lundi 31 août 2026

Sorcier

Il y a 5 ou 6 ans, lors d'une expérience de changa, j'ai été interpellé par des entités qui m'ont posé cette question par voie télépathique "Veux tu savoir si tu es sorcier ?"- Moi j'ai alors répondu: " Non. "
Personnellement, je ne souhaitais pas du tout prendre en compte les visions et les entités de l'hyperespace pour orienter au quotidien ma vie physique incarnée. Les circonstances quotidiennes et mes proches sont suffisamment présents pour me guider, et c'est auprès d'elleux que je me dois d'être le plus dans cette vie terrestre. Ainsi, lorsque le trip se termine je demande aux esprits de regagner le monde des esprits et de rien demander ni procurer aux vivants. 
 Pourquoi deviendrais-je sorcier ?... pourquoi entretenir des liens avec le monde des esprits quand il y a déjà tant à faire avec le monde des vivants ? Par ailleurs j'ai souvent senti et appris que 'ce qui danse derrière la porte, c'est à nous d'aller vers ça'.   Et finalement, longtemps je n'ai pas vraiment trouvé de réponse à la question que me posait l'entité.
Bien sûr, depuis mon enfance, le qualificatif  que j'ai entendu le plus fréquemment à mon propos est 'décalé'. J'ai toujours aimé les plantes, pour leur formes et leurs propriétés. Quand j'avais dix ans, j'ai découvert une dent de mammouth sur le terrain où mon père a construit sa maison. Pour des raisons inavouables ici il me l'avait faite jeter. Il y a aussi certains objets, par exemple une statuette offerte, que je ne supporte pas et dont je me suis débarrassés parfois expéditivement. Il y aussi ce pressentiment que j'ai et que j'ai toujours eu que je finirais incompris, conspué, abandonné de tous, en bouc émissaire lynché. Parfois à l'occasion de cérémonies au tambour j'ai parlé en langue, chanté en diaphonique, incorporé une diva, des sorcières. Jai lu et relu 'la mort les sorts', et intercepté sur moi de noirs regards de la part d'inconnu.e.s..  Il y a aussi des transes, des incorporations, et les derniers instants de ma mère que je n'ai pas compris. J'ai longtemps eu très peur des mondes occultes et infernaux. Mais depuis quelques temps, je me penche sur tous ces mondes d'en bas que j'entrevois parfois le temps d'une transe.

Initiation

Je suis chez moi, sur la terrasse c'est le mois d'aout, la nuit est douce et j'allume mon sebsi chargé de changa++. Avant la fin de l'inhalation je me suis envolé dans le vortex habituel constitué de symboles rappelant des hiéroglyphes et des cartes de tarots ésotériques aux tons pastels principalement vert, rose et brun . Puis j'ai été pris dans une sorte de rituel initiatique dont je garde peu de souvenir, si ce n'est que c'était comme un voyage dans le temps et que je me demandais si j'allais tenir le coup physiquement, si j'étais encore vivant ou déjà mort. Il était notamment question de mon ascendance paternelle et tout ça se passait dans la maison d'Ardèche transmise par mon père. Cette complète déconnexion pendant laquelle j'étais collé au siège, a dû durer une minute ou deux. Puis j'ai rouvert les yeux, et même si je savais où j'étais, je ne reconnaissais plus rien de ma terrasse. J'éprouvais comme une évidence le sentiment d'être, que je le veuille ou pas, celui de ma lignée qui porterait la charge de sorcier. Je ressentais étranges les choses, comme moi même. Mon chat que je le caressais avec une empathie nouvelle était mon complice.
Dans la nuit mon tambour battait comme mon cœur sur tout le hameau. Au ciel nocturne dégagé les étoiles s'ordonnaient en constellations scintillantes et reliées entre elles par des fils lumineux vert, oranges et violets visibles de moi seul. Le volume obscur de la nuit d'été se quadrillait de repères lumineux colorés, et j'étais maintenant capable de voir ça, et de m'y orienter. C'était surtout cette sensation d'un rapport au monde neuf et l'inéluctabilité de la révélation qui venait de m'être faite. L'expérience à duré une bonne demi heure. Au ciel, j'ai vu passer une étoile filante à la traînée étonnamment large, aussi remarquable qu'une autre, qui était très longue, aperçue du même endroit le soir d'une précédente incorporation.

L'éclipse du 12 août 2026

Le soleil a commencé à décliner. J'ai pris mon tambour et allumé la sauge. Personne n'ayant de lunettes, nous avons utilisé passoire et écran blanc. Je frappais mon tambour, nous regardions le sténopé du soleil, mais n'éloignant pas suffisamment la passoire de l'écran, nous ne voyions que la lumière issue des trous de la passoire, lumineux sur l'écran. Et pourtant la lumière changeait et à nos yeux les trous s'ovalisaient... Mais quand même, pas tous. Peu avant que le soleil disparaisse derrière la colline située à l'ouest, j'ai pensé à éloigner plus la passoire et là nous avons tous pu voir les croissants lumineux apparaître nettement sur l'écran jusqu'à ce que le soleil disparaisse. J'ai alors laissé mes amis, et à l'écart du groupe j'ai pris une longue bouffée de changa++ sur mon sebsi. Décollage immédiat, monde magique, couleurs froides, breakthrough. Mon ami se tenait près de moi immobile. D'un signe, il a vu que je n'étais pas en état de parler. J'ai commencé à respirer fortement, comme habituellement quand je j'incorpore une entité pendant ma transe. Me voilà collé à mon siège, autre, pris dans un univers de mystères qui me dépassent. Derrière la colline, le soleil devenu invisible se masque de plus en plus de l'ombre de la lune, je traverse des mondes inquiétants, je suis sorcier. Très dark, tout ça, l'éclipse atteint son maximum et une lumière grise baigne le jardin de tons vert sombre et de bleus magnifiques et tristes à la fois. Je me trouve confronté à un choix crucial : est-ce que je choisis de mourir maintenant pendant cette éclipse ? Ce serait tellement symbolique, presque évident. Pensée pour ma mère disparue l'été dernier. Et pourtant cette idée ne m'emballe pas, je pense appeler ma femme, qui est en compagnie de nos amis un peu plus haut sur la terrasse, pour partager ce que je vis, mais je crains qu'elle ne puisse comprendre. Je reprends mon tambour, et je frappe, d'abord au rythme d'un cœur puis le rythme se complexifie au fur et à mesure des battements. Une vingtaine de minutes ont dû s'écouler depuis la disparition du soleil, et je suis toujours en pleine transe : chamane, sorcier, possédé, complètement autre que moi. Le rythme du tambour me vient spontanément. Je me lève alors que le soleil revient et que la lumière du couchant se réchauffe, et je marche avec le tambour, tout puissant, sorcier. Fort de ma puissance je jette un sort, puis je l'annule, car je n'ai pas assez de connaissance pour en savoir le bien fondé et en mesurer toutes les conséquences. Je marche encore en battant mon tambour 10 à 15mn encore, mon pouls bat fort, et je commence à me demander comment je vais 'revenir'. Au sol, les brindilles dessinent encore de somptueux motifs de tapis orientaux tout en 3D. Après une dizaine de minutes, tout cela se calme, je range mon tambour dans le coffre de ma voiture. Je rallume ma sauge, je range mes affaires et je remonte retrouver mes amis. Je prends ma femme dans mes bras, longtemps. Nous parlons de ce qui s'est passé avec mes amis, enfin, de ce qui peut se partager, autour d'un repas réconfortant.
Après le repas, nous nous allongeons sur l'herbe, dans la nuit d'été pour regarder les étoiles filantes de cette nuit des Perséides.
Le lendemain, de retour chez nous, je m'arrête à St Antoine l'Abbaye pour me recueillir dans l'église, soucieux de me purifier après la transe de la veille, et de consacrer ici la mailloche de mon tambour.

Ozias août 26

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