jeudi 27 juin 2013

Histoire des plaisirs solitaires.

Egon Schiele. Autoportrait.
"Les victimes de l'ardeur génitale, chaque jour font un pas de plus vers la tombe.", diagnostique en 1848, dans Hygiène et Philosophie du mariage, A.Debay, médecin militaire. 
Dans l'absolu ce n'est  pas faux, mais il faut préciser que cela s'applique à chacun d'entre nous, chaque jour, onanistes ou pas.
"A mon avis, ni la peste ni la guerre, ni la variole, ni une foule de maux semblables n'ont des résultats plus désastreux pour l'humanité que cette fatale habitude [la masturbation]. C'est l'élément destructeur des sociétés civilisées et d'autant plus actif qu'il agit continuellement et mine peu à peu toutes les générations.", certifiait en 1828 un certain docteur Simon (qui n'a rien à voir avec le Simon des années 70'), dans la Revue médicale française et étrangère.

Au commencement, la chasse impitoyable aux pollueurs a pour origine un lointain malentendu. La genèse du problème remonte à la Bible. Onan, fils de Juda, en couchant conformément à la volonté de son père avec la femme de son défunt frère, Er, laisse volontairement s'écouler sa semence à terre pour ne pas donner de descendance à son frère. Une façon de faire l'amour qui déplut en très haut lieux et Jéhovah le fit mourir sur le champ du déshonneur. 

 
Titien. Venus d'Urbino.
A la fin du XVIème siècle le franciscain Benedicti confirme le châtiment de Dieu et déclare : "Quiconque se procure pollution volontaire hors le mariage, qui est appelée par les théologiens mollities, il pèche contre l'ordre naturel."   Bien que  l'Eglise condamne d'une main de fer dans un gant de velours ceux qui pratiquent l'onanisme, en pratique, 
jusqu'au XVIIème siècle, les confesseurs sont arrangeants. Les verdicts ne se fondent pas alors sur les conséquences physiques néfastes de l'acte. En effet, les médecins de l'époque pensent qu'écouler volontairement un trop plein de sperme peut être dans certains cas bénéfiques. De même dans les campagnes, on encourage les jeunes des deux sexes à se masturber pour éviter les grossesses précoces.

Une (dé)charge violente est lancée dès 1715 en Grande Bretagne avec la publication de Onania (De John Marten, et soustitré, The Heinous Sin of Self-Pollution, and all its Frightful Consequences in Both Sexes).   Cette année 1715 célèbre à la fois la mort du Roi Soleil et celle de la veuve poignet. Pour la première fois un imprécateur annonce son intention de combattre "l'odieux péché de la masturbation et toutes ses conséquences affreuses pour les deux sexes avec des conseils d'ordre moral et d'ordre physique à ceux qui se sont déjà causé des dommages par cette pratique abominable"..../... Fornication et adultère peuvent être pardonnés, mais quiconque commet la "self pollution" travaille à la destruction de son espèce et porte un coup, d'une certaine manière, à la création elle même. Ulcères, abcès, convulsions, épilepsie, consomption, impuissance, chaude-pisse, retards de croissance et pour finir la mort sont censés menacer le coupable. En dehors des classiques repentirs et mortifications, sont prescrits de l'exercice physique, des bains glacés, et des régimes alimentaires sans fèves, pois, artichauts qui font gonfler les parties génitales. Le plumitif auteur d'Onania , nanti d'un sens commercial aigu, conseille à ses lecteurs de se procurer la "teinture revigorante" et la "poudre prolifique" vendues par un libraire de ses amis respectivement à 10 shilling le flacon et à 12 shillings le sachet. Business is business !


Suite à cette saillie albionesque, les médecins allemands se mettent au pas et lancent une version moderne de la ceinture de chasteté  : une culotte hermétique à l'avant et fermée à double tour à l'arrière, par une serrure dont l'enfant doit demander la clé pour se rendre aux toilettes. Les mains sont aussi maintenues par des liens serrés qui les empêchent de descendre au dessous du nombril. Les enseignants germaniques développent une théorie pédagogique anti-masturbatoire  basée sur une vigilance de tous les instants.../...Ainsi, les cabinets de toilette, lieux de perdition, ces "tombeaux de l'innocence", sont aménagés de façon à observer ce qui se passe à l'intérieur.
L'Angleterre, l'Allemagne, la France, en pleine révolution industrielle, craignent que leurs enfants ne coulent une bielle à force de mettre leur petite machine en mouvement. A la fin du XIXème siècle la peur se propage aux états Unis.  Les médecins étaient alors persuadés que les aliments riches et goûteux incitaient à la masturbation. C'est ainsi que, les Kellogs corn flakes furent, parait il,  conçus par un médecin adventiste qui préconisait par ailleurs de mettre de l'acide carbonique sur le clitoris des filles, ou de coudre le prépuce des garçons.

Il faut attendre 1936 pour que le docteur Bergé enseigne aux éducateurs et aux parents comment expliquer la masturbation aux enfants sans les traumatiser. Pour les amener en douceur à ne pas trop caresser leur tige, Il faut leur dire que "toutes les plantes, tous les êtres vivants  se développent  d'autant plus robustement qu'on les respecte d'avantage et qu'on les touche moins souvent". Puis, en 1948, la publication du rapport Kinsey aux états unis ébranle la planète: tous les américains se branlent ! et 92% de la population  fait l'expérience de la masturbation jusqu'à l'orgasme.
De même, en France, le rapport du père René Simon  constate qu'en 1970 les trois quarts des hommes pratiquent la masturbation. Durant ces mêmes années de guerre froide entre les sexes, l'onanisme devient plaisir pour tous et surtout pour toutes. En 1974 le rapport 'Hite', un texte majeur du combat de la libération de la femme montre comment les américaines grimpent en solitaire au septième ciel et combien cette ascension leur procure de jouissance..../...Comme proclament les féministes, l'émancipation se gagnera à la force du poignet !

La morale de cette histoire est double pour moi. D'abord, je constate qu'aujourd'hui, le tabou de la masturbation laisse les mains libres mais continue de clouer les becs. 
Je me demande aussi quelle théorie médico-morale contemporaine a remplacé le délire sur  l'onanisme du XIXème. Comme toujours, "On voit la paille dans le nez de son voisin, mais pas la poudre dans le sien."

Santé !
Ozias



Crédits:SUPER POSITIONS. Anna ALTER, Perrine CHERCHEVE. 
2004. HACHETTE Littératures.

Post sur le même sujet dans ce blog :
 http://emagicworkshop.blogspot.fr/2012/03/interferon-ribavirine-effets.html

A consulter : https://fr.wikipedia.org/wiki/Masturbation
A ne pas manquer :
https://dangerousminds.net/comments/dead_at_17_the_fatal_consequences_of_masturbation--a_handy_guide_from_1830

Marcel Proust : d'une main  http://delibere.fr/erotisme-marcel-proust-d-une-main/

Confessions d'un apprenti prêtre
https://youtu.be/aiIPNwG10RE
Dali. Le grand masturbateur

Mihaly von Zichy
 Quelques expressions pour les messieurs : Astiquer la tige,  cinq contre un, la bataille des jésuites, la prière des moines, le bonheur du sacristain, se faire des orphelins

Pour les dames : Sonner le tocsin, effeuiller, clitoriser, gamahucher, gabahoter.

jeudi 20 juin 2013

Pop culture, les nouveaux romantiques.

Peindre à l’huile, sur la trace des grands maîtres….Dans la pure lignée du romantisme, mouvement pictural qui s’étend de 1770 à 1870 (pour la peinture) et qui promeut le cœur et la passion, l’irrationnel et l’imaginaire ou encore le désordre et l’exaltation (ainsi que le culte du Moyen Âge et des mythes de l’Europe du Nord), voici trois artistes américains avec 150 ans d’histoire et de mythologies en plus…Un hyperréalisme allégorique et visionnaire.


Martin Wittforth.  Peintre à l'huile Martin Wittfooth explore des thèmes inquiétants de l'industrie et de la nature, l'évolution déséquilibré, le choc des idéologies anciennes, les peurs modernes et l'ombre grandissante de l'empreinte humaine sur la terre. Dans des paysages atmosphériques rendus au cours de nombreuses couches de peinture sur toile, lin, ou des panneaux de bois, ces thèmes sont réalisées grâce à une combinaison de symbolisme, la juxtaposition de récits visuels, et le déplacement des réalités attendus. http://martinwittfooth.com/ 

Martin Wittfooth.
Martin Wittfooth. L'île des morts.

Nicola Verlato est fortement inspiré par Caravage mais également par Grunwald, Pontormo et l’art religieux en général il a commencé à peindre à l’âge de 7 ans et ne s’est plus arrêté depuis. Les corps que peint Nicola Verlato, en suspens, aux muscles bandés, évoquent les ascensions dans l’histoire de l’art du moyen-âge. Et les scènes apocalyptiques qu’il donne à voir ne sont pas sans rappeler les peintures mystiques suédoises et scandinaves où hommes et dieux s’affrontent dans des batailles gigantesques.


Nicola Verlato. Antropic principle.
Nicola Verlato. How the west was won (extrait d'un tryptique).
Nicola Verlato."Gator", 2008 (oil on wood panel)

Billy Norrby : Il fige dans le temps des instants forts de la vie contemporaine: manifestations, accidents, guerres et transforme les protagonistes de ces événements en des saints modernes et rebelles. http://www.billynorrby.com/

Bill Norrby.


Bill Norrby.

Chet Zar. Grand fan de films d’horreur, il intègre l’industrie du film US à peine sorti de son école d’art. Parallèlement à cette activité, Chet Zar développe sa carrière de peintre pour devenir l’un des spécialistes du futurisme noir de l’humanité. http://www.chetzar.com/


















Crédits : SpaceJunk Art Centers. Exposition 'les nouveaux romantiques'.

jeudi 13 juin 2013

Pisser, laisser pisser.

Piss Christ. Andres Serrano 1987.
Le traitement à l'interféron fut pour moi fortement diurétique. 
Perpétuellement asséché de la bouche et sur la peau, je ne sortais plus sans une bouteille d'eau que je vidais goulûment. Effet secondaire: des envies pressantes à tout bout de champ. 
A la compression de ma vessie s'ajoutait le souci permanent, maniaque, de "prendre mes précautions". Une vraie peur panique de ne pas me contenir, de pas trouver de toilettes à temps. 
J'ai touché le fond au cours d'une sortie au cinéma. Vingt minutes avant la fin du film j'ai commencé à me retenir, à ne plus penser qu'à ça, puis je me suis tortillé sur mon siège tout au long des dix dernières minutes qui m'ont paru interminables. Enfin, toute la salle se lève. Pressé, je joue des coudes pour sortir au plus vite . Catastrophe ! L'issue est bloquée - pas encore ouverte -. Dans ma panique interféronnée je me vois alors prisonnier dans un wagon blindé. Je flippe ! Affolé, je retourne dans la salle et tente une  sortie par l'arrière. Impossible ! les portes y sont fermées aussi...
Mon salut est venu de ma bouteille que j'avais vidée pendant le film et que, le plus discrètement possible,  je remplis, avec honte et délivrance assis dans un coin de la salle désertée. 
Depuis dans les miroirs, je ne vois plus tout à fait comme avant.


L'invitée de la rime

Limpide aux jours d'été, sa dorure s'élance
Et déploie en avant son entrain sans pareil
Contenu sagement dans l'ombre du sommeil
Dans l'espoir des lueurs sonnant la délivrance.

Tous son empressement relâché dans l'urgence
Vient marquer à grands coups la stupeur du réveil
Et son spectre couleur paille couleur soleil
Se déverse au secret d'une obscure fragrance.

Sa provenance naît d'une ultime secousse,
Son charnier est un sac éphémère de mousse :
Quiconque s'en approche perçoit le signal.

Vous paraissez surpris, pourtant tout est normal,
C'est que la poésie a cela de malice 
Qu'elle peut vous conter d'un ton original 

En onze alexandrins le roman de la pisse.

Yannis Sanchez.

Strofka Meop.


Deux tercets d'Arthur Rimbaud, extraits de l'Oraison du soir
.../...
Puis, quand j'ai ravalé mes rêves avec soin,
Je me tourne, ayant bu trente ou quarante chopes,
Et me recueille, pour lâcher l'âcre besoin :

Doux comme le Seigneur du cèdre et des hysopes,
Je pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin,
Avec l'assentiment des grands héliotropes.

Arthur Rimbaud.





Une petite chanson pour terminer : GiedRé : "Pisser debout"


jeudi 6 juin 2013

Un trait c'est tout.

Génie du trait et peintures chinoises.
Chu Ta (1626-1705) est un peintre chinois  à la fois dépositaire d'une tradition millénaire et explorateur de la modernité. Violemment  hostile à l’académisme officiel, Chu Ta mena, plus d'un demi siècle durant une existence de quasi vagabond  dont les péripéties sont celles d'un véritable roman. Il en fut si marqué qu'il n'hésita pas à s'engager un temps dans les seules issues extrêmes qui convinssent à son esprit rebelle : le mutisme et la folie.../....Au fil d'une vie longue et tourmentée, où le geste de peindre se révéla pour lui une voie de salut, il sut à ce point épurer son art. - un art fondé sur la maîtrise des traits essentiels. 
La sobriété formelle de ses œuvres  est à la mesure de la fulgurance de l’effet produit.


Tige et fleur de lotus. Collection particulière, Chine populaire.
Le lotus, ami des eaux dormantes, plonge ses racines dans la fange.
Le bel élan de ses tiges porteuses de larges feuilles évidées comme des coupes,
la carnation lumineuse de ces fleurs
ne laissent rien soupçonner de cette origine innommable.

Souche de prunus en fleur. Musée de Nankin.
Invitation à résister - ou à ne pas désespérer, c'est tout comme.
Le prunus aux branches rugueuses produit dès la fin de l'hiver, sous la neige souvent,
des fleurs d'une délicatesse, d'une pureté proprement incroyables.

Le poisson solitaire. Collection Sumitomo, Japon.
Peut être est-ce chez les poissaons que Chu Ta est le mieux à son aise...
qu'il nous livre en tout cas de lui même les portraits les plus "ressemblants".
Peut on être plus loin de tout que ces habitants du Monde du silence peuplé d'être muets
- frères en cela du taciturne artiste.

Les deux poussins. Musée de Shangaï.
Pure étude de matière : le peintre a voulu approcher d'aussi près que possible l'essence du duveteux.
 La forme est réduite à l'essentiel, presque exclue.

"La règle se fonde sur l'unique trait de pinceau. L'unique trait de pinceau est l'origine de toute chose, la racine de tous les phénomènes". Shitao Peintre chinois XVIIIème siècle. 
Le trait en effet est l'élément de base de la calligraphie et de la peinture chinoises. Traditionnellement, le premier trait tracé est identifié au Souffle Originel. Le premier trait, essentiel, fonde l'oeuvre toute entière. L'encre de Chine est trop noire, le papier de riz trop buvard. Une calligraphie, un dessin à l'encre est réussi ou est bon à brûler.On ne peut pas reprendre. 

On imagine rarement  l'accumulation de raffinements que recèle le pinceau calligraphique chinois. En poil de loup, de mouton, de lièvre roux ou de chat sauvage, assemblés parfois en plusieurs couches superposées, son corps est retaillé au rasoir si finement que l'extrémité s'en termine par un poil unique. Au plus léger contact avec le papier, l'encre dont son corps arrondi est gogé, commence à s'écouler; que la pression augmente, la pointe s'ouvre, donnant passage à plus de liquide, et le trait s'élargit; qu'elle se relâche, l'élasticité du poil reformant la pointe, le tracé peut, d'un seul geste ou progressivement, se réduire à un filament. Texte de Cyrille JD Javary en préface de "L'unique trait de pinceau". 
Fabienne Verdier Albin Michel. 2002.




Crédits : Chu Ta. le génie du trait. François Cheng. Phébus. 1999.
L'unique trait de pinceau. Fabienne Verdier. Albin Michel. 2002.

vendredi 31 mai 2013

Désarçonné.

"Tout mythe explique une situation actuelle par le renversement d'une situation antérieure. Tout à coup quelque chose désarçonne l'âme dans le corps. .../... Tout à coup une mort imprévue fait basculer l'ordre du monde et surtout celui du passé car le temps est continûment neuf. Le temps est de plus en plus neuf. Il afflue sans cesse directement de l'origine. Il faut retraverser la détresse originaire autant de fois que l'on veut revivre."
Pascal Quignard. Les Désarçonnés. Grasset 2012.


Suites du traitement : une année de visites hebdomadaires chez un psychothérapeute. 
Une année à répéter, à remâcher ce que je n'ai pas digéré, ce qui ne passe pas ,ce qui reste, et ce qui a changé pour moi.
Désarçonné je fus, je reste et je suis. La monture qui me portait et qui m'emportait m'a laissé là . La bête connaissait sa route mais elle a filé. 
Deux ans . Impression de ne plus être dans la course, d'avoir lâché le peloton dans lequel je pédalais dur, mais joyeusement et aveuglément aussi. Après avoir pansé mes éraflures, soigné mes bleus et mes bobos je me trouve donc à terre, à pied, en danseuse, à la recherche d'un nouveau véhicule, d'une autre course.
Hors de mes sentiers battus, au milieu du bois, sur la route ou sur le bord du chemin et parfois en plein champ, je recentre, je fais le point, Je cherche à saisir ce qui est important pour moi, ce que je veux et ce dont je ne veux plus. Combien de moi en moi, qui sont ils et que veulent ils.  Qui suis-je ? Qui sont-je ? Suis-je ceux que je suis? Et, l'important, est-ce plutôt ce que  je suis ou ce que je fais ?  
Autour de moi les autres, aussi ont changé aussi. Beaucoup de relations d'avant perdues de vue. Encore une question de rythme, de timing. Le mauvais tortillard de la "C" m'a fait rater des correspondances. Comme ma monture, les autres ont filé aussi avec le peloton, je ne retrouve plus leurs traces. En revanche j'ai retrouvé des amis perdus de vue depuis longtemps, et d'autres encore que je découvre maintenant.

Alors je relis les bribes de cartes, refais une feuille de route. Pour la feuille de route, soyons pragmatique et d'abord basique : "la fonction d'être d'un être, c'est d'être" et bien, soyons donc. Donc je suis. Bien, ça c'est fait, mais partant de là, être n'est pas tout. Quand on est, il faut alors exister . Exister c'est à dire être pour les autres, avoir une place, et si possible être à sa place. Ceci étant, plus ou moins en place, reste à voir la suite, où je vais, et pourquoi. Comme on s'élève dans la pyramide de 'Magueule'  la question devient plus difficile, plus abstraite plus changeante:  Comment savoir si l'on a pris une bonne route et quel cap garder. La seule réponse que je trouve me parait bien nombriliste et égocentrée, mais pourquoi le but  ne serait il pas simplement d'être content de moi ? 
Être bien avec soi même, être fier de ce que l'on a fait et de ce qu'il en reste, ça n'est pas  simple, et je me souhaite, ainsi qu'à  à chacun, d'y parvenir.  Comme quoi, le nombril n'est pas loin du foie et le foie, ça fait réfléchir la tête.

Ozias
Feuille de route
Musique: Horse with no name. America song by Handy Horace.

samedi 25 mai 2013

L'étranger. Exprimer l'indicible.

La maladie, la pénibilité du traitement me laissent plus misanthrope qu'avant.  Sans doute une conséquence de ce décalage avec le reste du monde qui a continué à courir quand  je restais crucifié de fatigue sur mon sofa. Un an d'angoisses, de fatigues, de frustrations. un an où j'ai réalisé ce que signifie 'se passer de soi même'. N'être là pour personne, ne plus se reconnaître devenir étranger à soi même, aux autres.  Mélancolie, dépression, démangeaisons, sautes d'humeur et convalescence bref, une année où cette question revient :  comment parler de ce que l'on est seul à ressentir, de ce qui n’intéresse pas grand monde, comment  exprimer l'indicible ? Comment parle t'on ?

Vous avez sûrement lu l'étranger d'Albert Camus. Les premiers mots du roman sont  'Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut être hier, je ne sais pas'. Vous souvenez vous de Meursault le héros de ce roman ? 
Meursault est un  garçon simple mais décalé. Il cherche toujours à se comporter 'comme il faut' et se sent contraint de se justifier sans cesse pour faire face aux convenances. On le dirait sans émotion, inhumain. 
Meursault refuse de mentir, de jouer le jeu de la société. Il ne parle pas pour rien dire, il ne parle que lorsqu'il a quelque chose à dire et paradoxalement  cela  le rend décalé, inhumain, et inquiétant.
'Meursault est l'homme qui dit "oui" pour ne plus avoir à parler. Impossible dialogue : autrui ne peut me comprendre; je ne peux comprendre autrui.
Cette impossibilité à rentrer en communication avec l'autre poursuit Meursaults dès le premier chapitre: Meursault se sent par exemple, accusé par le regard de son propre patron; - pourtant neutre- semblant le considérer avec un brin de malveillance lorsqu'il prend quelques jours de congé, afin d'assister à l'enterrement de sa mère. Meursault se sentant obligé de bredouiller quelques explications ne trouvera de la part de son patron qu'un profond silence.("J'ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n'avait pas l'air content. Je lui ai même dit "ça n'est pas de ma faute". Il n'a pas répondu."). puis c'est au tour des paroles du directeur de la maison de retraite - pourtant neutre, là encore !-  face auxquelles Meursault se sent contraint de lui donner quelques explications. Et tout le récit est émaillé comme cela de simples remarques comme "je n'ai pas entendu".  Par exemple au moment de la mise en bière de la mère de Meursault: "l'employé des pompes funèbres m'a dit quelque-chose que je n'ai pas entendu" Voici donc le caractère insolite de son réel qui sert aussi l'effet de l'absurde. Autrement dit l'incapacité d'entendre l'autre, la volonté du silence. 
Les gestes des autres sont vides de sens, les corps sont étrangers, seuls quelques fragments du corps, quelques fragments de gestes peuvent être perçus, l'homme absurde, selon Camus, ne pouvant percevoir les hommes dans leur unité, donc dans une signification globale.'*



Alors, comment parle t'on ?
...
*Etranger à soi-même, étranger au monde ? une lecture de L'étranger de Camus. (Paru dans La Presse Littéraire n°11, sept-oct-nov. 2007, revu et augmenté en avril 2011http://marcalpozzo.blogspirit.com/archive/2008/01/06/etranger-a-soi-meme-etranger-au-monde-une-lecture-de-l-etran.html

Autre post dans ce sur un thème proche : La métaphore de la métamorphosehttp://emagicworkshop.blogspot.fr/2012/09/la-metaphore-de-la-metamorphose.html

Extrait de la bande dessinée "L'étranger' d'après Albert Camus. Illustré par Jacques Ferrandez.

dimanche 19 mai 2013

Hey, art bizarre.

L'exposition Hey qui se tient actuellement à la Halle Saint Pierre à Paris se présente comme un cabinet des curiosités du XXIème siècle.  Précision du délire et excellence de la facture. Un aperçu de cet art bizarre, manifeste de la contre culture. 



Beb Deum.  'Dépeindre de manière réaliste, allégorique l'évolution de notre société contemporaine qui, soumise à la globalisation et à une standardisation outrancière, transforme et réduit toute chose en produit marchand.'



Kate Clark.'La peau que j'utilise pour le visage humain est celle qui couvrait le visage de l'animal. Je tente de faire correspondre les sections de peau, par exemple en utilisant les paupières et les cils de l'animal autour des yeux humains. Je rase la fourrure et le spectateur peut reconnaître les caractéristiques huileuses et poreuses de notre propre peau.'



Travis Louie. Personnages à mi chemin entre l'animalité et l'humanité, tout de costumes victoriens ou édouardiens vêtus, fixant le spectateur comme autrefois les modèles l'objectif du photographe.



Mïrka Lugosi. Tantôt modèle du photographe ou de ses propres dessins, des ses vidéos, elle travaille en miroir son image mentale et celle de son corps à l'aide d'outils si fins qu'ils pourraient être des scalpels. 



Moolinex développe le concept personnel "d'art pute". Ici un point de croix distancié et plein d'humour.



Todd Schorr. Les techniques des maîtres classiques tels Jérôme Bosch, Salavador Dali,Otto Dix au service du surréalisme pop américain. Direct et efficace.



Masami Teraoka. Le travail du peintre s'exprime autour de deux traditions picturales: la peinture à l'huile héritée des maîtres anciens et l'aquarelle, héritée de la culture japonaise.



Joel-Peter Witkin. Photographe et metteur en scène grandiloquent et génial. Tel un graveur, il gratte, déchire, altère le négatif. Il déshabille le corps de toutes ses normes. Son oeuvre nous laisse entre deux rives, émerveillés et terrifiés.

Les commentaires des images sont extraits du catalogue de l'exposition.
http://www.hallesaintpierre.org/ Cours y vite !

Ozias