 

"On sait que la matière de l'univers se condense dans des singularités appelées 'trous noirs'. Certains théoriciens pensent que les trous noirs sont susceptibles de créer d'autres univers. Les univers se reproduiraient ainsi à travers les trous noirs. Or, la faculté pour un univers de créer un trou noir dépend des masses de ses particules fondamentales. L'idée de Lee Smolin est que les univers qui créent le plus de trous noirs se reproduisent plus vite que les autres. Si l'on admet que, lorsqu'un univers se reproduit, les masses des particules fondamentales, peuvent subir des "mutations", alors la "sélection naturelle" va favoriser les univers dont les masses de particules produisent le plus de trous noirs. Capable de se reproduire, notre univers lui-même aurait les propriétés d'un organisme vivant".(Thermodynamique de l'évolution p59)



De même, au niveau des espèces vivantes :

Plus une espèce dépense d'énergie, plus son environnement évolue vite et plus elle doit se réadapter. Pour les sociétés humaines, l'évolution de l'environnement se traduit généralement par l'épuisement des ressources naturelles et la pollution de l'environnement. Historiquement, elle s'est traduite par l'épuisement des sols et la déforestation suivie d'érosion. Notre monde s'inquiète de l'épuisement des énergies fossiles et des ressources minières, mais aussi de l'évolution du climat et de la perte de biodiversité. (Thermodynamique de l'évolution p118).


L'évolution

En dissipant l’énergie, un être vivant modifie son environnement et donc les ressources naturelles s’épuisent ou se modifient. Par exemple, sur un territoire donné, lorsque la population d'un prédateur augmente, alors les proies dont il tire sa subsistance se font de plus en plus rares. De leur côté, pour échapper à leurs prédateurs, les espèces chassées évoluent aussi, et cela s'inscrit dans les gênes de leurs descendants. L'ADN de nos gênes est une forme physique de stockage à long terme de nos apprentissages, tandis que le cerveau retient, à court terme, de l'information issue de nos expériences individuelles.
Pour l'espèce humaine, grâce au langage, la quantité d'information transmise par les parents aux enfants a pu devenir supérieure à celle transmise par les gênes. L'évolution est alors devenue naturellement culturelle. Les individus culturellement semblables forment donc des sociétés comme les bactéries génétiquement semblables forment des colonies.

Dans cette continuelle adaptation au milieu, tout être vivant est pris dans un cycle infernal que le biologiste Leigh van Vallen a baptisé
 l’effet de la reine rouge”, en référence au livre de Lewis Carrol “Alice à travers le miroir” dans lequel la reine rouge dit: “ici, il faut courir le plus vite possible pour rester sur place”. Pour rester en harmonie avec un environnement qu’il fait évoluer, un être vivant doit évoluer toujours encore plus vite. C’est la raison pour laquelle la dissipation d’énergie croit de plus en plus rapidement.
Les êtres vivants deviennent de plus en plus complexes. L’information mémorisée dans les gènes ne cesse d’augmenter. Plus une société dissipe d’énergie, plus elle modifie son environnement physique. Ainsi une des conséquences de la révolution industrielle est le réchauffement climatique. Détails du raisonnement
sur https://www.francois-roddier.fr/?p=202


L'instabilité des structures dissipatives

Les structures dissipatives s'auto-organisent à la manière des changements d'état de la matière. Il s'agit d'un processus universel de dynamique non linéaire. Un état critique existe à partir duquel des événements appelés "bifurcations" s'enchaînent les uns après les autres, produisant des avalanches de 'bifurcations' de fréquence inversement proportionnelle à leur amplitude. C'est le processus de 'criticalité auto-organisée'.

Illustration : en fonction de sa température et de sa pression, l'eau peut prendre différents états tels que solide (glace), liquide, ou gazeux (vapeur). Si la zone solide est bien distincte des deux autres, pour des valeurs élevées de température et de pression la ligne séparant le liquide de la vapeur s'arrête en un point "point critique" au delà duquel le liquide ne se distingue plus de la vapeur.
"Selon la thermodynamique, les mouvements associés aux “transitions de phases”, ce moment où par exemple l’eau liquide devient gaz sont chaotiques : cette “hésitation” de la matière entre deux états. L’expérience de l’“opalescence critique” montre que la zone intermédiaire perd toute caractéristique propre au liquide ou au gaz présentant une particularité qui est un véritable saut qualitatif : quelque soit la focale d’observation microscopique, elle se représente toujours identique à elle-même, opalescence lumineuse sans fond, “abyssale” au sens propre." (Dominique Bertrand).
Per Bak a montré que le processus de criticalité auto-organisée s'applique à l'évolution des espèces biologiques. Certains physiciens vont jusqu'à l'appliquer aussi à l'évolution des sociétés humaines. Dans son livre "Thermodynamique de l'évolution', la thèse générale de François Rodier est qu'il s'applique de manière très générale à la façon dont l'Univers s'auto-organise.

Compétition ou collaboration ?

Mathématiquement, on ne peut optimiser un système en optimisant chacune de ses parties. Ce théorème, au passage, contredit les affirmations du libéral classique Adam Smith selon lequel un individu poursuivant uniquement son intérêt particulier serait conduit 'comme par une main invisible', à promouvoir l'intérêt général.
Thermodynamiquement, grâce au partage des tâches, la coopération permet d’accroître le taux de dissipation de l’énergie. Par exemple, la stratégie du 'donnant-donnant' permet d'obtenir des gains supérieurs à ceux de la compétition, mais elle est lente à établir car elle requiert de constants échanges d'information. La compétition est une forme de sélection naturelle des individus les mieux adaptés, mais la coopération peut aussi apparaître dans un monde d'individus égoïstes, initialement tous rivaux les uns des autres, et cela sans l'intervention d'une autorité extérieure.
Ainsi au long de l'histoire les époques de collaboration alternent avec des époques de compétition. De même que les espèces biologiques s'éteignent, les sociétés animales s'effondrent.


Depuis des dizaines d'années l'idéologie libérale et l'économie de marché structurent toute l'activité humaine. La concurrence dite libre et non faussée, donne libre cours à la sélection naturelle entraînant une croissance sans bornes des inégalités entre les nations (sélection de groupe) et entre les individus d’une même nation (sélection individuelle). Ces inégalités favorisent à leur tour la dissipation d’énergie. En augmentant la dissipation d’énergie, le libéralisme accélère l’évolution, ce qui déstabilise nos sociétés qui doivent sans cesse, et de plus en plus vite, et au prix d'efforts de plus en plus grands s’adapter, se réorganiser. C’est l’effet de la reine rouge de van Vallen.

L'arrivée du Coronavirus peut être interprétée comme l'énergie d'activation qui provoque un changement de phase de notre système. Nous vivons aujourd'hui une bifurcation , une transition de phase abrupte. Comme une pincée de sel jetée dans une casserole d'eau chauffée aux alentours de 100°C provoque la mise en ébullition du milieu. 

La suite de ce chaos est imprévisible mais ce qui est sûr c'est que les stratégies d'adaptation des individus ou des sociétés vont devoir alternativement faire appel à la compétition et à la collaboration pour atteindre d'autres points d'équilibre mieux adaptés mais également provisoires.


Prêts ?
Prenez bien soin de vous,
Ozias