Pour moi la transe n'a pas été l'aboutissement d'une recherche, mais la constatation d'un état qui s'est imposait à moi. Transer bien sûr est une expérience marquante, mais pourquoi faire ? qu'est ce que j'en retire ? Pourquoi cela m'arrive à moi alors que je n'ai au départ aucune croyance ni pratiques spirituelles particulières ? et où cela me peut t'il me conduire ?
Phénoménologiquement, c'est d'abord l'expérience de mon corps que je ne contrôle plus. Ce n'est plus 'moi' qui guide les mouvements, ni qui produit les sons qui émanent de mon corps. Il y a ce moment où physiquement, je ressens une bascule très nette de mon état habituel dans un autre (comme changer de pièce, ou carrément traverser un mur). Ma respiration change, et c'est comme si un autre que moi respirait. L'air devient dense et circule comme un fluide lourd qui entre par ma bouche et roule dans mes poumons. Mon visage grimace, mes yeux ne voient plus, ma gorge émet des râles ou des feulements d'animaux. Je sens ma bouche se contorsionner en grimaces inconnues et cela me détend extraordinairement les traits du visage. Ces mouvements peuvent se comparer à ceux des étirements qui suivent un effort intense. Mes mouvements de danse peuvent ralentir au maximum ou au contraire s'accélérer au maximum. Je ne ressens alors plus d'essoufflement ni de limitation musculaire. J'ai la sensation de retrouver mon corps d'homme jeune. C'est d'ailleurs ce qui me marque le plus et ce que j'aime retrouver dans la transe : le corps de ma jeunesse.
Parfois aussi, c'est comme si j'avais un animal en moi qui essaie de se montrer et même de sortir . Il y a là quelque chose qui ressemble à une transformation physique, presque un accouchement. D'autre fois, je me retrouve à danser en chantant, mais sur des rythmes préhistoriques secoué de gestes qui n'ont rien à voir avec notre culture. J'imagine ici des rites anciens qui me renvoient à l'esthétique des grottes ornées alors que je n'ai pas développé de goût, ni de connaissances particulières pour la préhistoire.
L'émotion qui me parcourt est un sentiment d'extase. D'oubli de moi même. De libération. Je ressors totalement énergisé de ces expériences de transes qui durent entre 5 et 15mn. Parfois un peu inquiet aussi de ne pas connaitre ce qui est venu m'habiter. Curieux et parfois honteux aussi car je me demande comment est perçue ma transe par les personnes qui m'entourent et qui n'y participent pas.
Besoin Concrètement, j'aimerais être filmé quand je suis dans cet état pour savoir si mon ressenti intérieur correspond à mon comportement objectif. Je recherche des personnes ayant vécu le même type de transe pour partager nos expériences. Je me demande aussi pour quelles raisons je découvre cet état si tardivement dans ma vie (affaiblissement psychique) ? Lâcher prise lié à l'âge, à la prise de trop de psychotropes ?
Je ressens aussi un besoin de me protéger par des rites pour 'filtrer' les influences indésirables ou effrayantes, les 'mauvaises énergies', les 'vols d'âme' ou je ne sais quoi.
Le cœur de cette expérience pour moi c'est de ressentir que je prête mon corps à une entité qui peut se matérialiser par ce moyen. Le bénéfice, c'est de retrouver des forces, mon corps rajeuni et le sentiment d'accéder à une expérience et une forme de connaissance profonde et nouvelle pour moi. Sans être en transe, j'avais souvent été en contact avec des entités par le biais de la changa. Certaines m'ont laissé des enseignements sous formes de koan (exemple : "Les archétypes sont les constructions mentales des anciens", "l'esprit est tout ce qui n'est pas réalisé", "le mystère est la nature de l'esprit", "croire est une expérience", "aimer, c'est faire exister", "être, c'est ça !" etc Une autre m'avait questionné en me demandant :"Veux tu savoir si tu es sorcier ?" Par ces expériences je vois que la thématique de la sorcellerie me touche régulièrement et j'ai été particulièrement impressionné par les travaux de Jeanne Favret Saada "les mots, la mort, les sorts" dans lequel elle traite des rapports liant sorciers, désorceleurs et ensorcelés. Sa conclusion est que les histoires de sorcellerie ne laissent pas de place à une position neutre et objective : on est sorcier, ensorcelé ou désorceleur, mais jamais témoin ou passager.
A une époque de ma vie, prendre de la DMT c'était pour moi 'louer l'étage aux aliens', c'est à dire ouvrir mon esprit aux entités qui se présentent pour leur permettre de se matérialiser dans le monde vivant'. J'ai naturellement été en contact avec des symboles magiques que je ne comprenais pas et des entités plus ou moins sombres. Certaines entités sont spectaculaires, semblables à des barbapapas immenses et vaporeuses qui s'élèvent dans le ciel d'où elles m'observent, ou bien d'immenses cortèges silencieux qui dérivent là haut dans leurs chars aériens, ou encore au ciel ces visages divins qui se tournent vers moi et m'invitent à les rejoindre. D'autres esprits sont moins monumentaux mais plus actifs, et je perçois leur désir d'accéder à ma conscience afin d'exister, le temps d'une vision, d'une danse. Je ressens même comme une intense compétition parmi tous ces esprits que je rencontre ou perçois dans l'hyperespace. Comme si tous recherchaient un temps de conscience disponible pour se faire connaitre et exister quelques instants dans le monde des vivants. Une troisième sorte de créatures est encore plus interactive, ce sont des sorciers, des elfes ou des bouffons qui peuvent communiquer par télépathie, apporter des enseignements et qui parfois investissent mon corps. Comme par exemple des rubans lumineux qui entrent par ma bouche, ou des gnomes sombres qui me demandent la permission d'accéder à mon cerveau 'pour une mise à jour', ou des esprits télépathes qui scannent mon corps et mon esprit, le 'vérifient', le désintègrent puis le recréent, bricolent mon cerveau ou s'y installent comme on installerait une appli sur un portable. Ces voyages psychédéliques m'attirent et me font un peur aussi par leur étrangeté et la crainte de trop y croire et de me retrouver "pris" dans de sombres mystères qui me dépassent. Dans mes expériences les plus poussées, mon corps me semblait même être un obstacle à la connaissance.Je ne sais absolument pas en quoi transmuter ces expériences dans la vie quotidienne, si ce n'est que je sais maintenant que la vie, comme les nombres complexes, comporte une partie réelle et une partie imaginale.
Voyage au tambour du 1/2/26 (avec guidage et tambour au casque sur l'ordi)
Les mots de l'invitation m'emmènent au bord de la rivière Ardèche, à un endroit bien particulier : Le Pont d'Arc. Odeur des chênes verts, humidité de la glaise glissante, je grimpe en m'accrochant aux buis et aux rochers calcaires jusqu'au porche d'une grotte. La grotte Chauvet, sans doute. assis près d'un feu je regarde tomber la pluie, seul. Je pense à Rahan, 'celui qui marche debout', héros de mon enfance, sa chevelure, son coutelas, ses pectoraux. Je me souviens aussi que quand je lisais cette BD, j'avais trouvé une 'dent de mammouth' dans les fondations de la maison que mon père construisait, et qu'il me l'avait faite jeter. Les esprits qui visitent mes transes me semblent venus de ces temps préhistoriques. Ils sont anciens, ne parlent pas, mais ils dansent et chantent. J'écoute le tambour, je me demande s'il est fatiguant de tenir ce rythme pendant 30mn tout en redoutant que ma méditation soit interrompue par une notification de mon PC.
Ecstatic dance du 24/1/26
Dehors il gèle. J'arrive en vélo, la danse commence. C'est plutôt calme comme musique. Pas vraiment d'acmé tout au long de la séance sauf, je crois vers la fin. En tout cas, c'est à ce moment que je bascule dans un état de transe. Je crie sur la musique, je fais des bruits, puis je me fige, mes mains mes bras tétanisent tout en bougeant lentement. Peut être même que je bave tout en roulant de drôles de yeux. En tout cas, la musique s'arrête je me retrouve là, vulnérable comme un insecte moitié extrait de sa mue, isolé parmi les autres danseurs qui se calment, sourient et se saluent. Moi si laid, qui revient de loin sur cette piste de danse je comprends seulement que c'est la fin de la danse. Gros sentiment d'incongruité, de honte aussi. Je sens ma transe ici déplacée, déplaisante.
La danse laisse la place à un bain sonore où grondent des gongs sombres et menaçants. Ce sont de longues nappes sonores qui roulent et se prolongent. Allongé à même le sol, tout transpirant de la danse j'attends la fin du bain sonore et j'ai froid. Je repars en vélo dans la nuit de janvier, bien secoué. Depuis, je me méfie de mes transes.
Ozias printemps 2026
Témoignages dans ce blog :
https://emagicworkshop.blogspot.com/2025/10/transes.html
https://emagicworkshop.blogspot.com/2017/08/les-mots-la-mort-les-sorts.html
https://emagicworkshop.blogspot.com/2022/02/tryptamines-et-protection-psychique.html
https://emagicworkshop.blogspot.com/2022/04/dimitrips-et-moi.html

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