vendredi 19 septembre 2014

Familles je vous ...

Indispensable ou insupportable la famille est ce théâtre de l'enfance où à huis clos, se joue l'éducation et se nouent les névroses.Trois écrits à propos de la famille, de soi.

.../...La famille, mesdames et messieurs, est une ingénieuse trouvaille qui possède cet avantage sur les autres sociétés de fournir maintes proies à portée de main, à portée de sexe.
De grands placards sont faits, dans les chambres à baiser pour y enfermer les drames, et chaque appartement comporte une baignoire judicieusement conçue pour noyer les enfants. La plupart des familles ne vont pas, toutefois, jusqu'au meurtre, lequel requiert des qualités particulières tant sur le plan moral que musculaire, ainsi qu'un outillage adéquat.Modestes, elles se bornent le plus souvent à exercer leur haine à des malignités sournoises qui tuent, certes, mais sans que cela ne se voit , ni que cela empeste.../...
Lydie Salvayre 'Contre'

.../...La famille retient votre haleine avec la monnaie de son humeur, elle vous aime pour l'éternité et vous déteste journellement. La confusion de leurs sentiments dans leurs décharges huileuses frictionne joyeusement avec le crin de la solidarité les aléas de vos aventures. Œdème de vos frustrations la famille se plie en quatre dans vos tracas pour vous offrir les pétales de la moralité. Elle est la seule à avoir tout vu et tout vécu du haut de sa mappemonde. Larmoyante devant la fatalité elle ravive les pendentifs de la haine et vous inculque la frilosité de la prudence. Sa philosophie épicurienne se résume à vos soucis afin qu'elle puisse odorer et pimenter de saveurs leur fade et tristounette vie.../...
Eric Ferber 'Soucis de famille'


Tu as arrosé le jardin secret et maintenant tu es effrayé par sa végétation luxuriante.
Souvent tu paniques, tu refermes la porte et tu t'enfuis en courant.
Mais le parfum de l'orchidée te poursuit.
Tu as cru que ce jardin minuscule, niché dans un obscur recoin de ton âme et d'accès si difficile, ne franchirait jamais les remparts dont tu l'avais entouré pour te protéger de toi même, mais il a poussé de manière incontrôlable.
Mille fois tu as voulu te libérer de son emprise, mille fois tu l'as saccagé, et mille fois il a repoussé.
Car l'orchidée qui vit au fond de toi, au fond de moi, cachée sous le tas de fumier de nos trahisons, de nos lâchetés, de nos peurs, de nos hésitations, de nos mensonges, de nos errances, de nos compromis et de nos vices, est indestructible.
Elle se dresse tête haute et sa fleur arrogante nous déchire la conscience.



Noizette 'Le jardin secret nous déchire la conscience'

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