Le concept biologique d'hypertélie* décrit le développement jugé excessif de certains éléments ou caractères organiques d'une espèce animale.Par exemple les ramures en forme de palmes géantes du cervidé fossile Mégalocéros, ou la queue plus longue que le corps chez les paons, ou encore les mandibules énormes du lucane cerf-volant, etc. Il s'agit du développement d'un organe qui va en contradiction avec la règle de la conservation exclusive des structures "utiles" dans la lutte pour l'existence.Darwin explique que la raison du maintien de la croissance d'une telle structure réside dans un déplacement de l'avantage vital des "armes" vers les "charmes" car les organes 'hypertéliques' sont un avantage dans le champ de la sélection sexuelle. Dans le cas de la performance reproductive "il est plus important de séduire que de gagner en adaptation". Un tel 'charme' 'surcompense' donc le désavantage qui affecte "les armes" en tant qu'instruments directement utiles à la survie.
Réflexions sur les psychédéliques, et le monde que je vois. Ce qui m’émeut, ce qui me meut.
mardi 9 mars 2021
Hypertélie. L'intelligence des limites
samedi 6 mars 2021
Santé sécurité et liberté
Voici un article extrait d'une Tribune du journal 'Le Monde' du 1 mars 2021 dans laquelle Mireille Delmas-Marty remarque que
Il y a plus d’un siècle, Emile Durkheim [1858-1917] avait pourtant montré que le crime est « un fait de sociologie normale » (Les Règles de la méthode sociologique, 1895), invoquant cette raison simple : « Pour que la société puisse évoluer, il faut que l’originalité humaine puisse se faire jour ; or pour que celle de l’idéaliste qui rêve de dépasser son temps puisse se manifester, il faut que celle du criminel, qui est au-dessous de son temps, soit possible. » D’où la formule provocatrice : « Le crime est donc nécessaire ; il est lié aux conditions fondamentales de toute vie sociale, mais par cela même il est utile, car les conditions dont il est solidaire sont elles-mêmes indispensables à l’évolution de la morale et du droit. » Le sociologue suscita de telles indignations qu’il dut préciser, dans la deuxième édition, qu’il n’entendait pas faire l’apologie du crime mais se préparer à mieux le combattre.
Que dirait-il à l’heure actuelle où le rêve de perfection s’accompagne d’une inflation de normes, véritable « goutte-à-goutte normatif » (Catherine Thibierge, 2018) qui, jour après jour, rend presque invisibles les transformations en cours. D’autant que de nouvelles technologies ne cessent d’arriver sur le marché, offrant aux décideurs des moyens de surveillance encore inimaginables au temps de Durkheim. La reconnaissance faciale, développée par Apple pour le déverrouillage de ses nouveaux téléphones, se combine à la surveillance par caméras, voire par drones, à la géolocalisation des utilisateurs d’Internet ou encore aux algorithmes de reconnaissance des émotions. Insensiblement, tout cet arsenal transforme nos Etats de droit en Etats policiers et nos sociétés ouvertes en sociétés de la peur où la suspicion suspend la fraternité et fait de l’hospitalité un délit pénal.
Univers infantilisant
Comment s’en plaindre, alors que nous fournissons nous-mêmes les données, les réseaux sociaux ayant su exploiter le désir illimité d’avoir accès à tout, tout de suite et en permanence ? Obéissant à des « pulsions narcissiques plus puissantes encore que le sexe ou la nourriture », nous passons d’une plate-forme à l’autre « comme un rat de la boîte de Skinner qui, en appuyant sur des leviers, cherche désespérément à être toujours plus stimulé et satisfait » (Bernard Harcourt, « Postface » in La Société d’exposition. Désir et désobéissance à l’ère numérique, Seuil, 2020).
Avec la lutte contre la pandémie, le mouvement s’accélère. Sommés de protéger ce bien commun que constitue la santé, peu de dirigeants politiques résistent à la tentation d’instaurer une surveillance permanente et généralisée digne d’un régime autoritaire. La pédagogie de la complexité n’est plus de mise dans cet univers infantilisant, car fait de normes contradictoires et incompréhensibles. Tocqueville avait vu juste quand, imaginant le despotisme en démocratie, il avait prophétisé un « despotisme doux » qui couvrirait la surface de la Terre « d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour ».
Peu importe que les dispositifs de fichage, puçage et traçage ne soient pas totalement fiables. Peu importe que les acteurs publics soient débordés et que grandes villes comme Etats fassent appel à des entreprises privées, au mépris de l’article 12 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, instituant la force publique « pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ». Peu importe, enfin, que l’Etat de droit soit bafoué et que les garanties restent illusoires quand la sécurité, promue « premier des droits », devient le fait justificatif suprême, une sorte de légitime défense face à l’agression du virus.
Car le langage guerrier n’est pas seulement une métaphore. Rappelons-nous le tournant sécuritaire post-11 septembre 2001. Les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies (13 et 18 septembre) avaient considéré pour la première fois que des attentats terroristes soient qualifiés d’agression et que les représailles relèvent de la légitime défense. Le Patriot Act américain permit alors le transfert des pleins pouvoirs au président George W. Bush ; par la suite, en mars 2003, des frappes aériennes furent lancées contre l’Irak au nom d’une légitime défense élargie, dite « préventive », véritable négation de l’Etat de droit. Cette vision guerrière devait par la suite atteindre la plupart des démocraties occidentales, « décomplexées » par l’exemple américain.
Double extension de la surveillance
Ainsi en France, la loi du 25 février 2008 sur la rétention de sûreté permet de retenir en prison, pour une durée indéfiniment renouvelable, des condamnés ayant déjà purgé leur peine, au motif de leur « dangerosité », attestée par une commission de composition hétérogène. Puis, après les attentats de Paris et la déclaration de l’état d’urgence, la France réduira encore les libertés, systématisant le transfert de pouvoirs à l’exécutif et l’affaiblissement de l’autorité judiciaire au profit des pouvoirs de police et des services de renseignement (voir notamment, la loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement).
Comme la sécurité n’est jamais parfaite, le rêve du risque zéro, qu’il s’agisse de terrorisme ou de pandémie, entraîne inévitablement une surenchère, voire une sorte d’hystérie législative qui relève plus de l’activisme que de l’action efficace. Encore plus dangereux que Ben Laden pour la démocratie, le coronavirus accélère le recul de l’Etat de droit. Et ce au nom d’une urgence sanitaire qui se prolonge au point qu’on se demande s’il ne s’agit pas cette fois d’une mutation durable du régime politique.
La menace du virus conduit à une double extension de la surveillance : d’une part l’anticipation, une extension dans le temps (prévenir au lieu de guérir), qui peut sembler souhaitable, mais à condition de poser les limites et de garantir la proportionnalité des mesures de défense à la gravité de la menace ; d’autre part la globalisation, une extension de la surveillance dans l’espace (de l’espace national à l’espace mondial, réel ou virtuel) qui appellerait des contrôles presque impossibles à mettre en place à une telle échelle.
.../...
Mireille Delmas-Marty est juriste, professeure émérite au Collège de France, membre de l’Institut de France.
lundi 22 février 2021
Populisme et Néolibéralisme
Dans son dernier ouvrage : l’économiste David Cayla cherche à faire la connexion entre Populisme et Néolibéralisme, deux phénomènes que tout semble opposer mais qui ne sont, en réalité, que « les deux faces d’une même pièce ». Entretien paru le 26 janvier 2021.
.../...Dans ce quatrième livre, David Cayla décide de s’attaquer à deux phénomènes qui bousculent la vie politique et économique de nos sociétés modernes : le populisme et le néolibéralisme. L’occasion pour lui de clarifier la définition de populisme – un terme un peu galvaudé à force d’être utilisé à tout vent – et d’expliquer en quoi ce phénomène est une réaction populaire aux dogmes néolibéraux.
David Cayla :
Il y a, en gros, deux manières d’aborder le populisme. La première, pour caractériser un parti ou un leader politique. Dans une optique souvent péjorative, on dit d’un leader qu’il est « populiste » parce qu’il serait démagogue et qu’il manipulerait les colères populaires pour se faire apprécier des électeurs en jouant sur l’opposition peuple / élites. Il arrive aussi que l’étiquette soit revendiquée et assumée. Dans ce cas, le populisme renvoie à un projet plus structuré qui impliquerait de rassembler et d’unifier les revendications populaires pour porter un programme de transformation sociale et politique. C’est cette seconde acceptation qui a cours parfois à gauche, notamment chez François Ruffin, et qui explique qu’il puisse se revendiquer comme populiste sans forcément être un démagogue.Tous ces mouvements n’ont pas grand-chose en commun d’un point de vue programmatique et ne partagent en général pas la même vision du monde. Mais ceux qui les soutiennent ont néanmoins des points communs. S’enthousiasmer sur le professeur Raoult ou le Mouvement cinq étoiles, c’est exprimer une profonde défiance envers les institutions et les classes dirigeantes. En somme, le populisme n’a pas nécessairement d’idéologie structurée car il est avant tout le produit d’un certain état d’esprit, celui d’une défiance populaire qui entend se soulever contre un système jugé oppressif.
David Cayla : Exactement ! Ce qui a fait le succès de Didier Raoult, de Donald Trump et de Beppe Grillo c’est qu’ils ont su incarner un élan de révolte. La cristallisation s’est faite sur leur personne, mais elle aurait pu se faire autrement. Le populisme est une réaction chimique qui précipite soudainement dans un système social instable. Si Raoult est devenu le héros des taxis marseillais, ce n’est pas en raison de son discours sur l’hydroxychloroquine ou de la pertinence de ses remèdes, mais parce qu’une partie de la population française, traumatisée par l’annonce du confinement et la confusion du pouvoir, avait besoin de dire « non ». Rappelons que deux semaines avant que le confinement ne soit décidé, le gouvernement profitait d’un Conseil de défense consacré à la pandémie pour annoncer que la réforme des retraites passerait sans examen parlementaire, via la procédure du 49-3.
Vous mettez en lumière un paradoxe : les leadeurs populistes qui entendent faire tomber le système en sont souvent des représentants particulièrement scintillants. Comment l’expliquez-vous ?
David Cayla :
« LE POPULISME EST AVANT TOUT UN CONTREMOUVEMENT QUI SE VEUT RÉPARATEUR. »
Pour certains, le populisme est susceptible de représenter une menace pour les démocraties libérales. D’autres intellectuels de gauche, comme Chantal Mouffe, analysent le populisme comme une nouvelle manière de faire de la politique. Qu’en est-il au juste ?
David Cayla :
Les deux visions ne sont pas incompatibles ! Le populisme peut effectivement être une nouvelle façon de faire de la politique. Les leaders qui parviennent à agréger les mécontentements peuvent susciter un fort sentiment d’adhésion et remporter de fulgurantes victoires électorales. Après tout, c’est ainsi qu’Emmanuel Macron a gagné la présidentielle de 2017. Tout ce qui vient d’être dit sur le populisme s’applique en effet parfaitement à la campagne électorale de Macron. Il a incarné une forme de rupture avec le système tout en en étant un membre éminent. Pour lancer sa campagne, il publie un livre dont le titre, Révolution, veut sonner le glas de « l’ancien monde ». Il est très jeune, donc neuf, mais aussi ancien ministre, ancien banquier d’affaires, énarque. C’est le Didier Raoult de la politique. Celui qui ose se lever, briser le consensus et le clivage gauche-droite. La stratégie électorale qu’il a mise en œuvre fut indéniablement populiste.Mais le populisme peut aussi être un danger pour les démocraties libérales. En premier lieu, parce qu’il se nourrit de la défiance et du désordre. Le moteur du populisme est le sentiment d’un dysfonctionnement général et profond de la société. Mais si l’on perd confiance dans les institutions, si on ne croit plus au suffrage universel, aux médias, à la parole scientifique… le risque existe de ne pas accepter, par exemple, les mesures sanitaires élémentaires, voire le résultat des urnes, comme cela se passe chez certains soutiens de Trump. La défiance envers les institutions participe d’un affaiblissement du cadre commun indispensable à la vie démocratique. Le risque est de faire émerger des contre-sociétés avec leurs propres institutions, leurs propres médias, leurs propres croyances… qui seront d’autant plus virulentes et violentes qu’elles estiment être des victimes systémiques et qu’elles cherchent de ce fait à s’autonomiser et à s’émanciper.
Le populisme peut enfin être un danger dans sa manière de se revendiquer du peuple. Comme Müller l’explique dans son livre, cette revendication est avant tout morale au sens où ces mouvements peuvent tout à fait être très minoritaires dans l’opinion… ce qui ne les empêche pas de prétendre être les porte-parole de la « majorité silencieuse ». Le problème est qu’en s’identifiant à un « peuple » perçu comme un ensemble homogène, ils délégitimisent a priori toute expression susceptible de contredire leurs thèses. Autrement dit, ils en viennent à considérer ceux qui s’opposent à eux comme des traîtres à la solde d’intérêts économiques particuliers. Cela m’a beaucoup frappé chez les adeptes de Didier Raoult qui rangeaient systématiquement ceux qui contestaient leurs affirmations parmi les vendus au « Big Pharma » ou au pouvoir macroniste. Tous ceux qui les contredisent sont ainsi mis « en dehors » du peuple, ce qui revient à dire qu’il ne faut pas écouter leurs arguments ni leur répondre, mais les combattre et les traiter en ennemis. Il est clair qu’une telle attitude est extrêmement dangereuse pour la démocratie et interdit tout débat serein.
Pourquoi l’Union européenne est-elle structurellement propice à l’émergence de leaders populistes en son sein ?
David Cayla :
Les mouvements populistes ont toujours existé et touchent aujourd’hui tous les pays du monde. Pendant longtemps, ils ont été très présents en Amérique latine (péronisme, chavisme…) ou dans les pays arabes (nasserisme), avant de s’imposer dans les anciens pays communistes. On pensait, il y a encore quelques années, que le populisme traduisait surtout la fragilité des démocraties des pays en transition. Mais le fait que des pays développés ayant une très ancienne tradition démocratique comme le Royaume-Uni, les États-Unis ou les Pays-Bas soient touchés contredit cette thèse.
David Cayla :
J’espère sincèrement que nous ne sortirons pas de la gouvernementalité par la rationalité. Je suis profondément rationaliste et universaliste. En cela, je reste très attaché à l’esprit des Lumières et au libéralisme classique d’Adam Smith et de John Stuart Mill qui entendaient promouvoir l’émancipation individuelle et collective.Autant je crois à la fin du néolibéralisme en tant que doctrine de l’action de l’État, parce qu’elle a engendré un monde qui déstabilise en profondeur nos principes démocratiques et notre capacité à vivre collectivement, autant je ne renonce pas au projet d’émancipation et à l’idée de construire une société meilleure fondée sur la raison. Il est vrai que les passions irrationnelles existent et que la crise que connaît le néolibéralisme est porteuse de dangers. Les mouvements populistes peuvent tout à fait être salutaires lorsqu’ils incarnent des revendications sociales légitimes. Il est de toute façon toujours bon que le peuple s’invite à la table des puissants pour faire valoir ses intérêts. C’est la raison pour laquelle, comme beaucoup de Français, j’ai soutenu le mouvement des gilets jaunes. Néanmoins, il faut aussi prendre garde à ce que la contestation légitime de l’ordre néolibéral ne débouche sur des idéologies alternatives délirantes qui pourraient être extrêmement dangereuses et porteuses de violence.
Nous avons redécouvert, depuis un an, le risque pandémique et la fragilité de notre société capitaliste. Je pense que le storytelling néolibéral est en bout de course et que la plupart des gens s’interrogent sur la pertinence de ses principes. Le cycle néolibéral, ouvert dans les années 1970, est clairement en train de s’achever. Mais, pour l’instant, nous n’avons toujours pas de doctrine de remplacement. Souder les communautés, développer de nouvelles représentations du monde, répondre à l’urgence écologique, c’est évidemment fondamental. Mais tout cela doit s’incarner dans une nouvelle conception du rôle de l’État, dans une profonde rénovation démocratique et dans l’organisation d’un nouveau système économique qui ne conduise pas tout le monde à un appauvrissement.
Si nous n’y prenons pas garde, la fin du néolibéralisme peut déboucher sur des choses bien pires que le système actuel. Il convient donc d’être vigilants et intraitables sur le respect de nos libertés fondamentales. Et il convient aussi de s’intéresser au sort des moins fortunés. Car c’est toujours à l’aune du sort qui est réservé aux plus fragiles que se juge le degré de civilisation d’une société.
– T.B.
Références de l'ouvrage de David Cayla : Populisme & néolibéralisme / Editions De Boeck Supérieur / ISBN : 2807328830
dimanche 24 janvier 2021
les boules... de cristal
Le vieux monde agonise, les démocraties néo-libérales sont en panne. Le système économique basé sur une croissance infinie n'est pas réaliste et le réchauffement climatique nous le rappelle quotidiennement. Un changement radical semble inéluctable, mais ce qui me parait caractéristique de notre époque, c'est qu'aujourd'hui, seule la droite est armée et prête pour demain.
Depuis des années les partis européens d'extrême droite progressent dans les suffrages et atteignent des records. Le rejet de l'immigration, mais aussi de l' Union Européenne et de la mondialisation sont les causes les plus souvent invoquées.
En France, la démocratie représentative, décrédibilisée par des décennies de compromis et de collusion avec les intérêts économiques des puissants se trouve prise dans un face à face mortifère entre un néo-libéralisme autoritaire et un souverainisme populiste. A quatorze mois de l’élection présidentielle de 2022, le scénario paraît écrit d’avance : les électeurs devront à nouveau trancher le duel opposant Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Comme en 2017. C’est en tout cas ce que décrivent les sondages, et ce à quoi s’attend toute une partie du personnel politique (Le Monde 11février 2021). 'Comme deux miroirs face à face Macronie et Lepénie occupent tout l'espace de notre république oligarchique pour en protéger les riches propriétaires par le même non-choix'.
En France comme ailleurs, l'essor du populisme se nourrit d'un désaveu cinglant des médias et d'un rejet rageur des élites politiques. La gauche, elle, est devenue inaudible. Son discours ne passe plus auprès des classes les plus populaires, et les militants s'épuisent dans de délétères combats d'égo ou de pureté militante à grands coups de stalinisme intersectionnel.
Je pense ici à Michel Onfray, qui tout en se revendiquant de la gauche libertaire, a formé d'étranges alliances et a crée la revue FRONT POPULAIRE pour "réunir les souverainistes de gauche et de droite, mais aussi d'ailleurs et de nulle part'. J'aimais beaucoup Michel Onfray, son travail de vulgarisation de la philosophie et son ouverture d'esprit, mais je suis quand même écœuré par sa collaboration avec Eric Zemmour.
De nouveaux influenceurs sont apparus, parfois difficiles à placer sur l'échiquier politique. C'est signe d'une pensée libre et sans préjugé, et parfois aussi révélateur d'affinités avec des thèses très à droite. Je pense par exemple à Etienne Chouard, initiateur et promoteur du RIC qui se place de lui même à l'ultra gauche, mais qui a fait l'objet de polémiques pour avoir défendu des thèses et des personnalités affiliées à l'extrême droite ou conspirationnistes comme Soral. Idem pour Maxime Nicolle (allias 'Fly rider'). Ce porte-parole des gilets-jaunes s'est illustré par ses revendications démocratiques et par des affirmations plus douteuses, comme quand il a repris des théories d'extrême droite sur "le pacte de Marrakech" de l'ONU sur les migrations.
Coté média, des canaux d'information russes (RT France, Sputnik,...) portent la parole des influenceurs alternatifs de gauche comme de droite. RT France est une chaîne d'information créée en 2017 qui trouve un certain écho dans les milieux conservateurs et nationalistes. En même temps RT France sert de forum à des militants fermement ancrés à gauche comme Franc Lepage, Alain Damasio ou Emmanuel Todd.
Sur le terrain de la liberté d'expression, les lignes bougent. Par exemple, le slogan soixante-huitard 'Interdit d'interdire' est devenu le titre d'une rubrique de RT France. Cinquante ans après mai 68, après la chute des régimes communistes, la droite est devenue Championne de la liberté d'entreprendre, mais aussi, de la liberté d'expression. Ainsi, fidèle à sa devise qui est "surtout si vous n'êtes pas d'accord", Causeur est un magazine plutôt réactionnaire mais anticonformiste et très ouvert à la contestation qui a traditionnellement été l'apanage de la gauche.
Aux USA, la recherche de liberté individuelle trouve une justification théorique dans la philosophie politique libertarienne. Les libertariens s'opposent à l'étatisme, au profit d'une coopération libre et volontaire entre les individus sur la base de contrats librement consentis.
Pour les libertariens la modération n'a pas de place dans la défense du droit à la libre expression et l'Etat doit se faire le plus léger possible. En cela, le libertarisme constitue un terreau fertile aux politiques de droite et d'extrême droite. Pour ce qui est de la présidence de Donald Trump (président sorti en 2020 avec 47% des suffrages) : "Le nativisme et le protectionnisme de Trump s'apparentent grandement aux discours des partis d'extrême droite en Europe. (.../...) Le même ressentiment à l'égard d'une classe politique aux allégeances idéologiques indistinctes qui a sanctionné la financiarisation de l'économie est aussi perceptible dans l'ensemble du monde occidental" (Philippe Fournier 2018).
Bref, dans le monde occidental qui est le notre, le centre de gravité de la subversion à basculé à droite et ce qui reste de la gauche, porté par des média de droite, a de plus en plus en plus de mal à se distinguer et à faire entendre auprès d'une majorité.
Sur le terrain, les contestations de gauche ou de droite finissent par se recouper et il en résulte une polarisation des opinions selon une ligne binaire divisant le monde entre pro-systèmes et antisystèmes.
Les pro-système veulent la continuité, essaient de conserver et de respecter les institutions tandis que les antisystèmes œuvrent à miner la légitimité des régimes qu'ils veulent changer.
L'hypocrisie et le dévoiement de nos 'démocraties' aux intérêts privés est si manifeste qu'elle ne soulève même plus les foules. A part être réactionnaire, ou tétanisé par la peur, il n'y a pas de raison à vouloir conserver l'iniquité et la dangerosité du système actuel. Dans le contexte actuel d'effondrement écologique, on ne peut laisser se poursuivre l'action organisée d'un patronat financier autoritaire prêt à ruiner la Terre et ses habitants pour amasser les richesses et conserver ses privilèges. L'histoire doit avancer. La pression grandissante des désespérés, le délitement du lien social, la complexité ingérable de nos systèmes s'ajoute à la perspective de catastrophes climatiques prochaines et donne (si j'ose dire) "espoir" de voir l'histoire basculer bientôt sous l'effet d'un effondrement, ou d'un soulèvement.
Quand nous étions jeunes, nous en avons tellement parlé de la révolution ! Peut être la verrons nous ?
Mais en tout cas, ce ne sera pas le grand soir socialiste de nos rêves gauchistes. En unissant leurs efforts pour saper l'intenable système actuel, les forces antisystème portent à droite toute(s). Toutes les volontés de changement, qu'elles soient de gauche, d'extrême gauche ou pas, me paraissent canalisées, attirées, accaparées par le disque d'accrétion d'une idéologie de droite dans ce "moment" mécanique et historique actuel.
Historiquement, ici, je pense à la révolution iranienne, aux communistes iraniens des années 70 et je me rappelle Michel Foucault, auteur génial de l'histoire des idées et des sciences humaines, qui parlait en 1979 de Khomeiny (alors réfugié en France) comme du "saint homme exilé à Paris".
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| Do Not Enter. Ben Reche 2021 |
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| Ozias 2020 |
vendredi 18 décembre 2020
Croire ou comprendre : une controverse
"Je suis bien sûr ultra-favorable aux tests, mais j’ai voulu montrer sur un cas simple que la question de leur fiabilité est cruciale.
Cet entretien accordé à Marianne relate la prise de position d'Etienne Klein suite à la parution d'un 'tract de crise' chez Gallimard le 31 mars 2020 intitulé 'je ne suis pas médecin mais...' où le physicien disserte sur cette dialectique moderne dans laquelle le désir de véracité se double de suspicion à l'égard de la vérité .
Afin de démontrer l'existence de nos biais cognitifs, son texte s'ouvre donc sur une expérience de pensée montrant qu'un test fiable à 95% permet d'affirmer qu'un patient détecté positif est réellement malade avec une probabilité de 2% seulement si le test est réalisé sur une population où la prévalence de la maladie est de 1/1000.
Le calcul est rigoureusement juste, mais ce qui ne l'est pas c'est l'hypothèse faite sur la prévalence parmi la population testée. En effet, dans la vraie vie, seuls les malades présentant des symptômes vont bénéficier d'un test. Ainsi, si la prévalence de malades est de 10% parmi la population testée, la probabilité de vérité du test monte à 66%. Avec 20% de prévalence cette même probabilité s'élève à 80%. D'autre part, afin d'élever ce niveau de confiance, rien n'empêche de faire un deuxième test afin de confirmer le résultat du premier, la probabilité de vérité du test s'élève alors à 96%.
A l'époque donc, dans la panique du premier confinement, en pleine pénurie de masques, de tests et de gel hydroalcoolique, Sibeth N'Diaye (alors porte-parole du gouvernement) nous apprenait que 'le port du masque peut être contre-productif' et Marianne nous démontrait, par l'entretien d'Etienne Klein, que "une personne positive a 98 chances sur 100 de ne pas être malade, ce qui rend le test fort peu utile ".L'article d'origine sur Marianne :
Le 'tract de crise' paru chez Gallimard
https://tracts.gallimard.fr/fr/products/tracts-de-crise-n-25-je-ne-suis-pas-medecin-mais
La polémique (Mediapart):
https://blogs.mediapart.fr/bunchun/blog/060420/reponse-etienne-klein-au-sujet-de-son-tract-de-crise
Le checknews de Libération
A lire à propos des tests :
Autre controverse, autre débat d'experts











