Personnellement, je ne souhaitais pas du tout prendre en compte les visions et les entités de l'hyperespace pour orienter au quotidien ma vie physique incarnée. Les circonstances quotidiennes et mes proches sont suffisamment présents pour me guider, et c'est auprès d'elleux que je me dois d'être le plus dans cette vie terrestre. Ainsi, lorsque le trip se termine je demande aux esprits de regagner le monde des esprits et de rien demander ni procurer aux vivants.
Pourquoi deviendrais-je sorcier ?... pourquoi entretenir des liens avec le monde des esprits quand il y a déjà tant à faire avec le monde des vivants ? En même temps, j'ai souvent senti, et appris que 'ce qui danse derrière la porte, c'est à nous d'aller vers ça'. Et finalement, longtemps je n'ai pas vraiment trouvé de réponse à la question que me posait l'entité.
Bien sûr, depuis mon enfance, le qualificatif que j'ai entendu le plus fréquemment à mon propos est 'décalé'. J'ai toujours aimé les plantes, pour leur formes et leurs propriétés. Quand j'avais dix ans, j'ai découvert une dent de mammouth sur le terrain où mon père a construit sa maison. Pour des raisons inavouables ici il me l'avait faite jeter. Il y a aussi certains objets, par exemple une statuette offerte, que je ne supporte pas et dont je me suis débarrassés parfois très expéditivement. Il y aussi ce pressentiment que j'ai et que j'ai toujours eu que je finirai incompris, conspué, abandonné de tous, en bouc émissaire lynché. Parfois à l'occasion de cérémonies au tambour j'ai parlé en langue, chanté en diaphonique, incorporé une diva, des sorcières, un esprit préhistorique. Jai lu et relu 'la mort les sorts', et intercepté sur moi de sombres regards de la part d'inconnu.e.s.. Il y a aussi des transes, des incorporations, et les derniers instants de ma mère que je n'ai toujours pas compris. J'ai longtemps eu très peur des mondes occultes et infernaux. Mais depuis quelques temps, je me penche sur tous ces mondes d'en bas que j'entrevois parfois le temps d'une transe.
Initiation
Je suis chez moi, posé sur la terrasse c'est le mois d'aout, la nuit est douce et j'allume mon sebsi chargé de changa++. Avant la fin de l'inhalation je me suis envolé dans le vortex habituel constitué de symboles rappelant des hiéroglyphes et des cartes de tarots ésotériques aux tons pastels principalement vert, rose et brun . Puis j'ai été pris dans une sorte de rituel initiatique dont je garde peu de souvenir, si ce n'est que c'était comme un voyage dans le temps et que je me demandais si j'allais tenir le coup physiquement, si j'étais encore vivant ou déjà mort. Il était notamment question de mon ascendance paternelle et tout ça se passait dans la maison d'Ardèche transmise par mon père. Cette complète déconnexion (breakthrough) pendant laquelle j'étais collé au siège, a dû durer une minute ou deux. Puis j'ai rouvert les yeux, et même si je savais où j'étais, je ne reconnaissais plus rien de ma terrasse. J'éprouvais comme une évidence le sentiment d'être, que je le veuille ou pas, celui de ma lignée qui porterait la charge de sorcier. Je ressentais étranges les choses, comme moi même. Mon chat que je le caressais avec une empathie nouvelle était mon complice.
Dans la nuit mon tambour battait comme mon cœur sur tout le hameau. Au ciel nocturne dégagé les étoiles s'ordonnaient en constellations scintillantes et reliées entre elles par de segments lumineux vert, oranges et violets visibles par moi seul. Tout le volume obscur de la nuit d'été se quadrillait de repères lumineux colorés, et j'étais maintenant capable de voir ça, et de m'y orienter. C'était surtout la sensation d'un rapport au monde neuf et l'inéluctabilité de la révélation qui venait de m'être faite. L'expérience à duré une bonne demi heure. Au ciel, j'ai vu passer une étoile filante à la traînée étonnamment large, aussi remarquable qu'une autre, qui était très longue, aperçue du même endroit le soir d'une précédente incorporation.
Dans la nuit mon tambour battait comme mon cœur sur tout le hameau. Au ciel nocturne dégagé les étoiles s'ordonnaient en constellations scintillantes et reliées entre elles par de segments lumineux vert, oranges et violets visibles par moi seul. Tout le volume obscur de la nuit d'été se quadrillait de repères lumineux colorés, et j'étais maintenant capable de voir ça, et de m'y orienter. C'était surtout la sensation d'un rapport au monde neuf et l'inéluctabilité de la révélation qui venait de m'être faite. L'expérience à duré une bonne demi heure. Au ciel, j'ai vu passer une étoile filante à la traînée étonnamment large, aussi remarquable qu'une autre, qui était très longue, aperçue du même endroit le soir d'une précédente incorporation.
L'éclipse du 12 août 2026
Nous rendions visite à des amis. Le soleil a commencé à décliner. J'ai pris mon tambour et allumé la sauge. Personne n'ayant de lunettes, nous avons utilisé passoire et écran blanc. Je frappais le tambour, nous regardions le sténopé du soleil, mais n'ayant pas suffisamment éloigné la passoire de l'écran, nous ne voyions que la lumière issue des trous de la passoire, lumineux sur l'écran. Et pourtant la lumière changeait et d'après nos yeux les trous s'ovalisaient... Mais quand même, pas tous. Peu avant que le soleil disparaisse derrière la colline située à l'ouest, j'ai pensé à éloigner plus la passoire et là nous avons tous pu voir les croissants lumineux apparaître nettement sur l'écran jusqu'à ce que le soleil disparaisse. J'ai alors laissé mes amis, et à l'écart du groupe j'ai pris une longue bouffée de changa++ sur mon sebsi. Décollage immédiat, monde magique, couleurs froides, breakthrough. Mon ami se tenait près de moi immobile. D'un signe, il a compris que je n'étais pas en état de parler. J'ai commencé à respirer fortement, comme habituellement quand j'incorpore une entité au cours d'une transe. Me voilà collé à mon siège, autre, pris dans un univers de mystères qui me dépassent. Derrière la colline, le soleil devenu invisible faiblit comme il se masque de l'ombre grandissante de la lune, je traverse des mondes inquiétants, je suis sorcier. Très dark, tout ça, l'éclipse atteint son maximum et une lumière grise baigne le jardin de tons vert sombre et de bleus magnifiques et tristes à la fois. Je me trouve confronté à un choix crucial : est-ce que je choisis de mourir maintenant pendant cette éclipse ? Ce serait tellement symbolique, presque évident. Pensée pour ma mère disparue l'été dernier. Et pourtant cette idée ne m'emballe pas, je pense appeler ma femme, qui est en compagnie de nos amis un peu plus haut sur la terrasse, pour partager ce que je vis, qui est tellement fort, mais je crains qu'elle ne puisse comprendre tout ça. Je reprends mon tambour, et je frappe, d'abord au rythme d'un cœur puis le rythme se compose et se complexifie au fur et à mesure des battements. Une vingtaine de minutes ont dû s'écouler depuis la disparition du soleil, et je suis toujours en pleine transe je suis chamane, sorcier, complètement autre que moi au quotidien, mais toujours moi. Contrairement à d'autres transes, même si ma respiration est changée, je n'ai pas ressenti l'adombrement d'un esprit qui entre en moi. Le rythme du tambour me vient spontanément. Je me lève alors que le soleil revient et que la lumière du couchant se réchauffe, et je marche avec le tambour, tout puissant, sorcier. Fort de ma puissance je jette un sort, puis je le rappelle immédiatement, car je n'ai pas la connaissance qui me permet de juger du bien fondé et d'en mesurer les conséquences. Je marche encore en battant mon tambour pendant 10 à 15mn encore, mon pouls aussi bat fort, et je commence à me demander comment je vais 'revenir'. Au sol, les brindilles dessinent encore de somptueux motifs de tapis orientaux tout en 3D 4k. Après une dizaine de minutes, tout cela se calme, je range mon tambour dans le coffre de ma voiture. Je rallume ma sauge, je range mes affaires et je remonte retrouver mes amis. Je serre ma femme dans mes bras, longtemps. Nous parlons de ce qui s'est passé avec mes amis, enfin, de ce qui peut se partager, autour d'un repas réconfortant.
Après le repas, nous nous allongeons sur l'herbe, dans la nuit d'été pour regarder les étoiles filantes de cette nuit des Perséides.
Après le repas, nous nous allongeons sur l'herbe, dans la nuit d'été pour regarder les étoiles filantes de cette nuit des Perséides.
Le lendemain, de retour chez nous, je m'arrête à St Antoine l'Abbaye pour me recueillir dans l'église, soucieux de me purifier après la transe de la veille, et de consacrer ici la mailloche de mon tambour.
Ozias août 26
PS: Et aussi (cf 'mes transes')...
En juin 2026, lors d’un week-end consacré à la découverte de la transe chamanique de tradition mongole, j’ai été adombré par l’esprit d’une sorcière digne des « Contes de la crypte », célèbre bande dessinée d’horreur fantastique parue aux États-Unis dans les années 1960. La transe, induite par une séance collective de breathwork accompagnée au tambour, m’a plongé dans cet état singulier. J’étais devenue sorcière, parlant une langue inconnue et chantant avec sa voix : une voix aigrelette s’échappait de ma bouche déformée s'exprimant parfois en français, et à d'autres moments au moyen d'un protolangage constitué d'onomatopées. Cette voix, qui peut aussi chanter dans le style d'une diva, et je l'avais déjà rencontrée dans un rêve mémorable et expérimentée dans un long cri synesthésique et coloré après avoir fumé la changa. Etrange sensation d'une transition de genre. Cette expérience, à la fois burlesque et magique, me laisse le souvenir d'avoir participé à un sabbat, de traverser l’hyperespace juché sur un balai. Mes pleurs et mes rires se mêlaient aux cris des autres participants, dans l’attente joyeuse de l’apothéose d’un bûcher digne d’une scène goyesque.
Août 2026. Respiration holotropique et voyage au tambour. An 1676 je suis sorcier, chef d'orchestre d'un sabbat où se mêlent mes chants et les cris du groupe. Lors d'un voyage suivant la sorcière que je suis, elle m'ouvre la trappe qui donne sur les mondes d'en bas inquiétants et brillants comme une nuit traversée d'éclairs.
Il en est du sorcier comme de l'artiste, on l'est ou on ne l'est pas, et ce sont les autres qui choisissent.
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