dimanche 29 avril 2018

Spinoza

Baruch (Benoît) d'Espinoza (1632-1677) est un philosophe rationaliste qui écrivait et polissait des lentilles optiques à Amsterdam au cours du siècle d'or hollandais. 
En utilisant le modèle du savoir mathématique, Spinoza s’efforce d’exprimer, dans l’Éthique (son traité pratique, et posthume, de ce qui est), de manière objective, l’essence fondamentale de toutes choses. En plein XVIIème siècle, Spinoza, rejette toute transcendance divine, identifie Dieu et la Nature, allant jusqu'à poser que 'La volonté de Dieu est l'asile de l'ignorance'.

Spinoza nous dit que l'homme qui fait Dieu  à son image se trompe. Il critique le principe de toute attitude religieuse.  Cette critique de la religion a des implications politiques essentielles puisque les croyances religieuses justifient l'édification de tout un système de pouvoir, celui des prêtres et des pouvoirs despotiques fondé sur la crainte et l'espérance. 
Pour Spinoza, le libre arbitre (possibilité dans une situation donnée de réagir de plusieurs manières différentes) est l'illusion de la liberté et c'est le désir qui constitue notre essence même car il exprime notre nature. Les passions sont considérées comme des images déformées du réel; des désirs qui s'appuient sur un défaut de lucidité, . 
Pour l'homme, la sagesse consiste à se libérer de ses illusions et d’accepter sa place dans la Nature. Être vertueux c'est augmenter sa puissance d'agir. L'homme libre est celui qui peut agir. Pour Spinoza, la puissance est une force productive et non une autorité dominatrice. La Liberté n'est pas le décret arbitraire d'une volonté mais le déploiement d'une nécessité.
La perfection n'est pas la conformité à un modèle idéal, mais la réalité de l'être. Ainsi, le vertueux est celui qui découvre le dynamisme qui l’anime, ce qui lui permet de d'être libre et être soi, c'est à dire être et exister [conatus] . Pour Spinoza, liberté, être et perfection sont synonymes. 
Faute de norme transcendante,  le désir par lui même n'est ni bien ni mal, ni bon, ni mauvais. Le désir ne vise rien d'autre qu'à l'épanouissement le plus complet possible de la puissance d'agir. Le souci de l'autre n'est aucunement pour Spinoza un impératif a priori, mais il est une exigence a posteriori de mon désir. Ainsi, le méchant est un ignorant frustré par la tristesse de ses désirs et l'égoïste ne peut être heureux car il n'aime que lui, alors qu' il va mourir.

Oz

"Spinoza nous sauve du à la fois du fanatisme (pour lequel les valeurs sont autant de commandements divins qu'il faut imposer à tous) et du nihilisme (pour lequel rien ne vaut)."(A. Comte-Sponville). 

"Alors, un petit Juif, au long nez, au teint blême,
Pauvre, mais satisfait, pensif et retiré,
Esprit subtil et creux, moins lu que célébré,
Caché sous le manteau de Descartes, son maître,
Marchant à pas comptés s’approcha du Grand Être:
"Pardonnez-moi, dit-il en lui parlant tout bas,
Mais je pense entre nous que vous n’existez pas."
Voltaire 


Extrait de l'Ethique, partie1, appendice (1675).

"Ainsi les hommes jugent ils nécessairement de la nature des choses d'après la leur propre. En outre, comme ils trouvent en eux-même et hors d'eux un grand nombre de moyens contribuant grandement à obtenir ce qui est utile (par exemple des yeux pour voir, des dents pour mâcher,des végétaux et des animaux pour se nourrir, etc... ) ils en viennent à considérer toutes les choses existant dans la nature comme des moyens à leur usage. Et puisque ces moyens, ils savent qu'ils les ont trouvés sans les avoir disposés eux-mêmes, ils ont tiré de là un motif de croire qu'il existait quelqu'un d'autre qui avait prévu ces moyens pour qu'ils en fissent usage. En effet, une fois qu'ils eurent considéré les choses comme des moyens, il ne leur fut plus possible de croire qu'elles s'étaient faites d'elles-mêmes; mais jugeant selon les moyens qu'ils avaient l'habitude de mettre en œuvre pour eux-mêmes, ils durent conclure qu'il existait un ou plusieurs gouverneurs de la nature, doués d'une liberté humaine, qui avaient tout prévu et fait toutes choses pour leur usage. De plus, n'ayant jamais reçu au sujet de ces êtres aucune information, ils durent aussi en juger d'après la leur propre, et ainsi crurent-ils que les Dieux dirigent toutes choses pour l'usage des hommes afin de se les attacher et d'en être vénérés. C'est ainsi que chacun inventa, à partir de sa constitution propre, diverses manières de rendre culte à Dieu afin d'en être aimé plus que les autres, et afin qu'il dirigeât la Nature entière au profit de son désir aveugle et de son insatiable avidité. Et c'est ainsi que ce préjugé, se tournant en superstition s'enracina profondément dans les esprits ; ce qui poussa chacun à consacrer tous ses efforts à comprendre et à expliquer les causes finales de toutes les choses".


L'atelier de Spinoza avec machine à polir les lentilles.