mardi 23 août 2022

Cardiotoxicité des substances

Les stoners et les psychonautes vieillissent aussi. Parmi les 20% de français qui ont dépassé l'âge de 65 ans beaucoup ont découvert les drogues dans les années 60/70s et certains continuent à les apprécier. Pourtant, beaucoup d'usagers séniors se retrouvent sous traitement médical chronique suite à des problèmes d'hypertension, cardio-vasculaires, de diabète ou autres. Pour eux se pose la question de la compatibilité entre l'usage de substance et  celle de leur condition physique, plus celle des interactions entre produits et traitements. Etant moi même concerné, et intervenant en Caarud, j'aimerais échanger avec des professionnels sensibles à cette question, ou avec d'autres usagers seniors intéressés par ce sujet.
Au terme de quelques semaines de recherche, voici quelques articles qui m'ont paru pertinents, sérieux et utiles sur ces questions et pour le cas spécifique des affections cardiaques.
Cependant, il existe de multiples formes de pathologies cardiaque (arythmie, cardiopathie structurelle, insuffisances cardiaques, coronaropathies). Cet article cible les risques d'infarctus par obstruction des artères coronaires. A ce sujet, et d'après les lectures référencées plus loin, je propose un schéma dans lequel j'ai classé différents produits selon le risque perçu en termes de coronaropathie. Ce schéma qualitatif n'engage que moi, je ne suis pas médecin, et je serais ravi de vos commentaires à son sujet.


D'une manière générale, ce qu'il faut savoir

Une étude de fond sur les récepteurs à sérotonine et leur action sur le système cardiovasculaire.
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC10661823/



Recreational drug misuse: issues for the cardiologist.

Cannabis

Avec le cannabis les études se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Il semblerait que le risque d'infarctus augmente dans l'heure qui suit la consommation (+0,8%) mais d'autres publications montrent que l'on ne constate pas de différence significative. Voici un article qui fait le point sur le sujet https://www.cureus.com/articles/45502-association-between-marijuana-use-and-cardiovascular-disease-in-us-adults#!/

Article de référence : The Impact of Marijuana on the Cardiovascular System: A Review of the Most Common Cardiovascular Events Associated with Marijuana Ushttps://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7355963/

Cardiovascular effects of cannabis and derivates :
https://www.edimark.fr/Front/frontpost/ … /13535.pdf

Effects of Cannabis on Cardiovascular System: The Good, the Bad, and the Many Unknowns

Mode d'action des cannabinoïdes, notamment du THC, sur le corps humain et conséquences de la consommation de cannabis.

LSD
Dans la THÈSE POUR LE DIPLÔME D’ÉTAT DE DOCTEUR EN MÉDECINE MEDECINE SPECIALISEE CLINIQUE. Joyce DEMEY le 22 octobre 2020 "LES EFFETS INDESIRABLES SOMATIQUES ET PSYCHIATRIQUES DU LSD", on peut lire :
"Sur le plan cardiovasculaire, le LSD est un cardio-stimulant et entraînerait des troubles du rythme, en particulier des tachycardies sinusales, des arythmies supra-ventriculaires, de l’hypertension artérielle et un risque accru d’infarctus du myocarde. (34) Cela ne semble pas être médié par ses effets adrénergiques et sympathiques relativement légers. En réalité, le LSD, dérivé de l’ergot de seigle, entraînerait des variations des taux de sérotonine, à l’origine d’un phénomène d’agrégation plaquettaire. Cette coagulation anormale pourrait aboutir à la formation de caillot, lui-même à l’origine de vasospasmes artériels et des complications cardiovasculaires centrales et périphériques de type ischémique similaires à celles retrouvées dans l’ergotisme. (34) (66). Ces effets seraient potentialisés par l’activité agoniste alpha adrénergique et prostaglandinergique. Il semble judicieux de contre-indiquer le LSD chez les patients souffrant de troubles cardio-vasculaires ou d’anomalie hématologique. "

Psychédéliques en général

Cas particulier du 1cpLSD . Les dérivés ou prodrogues du LSD semblent avoir causé quelques soucis au niveau cardio vasculaire et des risques de vaso-constriction. Détails dans l'article de Not for Human

https://notforhuman.org/index.php/2023/04/08/1cp-lsd-effets-secondaires-sur-le-coeur/

https://www.psychoactif.org/forum/t20801-p1-1p-lsd-vasoconstriction-douleurs-coeur-dans-les-membres.html

https://www.psychonaut.fr/threads/douleur-persistante-avec-le-1p-lsd.32517/

Tryptamines

Risk assessment of ritual use of oral dimethyltryptamine (DMT) and harmala alkaloids
https://catbull.com/alamut/Bibliothek/Ayahuasca%20paper%20PDF.pdf

Microdosing psychedelics: More questions than answers? An overview and suggestions for future research

Kétamine

Cocaine, crack, amphétamines
Ces produits causent les plus fréquentes et les plus sévères atteintes cardiovasculaires

RCs Simulation de cardiotoxicité

https://www.psychoactif.org/blogs/2-Predire-la-cardiotoxicite-d-un-RC-RdR-par-l-IA_6728_1.html#

Polyconsommation, mélanges

La polyconsommation de psychotropes et les principales interactions pharmacologiques associées.
http://www.santecom.qc.ca/BibliothequeVirtuelle/CPLT/2551225450.pdf

Cette liste n'est qu'un commencement. Je serai heureux d'enrichir cet articles par d'autres liens que vous connaissez, d'autres expériences que vous avez faites. 

Ozias

PS: autre article sur le même thème 

https://emagicworkshop.blogspot.com/2021/06/avancer-en-age-et-consommer-des-drogues.html

Il existe aussi un forum psychoactif dédié à cette question : https://www.psychoactif.org/forum/viewtopic.php?pid=593890#p593890

samedi 13 août 2022

Mon infarctus

 

D'abord tout le monde s'en fout, et moi le premier. 

Ce lundi matin, le dernier de février 2022, en allant courir, j'ai l'impression de pas trop avancer. Je raccourcis mon tour habituel. Puis, après le repas je ressens un drôle de malaise avec à la fois la peur de tomber et l'envie de dégueuler. ça dure 30 secondes, pas plus. Puis dans la nuit de lundi à mardi je retrouve dans mon lit la sensation d'avoir un succube posé sur l'épaule gauche. Il se déplace parfois. Comme un gros chat couché sur moi. Il attaque aussi par l'arrière ou bien il se déplace vers mon bras gauche. Oppression, donc, zen, détendons nous !

ça passe, et puis ça revient. C'est une sensation que j'ai déjà rencontrée à plusieurs reprises en me couchant. Une impression d'oppression qui me rappelle tous ces tiraillements que j'ai eus depuis la mâchoire jusqu'à l'estomac depuis 2005 et qui se sont multipliés ces dernières années, qui disparaissaient après quelques gorgées d'eau froide et à cause lesquels j'ai mangé des kilos de Maalox contre les maux d'estomac. Un matin à Metz en 2020 aussi où j'ai dû sortir trempé de sueur d'une salle de conférence où j'étais assis. Par contre, ce qui est nouveau ce soir c'est cette nausée qui ne me lâche plus et en plus, des gargouillis inhabituels dans mon ventre. Comme une longue nausée sans pouvoir vomir, entrecoupée de quelques gros spasmes à tomber raide et douloureux à mourir.

Mardi matin, plus de douleur dans la poitrine, mais toujours la nausée à ne pas pouvoir me lever et fatigue tellement intense que je ne peux appeler mon médecin traitant qui prend des rendez-vous seulement avant 9h15 ou après 17h. Serait-ce le Covid ? Je fais un test, et je suis déçu de constater qu'il est négatif. Vers 15h, je sors du lit, impossible de manger, à 18h, j'appelle le médecin qui me donne rendez-vous le lendemain à 18h00.

Mercredi, journée sur le canapé, tout patraque. A 18h, je prend la voiture et je me rends chez le médecin. Il constate que j'ai de la fièvre (38C). Il me fait un électrocardiogramme. Diagnostic possible, mais sans trop y croire : c'est peut être un infarctus... Il rédige donc une ordonnance pour des médicaments (aspirine, nitroglycérine Natispray) et un dosage de la troponine.

Comme j'habite la cambrousse et vu l'heure, le labo d'analyses ouvert le plus proche est à 25 km.  Il est 18h30, il est déjà tard et je repars direct au volant de ma voiture de chez le médecin, direction la vallée . Premier stop à la pharmacie, longue file d'attente. Deuxième stop 15 km plus loin à la recherche d'un labo d'analyse qui ferme à 19h. L'accueil est introuvable car la clinique "B." est justement en chantier et en février, il fait nuit . Je erre dans ce chantier sombre, puis je trouve l'accueil, où on me dit:  "Le laboratoire est fermé depuis 19h, il faut que vous alliez aux urgences privées de la clinique "C". 

Je repars avec ma voiture pour une dizaine de kilomètres encore. Attente, 12 personnes devant moi. ça fait maintenant 3 heures que je suis parti de chez le médecin. Finalement, prise de sang. Je regarde mon sang couler dans le tube, épais et sombre comme du civet de lapin. Enfin je repars chez moi en voiture (25km). Arrivé je prépare des pâtes et je mange. A peine posé sur mon canapé, coup de fil du labo d'analyse qui me demande de partir direct aux urgences pour cause de souffrance cardiaque aigue. Bref, après plus de deux jours de malaises, voilà que je fais officiellement un infarctus ! Là, tout à coup, c'est Mayday ! Mayday ! !

A l'hôpital je suis pris un max en charge  par une demi-douzaine d'intervenants tous très jeunes et tous en mode Matrix. Ils se présentent militairement, "bonjour monsieur Ozias, je suis Joe, Votre infirmier stagiaire et je .... bla bla..." et  j'oublie leur nom spontanément. Après un grand tour des couloirs en lit roulant, lardé de perfusions et ficelé d'électrodes, j'attends dans une chambre double pour subir une angio-plastie dès que possible. 

Un vrai problème avec la cardiologie, c'est le monitoring cardiaque : 6 électrodes sur la poitrine plus un bracelet pour la tension, sans parler des perfusions. Beaucoup de fils à la patte et donc, impossible de sortir du lit, quel que soit le besoin. Et quand un "gros besoin" se fait sentir, j'ai honte pour mon voisin (because le bruit, et l'odeur). Bref, en fin de matinée, après quelques allées et venues de groupes d'internes et un questionnaire intrusif et désagréable sur mon 'hygiène de vie', où l'on me fait comprendre qu'en fumant du cannabis je n'ai pas volé ce qui m'arrive, et jurer que je ne recommencerai plus, c'est mon tour et je pars au bloc. 

L'angioplastie consiste, à l'aide d'un cathéter, à faire remonter depuis la veine du poignet droit des ballonnets gonflables qui ouvrent le passage à deux petits ressorts qui maintiendront les coronaires ouvertes au niveau du cœur (les stents). Mon opérateur me demande si j'autorise son collègue débutant à pratiquer cette opération pour la première fois. Déjà bien dans le colletar, je réponds que oui,  et c'est parti pour 20-30mn de ramonage des artères . Avec le Subutex les 3mg morphine ne font aucun effet et j'ai trouvé ce temps bien long. Résultat Méga hématome sur l'avant bras droit. D'ailleurs, plus d'un an après j'ai toujours la marque du méga-hématome qui s'ensuivit, comme un tatouage souvenir.

Ce qui m'a le plus cassé les pieds, c'est que les médecins, comme toutes les personnes de mon entourage ont spontanément trouvé une explication à cet évènement. Et bien sûr, dans tous les cas, la cause ne tenait qu'à moi. Pour certains, c'était dû au vaccin anti-covid, pour d'autres au cannabis,  ou encore au manque d'exercice, ou au sucre trop présent dans mon alimentation.  Tous.tes avaient trouvé une explication qui leur permettait surtout de se rassurer en se disant qu'elleux -au moins- n'avaient pas ce travers là. Plus tard, en rééducation j'ai cotoyé de nombreux autres patient.es victimes d'infarctus. Certains étaient plus jeunes que moi, d'autres plus âgés. Des hommes dans l'ensemble. Il y avait des gros et d'autres pas. des sédentaires, des sportifs, des stressés ou pas des usagers de drogues ou pas. 

Un an plus tard, qu'en est il ? Grace à la réadaptation qui a suivi l'infarctus je me suis remis au sport. Cardio et gymnastique dans un premier temps à l'hôpital, puis natation en été, musculation hebdomadaire et escalade 2 fois par semaine. J'ai donc perdu 5 kilos et gagné en muscles. Pompes et tractions ne me font pas peur et j'ai presque retrouvé mon niveau d'escalade d'homme jeune. Pourtant, je ressens toujours parfois quelques malaises (douleurs dans la poitrine, ou transpiration sans raison), et je redoute en permanence d'avoir à remettre tout en branle à cause d'un caillot qui bouche une coronaire.

Qui vivra verra

Ozias

mardi 12 juillet 2022

Transhumanisme et psychédéliques

 

Les états de conscience modifiés, tels que ceux obtenus par l'utilisation de substances psychédéliques, seraient ils une façon 'd'augmenter' chimiquement notre niveau de conscience à l'instar du dopage sportif qui est une forme de transhumanisme chimique ?

Effectivement, un pan entier de la philosophie de Timothy Leary est ancrée dans le transhumanisme et fait penser aux idées d'Elon Musk sur la conquête spatiale et l'expansion de la conscience. (Gael Millet)

Cet aspect de la pensée de Leary trouve son illustration dans la BD   neurocomics éditée en 1979 et basée sur les travaux de Leary,

Pour Leary, chaque individu est constitué d'un corps/robot servant de véhicule à son esprit qui crée une  réalité en fonction la bande passante dont il dispose. Par nature, seule une infime partie du spectre de la réalité nous est accessible. Notre système nerveux transforme l'énergie en conscience. 

Pour Tim Leary, l'évolution a un sens et  l'homme est une créature technologique en route vers la dématérialisation. Déjà les moteurs ont remplacé les muscles et les ordinateurs remplacent les cerveaux. Notre espèce va "quelque part" dans un monde conçu par une intelligence supérieure.  

Le but de nos vies est d'utiliser l'espace, notre esprit et le temps. Notre espèce est confrontée à trois challenges : celui d'une migration dans l'espace (la Terre étant l'utérus de notre espèce); celui du  développement de l'intelligence jusqu'à la Singularité de l'IA; et enfin, l'allongement de la durée de la vie afin d'en découvrir le sens.

Dans son dernier ouvrage, "Chaos et cyberculture" (1994), Tim Leary s'est totalement investi dans la cyberculture et la connexion homme-machine. Chaos et Cyberculture reflète la conviction de Timothy Leary selon laquelle le vingt-et-unième siècle verra l'émergence d'un nouvel humanisme, dont les idées forces seront la contestation de l'autorité, la liberté de pensée, la créativité personnelle, le tout soutenu et encouragé par la vulgarisation de l'ordinateur et des nouvelles technologies de la communication.

https://www.nothuman.net/images/files/discussion/4/37561d7460de8b72d318bacea6d16d11.pdf

Les réflexions de Leary et sa (trop grande ?) ouverture d’esprit l’amenèrent à côtoyer pendant plusieurs années différents personnages à la démarche plus ou moins scientifique. Ses propres écrits peuvent eux-mêmes faire penser à du gloubi-boulga new age, mélangeant l’évolution dirigée à un hypothétique “modèle quantique de la conscience” ou à des digressions sur une influence extraterrestre sur l’évolution humaine. Le magazine Omni n’hésite pas à mixer les idées de Leary ou du physicien Eric Drexler à des délires concernant la communication homme-dauphin ou les perceptions extrasensorielles, le tout copieusement arrosé de mysticisme et de théories archéologiques farfelues.
.../...
Un deuxième travers de Leary et de ses suiveurs californiens jettera l’opprobre sur le mouvement : leur élitisme assumé et décomplexé. Leary établit par exemple un “Top 100 génétique” de personnalités (artistes et scientifiques) dans son livre de 1979 Les Agents Intelligents. Selon lui, de 1 à 2% des humains, à n’importe quelle période historique, sont génétiquement programmés pour “voyager dans le futur, revenir dans la ruche et informer leurs semblables” à la manière d’abeilles exploratrices. Ce sont ces “individus exceptionnels” qui doivent être sélectionnés pour coloniser l’espace.
Basées sur les écrits libertariens d’Ayn Rand (La Grève), ce genre de positions politiques donnèrent au transhumanisme naissant une connotation fortement exclusive, puérile, égoïste et arrogante qui se fait encore sentir aujourd’hui, d’Elon Musk à Laurent Alexandre. Il faudra attendre le début des années 2000 pour que ce courant soit mis en minorité au sein des transhumanistes.

Lire ici https://transhumanistes.com/smi%C2%B2le-les-voyages-de-timothy-leary/

Un autre auteur psychédélique très influent est John C Lilly, en particulier par son ouvrage "Programming and metaprogramming in the human biocomputer" où il explore les possibilités de manipuler et de 'reprogrammer' nos 'logiciels biologiques'  à l'aide de LSD et en utilisant des caissons d'isolation sensorielle : https://archive.org/details/programmingmetap00lill_0. Selon John Cunningham Lilly, le système de réseau électronique capable de numérisation (le hardware) développé par les hommes, développera (ou a déjà développé) une « bioforme » autonome. Comme les conditions de survie optimale (vide et très basse température) de celle-ci sont radicalement différentes de celles requises par les humains (air ambiant tempéré et approvisionnement en eau), John Cunningham Lilly prédit (ou prophétise à partir de ses visions sous l'influence de la kétamine, une drogue utilisée en anesthésie) un terrible conflit entre les deux formes d'intelligence (thème repris dans la science-fiction, notamment la série Terminator).

Le psychédélisme se rapproche aussi beaucoup des concepts de "téléchargement de l'esprit'" qui considère que l'on peut simuler, reproduire ou sauvegarder un esprit humain dans une simulation informatique (vision 100% matérialiste et 100% désincarnée) qui donne un aperçu de ce que pourrait être un esprit "téléchargé" . Ceci est purement fictif, mais il faut savoir qu'il semble que l'on simule déjà partiellement le cerveau d'un ver : https://openworm.org et https://en.wikipedia.org/wiki/openworm.

Finalement, il existe des liens étroits entre la psychédélisme et la technologie, par exemple Steve Jobs et le LSD, Google qui est actionnaire principal du Burning Man, Elon Musk et ses dérives psychédéliques (à propos de la DMT sur Twitter), sans parler de tout le mouvement Open Source et même les bases de l'Internet qui est issu de la contre-culture américaine baignée du summer of love.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/culture-musique-ete/60-70-s-l-echo-psychedelique-du-bout-des-tuyaux-1705776

D'après  un post de Gael Millet, paru le 03/05/22 sur la page FB de la Communauté Psychédélique française

à lire à ce sujet : https://www.theguardian.com/wellness/2023/dec/08/longevity-psychedelics-mental-health-ageing

vendredi 3 juin 2022

La conscience selon Antonio Damasio

"La raison d'être d'un être est d'être", c'est à dire d'assurer son propre maintien le plus longtemps possible.

Antonio Damasio est neurologue et neuroscientifique. Il est l'auteur de 'Sentir et Savoir', un livre par lequel il tente d'analyser le phénomène de la conscience et de son rôle dans le vivant. Pour Damasio, la conscience nous vient de l'évolution qui a intégré progressivement des réactions, des sensations, des perceptions, des images mentales et enfin la représentation de soi. Tout cela avec un seul et unique objectif : maintenir la vie. Voici quelques extraits et réflexions suite à la lecture de 'Sentir et Savoir'.

D'après les deuxième et troisième principe de la thermodynamique, sous l'effet  d'un gradient d'entropie (constitué par l'énergie du soleil et la Terre qui reçoit cette énergie), certaines formes d'organisation ont tendance à remplacer le chaos. Même si cela ne nous dit pas pourquoi au commencement était quelque chose plutôt que rien, cela peut expliquer le commencement de la vie sur terre. Aujourd'hui, les scientifiques s'accordent à dire que toute la vie actuelle découle d'une vie antérieure, qui est devenue progressivement plus complexe et s'est diversifiée grâce au mécanisme d'évolution par sélection naturelle décrit par Charles Darwin.

Ainsi, les proto-cellules seraient apparues il y a environ 4 milliard d'années suivies par l'entrée en scène de structures de plus en plus complexes  Premières cellules sans noyau (ou procaryotes, dont les bactéries) 3,8 milliards d’années ; Photosynthèse 3,5 milliards d’années; Premières cellules individuelles à noyau (ou eucaryotes) 2 milliards d’années; Premiers organismes multicellulaires 700-600 millions d’années; Premiers systèmes nerveux 500 millions d’années; Poissons 500-400 millions d’années; Plantes 470 millions d’années; Mammifères 200 millions d’années; Primates 75 millions d’années; Oiseaux 60 millions d’années; Hominidés 14-12 millions d’années: Homo sapiens 300 000 ans

Homéostasie. Au commencement la vie s'est déployée sans mot ni pensée, sans sentiment et sans raison, sans esprit ni conscience.  Pourtant les organismes élémentaires ont dès le commencement dû savoir 'détecter' les éléments de leur environnement bénéfiques à la poursuite de leurs existences. Cette 'intelligence' implicite obéissait aux règles de 'l'homéostasie' qui doivent garantir à la cellule tel ou tel niveau de température, de pH ou de nutriments. l'homéostasie est un ensemble complexe de mesures régulatrices qui a rendu la vie possible à l’époque des tout premiers organismes unicellulaires.

Quelque 3,5 milliard d'années plus tard, avec les organismes multicellulaires et multisystèmes (comme les poissons), de nouveaux outils de coordination sont apparus : les systèmes nerveux qui se sont mis à gérer des actions, à engendrer des images, à représenter des modèles (patterns) à établir des cartes.  Le système nerveux a rendu possible l'existence de l'esprit. L'esprit requiert un système nerveux et la création de représentations et d'images. Les images mentales composent un flux incessant et se prêtent à des manipulations qui génèrent de nouvelles images. Le système nerveux et l'esprit ouvrent la voie au sentiment et à la conscience.

 Les systèmes nerveux permettent des niveaux de coordination fonctionnelles requis par les organismes multicellulaires pourvus de systèmes différenciés (respiratoires, digestifs, reproductifs etc ). Les systèmes nerveux permettent aussi de confier à la mémoire les connaissances représentées dans les images, ce qui permet la réflexion et le raisonnement et la construction de symboles. La conscience requiert de nombreuses interactions entre le cerveau proprement dit et les sensations produites par les organes du corps.

Antonio Damasio imagine 3 stades d'évolution distincts et consécutifs. Le premier porte la marque de l'être (bactéries), le second celui du ressentir (ex: les méduses qui peuvent se déplacer), le troisième celui du connaître au sens général du terme (les poissons, les mammifères etc ). Les étapes de l'être, du ressentir et du connaître peuvent être associés à des systèmes anatomiques et fonctionnels distincts qui cohabitent encore en chacun de nous. Autrement dit, 'je pense donc je suis', mais la réciproque n'est pas vraie. De nombreux organismes 'sont', mais ne sont pas capables de penser.

Etre précède sentir. Au premier stade de l'existence (celui des bactéries) il n'y a rien que nous puissions appeler capacité explicite de sentir ou de connaître. Le système nerveux est le point de départ de l'esprit et les sentiments sont les premiers phénomènes mentaux intégrés par l'esprit. Pour Antonio Damasio, les sentiments permettent à un organisme d'éprouver sa propre vie. Les sentiments sont des expériences mentales qui donnent la connaissance de la vie dans notre corps et par l'appropriation de cette perception les sentiments rendent cette connaissance consciente. Les sentiments sont un équivalent mental de notre organisme physique. Les sentiments sont ancrés dans notre charpente corporelle (intéroception) et ils jouent un rôle capital dans la création du 'soi' qui est un processus mental animé par l'état de l'organisme. La douleur est la forme la plus élémentaire de sentiment éprouvée. A la différence des perceptions du corps conventionnelles (vue, ouïe, etc ), les sentiments sont des hybrides, et tiennent tout autant du corps et de l’esprit. Le véritable objet des sentiments est situé à l'intérieur de celui qui perçoit. Les sentiments incitent l'esprit à agir en accord avec les signaux positifs ou négatifs de leurs messages. Les sentiments comblent naturellement le vide qui séparait le corps physique des phénomènes mentaux. Pour Antonio Damasio ces sont les sentiments qui chevillent les représentations mentales aux états physiques d'un organisme rendant ainsi évidentes l'identification de soi et l'apparition de la conscience.

Lorsque l'être et le ressentir sont structurés et opérationnels, il sont prêts à accueillir le savoir. Les cartes et les images engendrées sur la base des informations sensorielles deviennent alors les composants les plus abondants et les plus divers de l'esprit, aux côtés des sentiments continuellement présents et liés à ces sensations. La mise en place coordonnée des trois types de traitements - Etre, ressentir et savoir - permet aux images d'être connectées à notre organisme. L'expérience du Soi peut alors émerger.  La conscience est un produit de l'évolution .

Notre esprit est rempli d'images. Certaines images sont le fruit de la perception de nos sens, mais la plupart d'entre elles sont des images hybrides produites par la relation qu'entretient le cerveau avec le monde à l'intérieur du corps. La conscience est un ensemble d'images (cartes, représentations, savoirs), de sentiments (perceptions de l'état du corps) ainsi que de l'évidence que ces phénomènes nous sont propres.  Etre capable de conscience c'est être conscient du contenu de notre esprit. Le champ d'intervention des organismes dotés d'esprits conscients s'étend. Ils ont plus de dispositions à exploiter dans leur lutte pour la vie. La conscience élargit leur horizon et leur habitat. 

Ozias, d'après des extraits de 'Sentir et savoir'


 https://waitbutwhy.com/2017/04/neuralink.html#part1

Quelques définitions trouvées dans le livre: 

Homéostasie : le processus qui maintient les paramètres physiologiques d’un organisme vivant (température, pH, niveaux de nutriments, fonctionnement des viscères, etc.) dans la fourchette la plus propice à son fonctionnement optimal et à sa survie. (Le terme « allostasie » est proche, mais bien distinct : il fait référence aux mécanismes que l’organisme utilise lorsqu’il cherche à rétablir l’homéostasie3 .)

Émotions : ensembles d’actions internes involontaires et concomitantes (contractions des muscles lisses, changements du rythme cardiaque, de la respiration, des sécrétions hormonales, des expressions faciales, de la posture, etc.) déclenchées par des événements perceptifs. Les actions émotionnelles visent en général à soutenir l’homéostasie, pour faire face à une menace (par la peur ou la colère), signaler une réussite (via la joie), etc. Nous pouvons également produire des émotions lorsque nous nous remémorons des souvenirs. 

Sentiments : les expériences mentales qui suivent et accompagnent divers états de l’homéostasie au sein de l’organisme. Ils peuvent être primaires (sentiments homéostatiques : la faim et la soif, la douleur et le plaisir) ou provoqués par des émotions (sentiments émotionnels : la peur, la colère, la joie, etc.) .

L’affect est l’univers de nos idées, transmué en sentiments. On peut également penser les sentiments en termes musicaux : ils sont en quelque sorte la partition musicale qui accompagne nos pensées et nos actions

Esprit Notre esprit est constitué de convois d’images de toutes sortes, qui se succèdent dans le temps : certaines nous donnent la vue et le son ; d’autres sont des fragments de sentiments. Nous savons également que les images dominantes se présentent généralement comme un « schéma » (pattern) : un motif géométrique et spatial où les éléments sont disposés en deux dimensions ou plus. Cette spatialité est au cœur de ce qu’est un esprit. L’esprit conscient aide l’organisme à identifier clairement les éléments nécessaires à sa survie – à se frayer un chemin parmi les besoins grâce aux sentiments. En fonction de l’intensité des sentiments en question, il arrive souvent que la conscience exige, voire impose une réponse aux besoins identifiés.  

Conscience la conscience est un état d’esprit enrichi. Cet enrichissement consiste à inclure dans les processus continus de l’esprit des fragments d’esprit supplémentaires. Ces fragments d’esprit supplémentaires sont faits du même matériau que le reste de l’esprit – ils relèvent du domaine de l’image – mais, grâce à leur contenu, ils annoncent clairement que tous les contenus mentaux auxquels j’ai actuellement accès m’appartiennent, sont à moi, sont en train de se déployer au sein de mon organisme. La conscience est un rassemblement de connaissances assez nombreuses pour engendrer – automatiquement, et au beau milieu du flux d’images – l’idée que ces images sont à moi, sont en train d’être produites au sein de mon organisme vivant, et que l’esprit… eh bien, est à moi lui aussi. Finalement, la conscience est la propriété de soi.

Intelligence la capacité à opposer des solutions satisfaisantes aux problèmes posés par la vie – qu’il s’agisse de se procurer les ressources énergétiques élémentaires telles que les nutriments ou l’oxygène, de contrôler le territoire et de se défendre des prédateurs – et à développer des stratégies susceptibles de surmonter ces problèmes – confrontation ou coopération sociales, par exemple.

Une brève histoire de l'évolution de l'esprit selon E.Musk  https://waitbutwhy.com/2017/04/neuralink.html#part1