mercredi 18 décembre 2019

Psychonautes : les pionniers


Albert Hoffman, by Tim Jordan
Albert Hofmann (Suisse, 1906-2008, LSD)

Chimiste de son état, Albert Hofmann a synthétisé en 1943 le LSD-25 au sein du groupe Sandoz où il était employé. Il fut ainsi le le premier humain à expérimenter les effets du LSD après en avoir involontairement ingéré une petite quantité.  Puis par curiosité, il renouvelle l'essai avec une dose trop forte (250µg) et fait un gros bad-trip qu'il décrit ainsi:
 "« des vertiges, des perturbations visuelles, les visages des gens présents semblaient grimacer et présentaient des couleurs très vives ; de fortes perturbations motrices alternant avec des moments de paralysie ; ma tête, mon corps et mes membres paraissaient tous extrêmement lourds, comme remplis de métal ; j’avais des crampes aux mollets, les mains froides et sans sensations ; un goût métallique sur la langue ; la gorge sèche et serrée ; un sentiment de suffocation ; une impression de confusion alternant avec une perception claire de la situation, dans laquelle je me sentais comme à l’extérieur de mon corps, dans la position d’un observateur neutre, alors que je criais ou marmonnais indistinctement, comme à moitié fou. »". 
Trente six ans plus tard, Hofman écrit dans 'LSD mon enfant à problèmes' : « la dernière chose que j’aurais pu imaginer, c’est que cette substance devienne un jour une drogue récréative. »
En plus de sa découverte du LSD, il a aussi été le premier à synthétiser la psilocybine (le constituant actif des « champignons magiques ») en 1958.

Albert Hofmann 97 ans :
-J’ai repris du LSD il y a trois ans. Une petite quantité… Albert Hofman parle, du haut de ses 100 ans, la voix claire.
Il a bien dit il y a trois ans ? Il a pris du LSD à 97 ans ? C’est bien cela ? »
La jeune journaliste de TF1 s’étonne, rieuse. Nous sommes avec Albert Hofmann dans la salle de presse du symposium « LSD. Problem child and wonder drug » (LSD. Enfant terrible et drogue prodige). Albert Hofmann, continue en allemand, le plus sérieusement du monde : « Je voulais tester une faible dose, elle pourrait peut-être donner un antidépresseur à base de LSD. Je pense qu’à notre époque où l’humanité devient toute urbaine, l’homme perd le contact avec la nature. Il ne ressent plus qu’il fait partie du monde, il n’éprouve plus son unité avec le vivant, il ne voit plus la splendeur de l’univers, alors il désespère…"




The Shulgin's, by Alex Grey
Alexander & Anna Shulgin (Californie, 1925-2014, MDMA

Alexander Shulgin est un chimiste californien mort en 2014 qui a découvert des dizaines de nouvelles molécules psychoactives, comme par exemple la MDMA (ecstasy).
Alexander Shulgin fabriquait lui-même ses produits, de qualité parfaite. Il les consommait chez lui, avec sa femme Anna et un groupe d'amis de confiance. Les doses étaient soigneusement étudiées. Quand il découvrait une nouvelle molécule, il en prenait une quantité infime, puis l'augmentait petit à petit pour éviter les risques de surdose. Il pouvait en prendre vingt fois avant de ressentir les premiers effets.
l'influence d'Alexander Shulgin ne s'est pas limitée à l'apparition de ces molécules, aussi nombreuses soit-elles. Son attitude raisonnée envers les drogues a participé à la dédiabolisation des psychédéliques. Avec d'autres, il a été l'un de ces intellectuels pionniers qui ont refusé de catégoriser définitivement ces molécules comme des substances dangereuses. Il est l'auteur de deux ouvrages Pihkal et Tihkal considérés par la DEA (Drug Enforcement Administration) de San Francisco « comme des livres de cuisine pour créer ces drogues". 



RG Wasson et Maria Sabina
Robert Gordon Wasson ( USA, 1898-1986, psilocybine)

Gordon Wasson  travaillait comme Assistant de Direction des relations publiques dans la grosse banque américaine,
J.P. Morgan & Co.
Il a épousé une russe en 1926 qui s'appelait Valentina Pavlovna Guercken. Elle avait une vision des champignons bien différente de celle de la plupart des américains et cela attisa son intérêt pour la consommation des champignons. Cet intérêt s'est transformé en véritable fascination. Dans les années 50, il a même quitté son travail à la banque pour consacrer entièrement le reste de sa vie à découvrir tous les cultes qui existent dans le monde autour des champignons.

Robert Gordon Wasson est allé au Mexique rencontrer la chamane, María Sabina, pour participer à une cérémonie avec des champignons sacrés. 
 Il a demande s'il pouvait la prendre en photo. Elle lui en a donné la permission à condition qu'il la garde pour lui. Il n'a pas tenu sa parole et a publié sa photo.

'Dans l'article ‘Seeking the magic Mushroom’ Wasson décrit ses expériences pendant sa première cérémonie de champignons. Pour essayer de garder son anonymat, il a appelé Maria Sabina Eva Mendes dans son article. Mais comme il a également nommé l'endroit et a publié sa photo, les gens ont rapidement découvert sa véritable identité.
La conséquence a été un intérêt grandissant des occidentaux pour les cérémonies de champignon, en particulier celles des Mazapatèques. Scientifiques, hippies, membres de cultures alternatives, chercheurs de champignons et bien d'autres sont partis au Mexique pour rencontrer María Sabina. Ce gros volume d'étrangers a cependant mis María Sabina sous les feux des projecteurs de la police mexicaine. Ils l'ont accusée de vendre de la drogue aux étrangers. Toute la communauté Mazatèque en a été perturbée. Les siens l'ont accusé d'être à l'origine de cette situation et elle a été bannie du village. Sa maison a également été brûlée.
Après cela, María Sabina a regretté d'avoir présenté à Wasson le monde magique des champignons psychédéliques. Wasson de son côté a prétendu alors que son seul but était de répandre son savoir. A cause de ces faux-pas, María Sabina est devenue amère avec l'âge. D'après elle, les occidentaux ne montraient presque aucun respect pour les champignons sacrés. Ils étaient utilisés par les jeunes gens essentiellement comme des narcotiques. Le résultat est que les champignons magiques ont perdu leur magie et ils ont cessé de fonctionner'
.




Rick Strassman ( Californie, 1952, DMT)

Rick J. Strassman, professeur en psychiatrie à l'école de médecine de l'Université du Nouveau-Mexique, est l'auteur de "DMT - La Molécule de l'Esprit" (2001).
Dans les années 90, Il s'intéressa à la DMT, et il entreprit en 1990 la seule expérimentation approuvée et financée par le gouvernement américain sur les psychédéliques pendant ces vingt dernières années. Son programme : 
"Utiliser les composants psychoactifs des plantes pour étudier les divers champs de conscience manifestés chez l'homme, leur processus, et découvrir leurs bases biochimiques et physiologiques. Nous nous intéressons également aux implications médicales, sociales, et spirituelles de ces différents états, afin de savoir comment les appliquer au mieux pour soigner, développer la créativité et acquérir une certaine sagesse."
Le Dr. Strassman vit et exerce actuellement à Taos, Nouveau-Mexique. Il préside la "Cottonwood Research Foundation", un organisme non-lucratif qui se consacre à la recherche sur la DMT et autres substances psychoactives.

jeudi 28 novembre 2019

Guillaume Dustan

Guillaume Dustan (1965-2005) publie 'Dans ma chambre' en 1996. Depuis 1990 il sait qu'il est séropositif. A l'époque, comme beaucoup d'autres autour de lui, il attend de mourir dans les 10 années qui suivent. 'ça fait déjà quatre ans que je pense que je vais mourir l'année prochaine. Je me trouve beau quand même' (p62). Guillaume est un jeune homme branché, cultivé et de bonne famille qui a tout pour lui, sauf le temps. Il essaye d'intensifier son existence, de 'vivre plus' avec plus de sexe, plus de drogues, de musiques, de sorties et de danse. Dans ma chambre est la chronique crue de ses plans culs, de ses plans défonce et de ses sorties dans le ghetto gay, ou plutôt pédé, des années 90. Pourtant, Guillaume Dustan ne nous raconte pas sa vie. Même quand il raconte ses empalements sur des godes gros comme des pots de fleur, avec lui pas d'histoire, on est loin du fantasme et c'est le réel qui l'emporte. Et c'est bien ce rapport au réel qui se contrefout de toute interprétation qui fait tout l'intérêt de ses écrits. Dustan expérimente la production de la vérité et assume le risque de la parole. En cela, le style de Guillaume Dustan est pornographique. Tout est montré sans lyrisme, sans embellissement ni fantasme. Les mots mort, sida, solitude  sont évacués - ils sont obscènes, hors scène - mais une sorte de romantisme noir baigne ces aventures urbaines discrètement ponctués de quelques bulletins de santé, ou numération de T4. "Dimanche soir à la Loco, je suis tombé sur Tom. Il m'a dit que son ex était mort"(p78). "Cela dit, quand le petit vicelard a giclé sans capote dans le cul du grand skin, c'était vertigineux . Le baiser de la mort comme on dit' p119
Le plan de Guillaume Dustan, au delà du plaisir, est de bander toujours pour continuer à connaître. L'abus de drogues (shit, coke, ectasy, poppers) et l'usage de capote sont une limite à ses performances autant qu'elle le poussent à des expériences sexuelles toujours plus intenses. Guillaume Dustan, pornographe magnifique, ne vieillira jamais.

Ozias
(article paru en 2016 dans sansdire.blogspot)

Extrait: Chapitre 10 Réveillon. Dans ma chambre p118.

Pour Noël j'étais seul dans le nouvel appartement. Mon compte en banque avait été dévasté par le déménagement, j'avais dû travailler dur pour ramener de la thune. Dès que j'ai eu fini je suis tombé malade. Stéphane est venu m'apporter du jambon et de la soupe en boîte avant de partir chez ses parents. On devait aller ensemble voir une exposition de peinture qui se terminait, pour une fois qu'il était libre un après midi de semaine. Et puis j'étais malade. On pensait tous les deux que c'était vraiment la fin sans se le dire. Il n'est pas resté longtemps.
J'ai appelé ma mère pour lui dire qu'on aurait quand même peut-être pu faire un truc de famille, cela dit c'était un peu faux-cul, si elle me l'avait proposé j'aurais refusé. Je pensais à Quentin. La première année on s'était retrouvés l'un dans l'autre le vingt quatre au soir. Il avait souri au-dessus de moi. Joyeux Noël mon chéri. On s'était embrassés. Pour le réveillon, même chose. ça faisait Trois ans maintenant qu'on ne respectait plus la tradition.

Je me suis mis au minitel. J'ai branché un mec qui avait Bze sans Kpote comme pseudo. Le petit mec au minitel m'a demandé ce qui m'avait branché dans sa cv. J'ai répondu Te bzer ss Kpote. J'ai pensé qu'il se méfiait. Il n'y a pas ssr [sexe ss risque] précisé dans ma cv mais c'est vreai que j'ai une cv de mec ssr. Les mecs branchés 'baise sans capote' ne précisent jamais quel genre de baise ils pratiquent, hard ou soft ou crade ou mec mec ou n'importe quelle autre nuance, en fait ce qui les intéresse c'est de se vautrer dans le foutre empoisonné, c'est une baise romantique et ténébreuse, je dis ça de façon condescendante, mais c'est vrai que c'est très fort. Une fois j'ai partouzé comme ça avec deux mecs, moi j'ai calé, je débandais dans leurs cul et quand ils me sautaient ça me faisait trop flipper de baiser à risques, ok on ne sait rien sur la réinfection mais ce qui est sûr c'est qu'en faisant ce genre de choses on peut se choper des tas de trucs en plus. Cela dit, quand le petit vicelard a giclé sans capote dans le cul du grand skin, c'était vertigineux . Le baiser de la mort comme on dit.

Quand il m'a appelé il m'a dit qu'il avait plutôt envie de baiser que de se faire baiser ce soir. J'ai pensé En voilà un qui n'est pas bête. J'ai dit Je pense qu'il va y avoir un problème parce que je ne me fais pas baiser sans capote. Il m'a dit qu'il n'allait pas venir. Nous n'avions pas le même désespoir. Je me suis promis que quand je serai descendu au dessous de deux-cents T4 je m'y mettrai.

J'ai pris une exta qui me restait au frigo et je me suis branlé en me mettant des trucs dans le cul devant un porno que je passais mon temps à rembobiner. J'étais tellement stone que j'ai fait tomber la sapin et la tour à cd en maniant le sac à godes. J'ai trouvé ça marrant.

Trop hard la vie d'artiste !

Guillaume Dustan. Œuvres I. Dans ma chambre, je sors ce soir, Plus fort que moi. Editions POL.

http://www.vacarme.org/article1330.html

Une biographie : https://valentinperez.atavist.com/guillaume-dustan-le-maudit-ressuscitg54s1

La lettre de Virginie Despentes à Guillaume Dustan : https://www.deslettres.fr/lettre-de-virginie-despentes-a-guillaume-dustan-de-sodomie-prose

lundi 21 octobre 2019

S'informer sur l'actualité des drogues

"Punir pour soigner" 50 ans d'échec. Support don't punish !
"Drogues : le goût du défendu confère à la lueur d'une législation délirante un ténébreux attrait à ce qui n'a pourtant pas le moindre mystère."

Disclaimer: "La politique de réduction des risques et des dommages en direction des usagers de drogue vise à prévenir les dommages sanitaires, psychologiques et sociaux, la transmission des infections et la mortalité par surdose liés à la consommation de substances psychoactives ou classées comme stupéfiants." (loi Santé 2016).
L’auto-support des usagers existe même et surtout en dehors des parcours de soin labellisés et c'est dans ce sens que l'accès à ces sites d'informations permet de réduire le niveau de risque lié aux consommations. 
L’objectif n’est en aucun cas d’inciter à la consommation de produits psychoactifs illicites, mais de réduire les risques liés à l’usage par une meilleure connaissance des produits et des pratiques. 
Rappel : les drogues illicites, ne présentent pas toutes le même danger pour la santé, mais toutes exposent au risque judiciaire (jusqu’à un an d’emprisonnement pour en avoir consommé).

Et donc, où trouver de l'information fraîche et pertinente...

Détection des produits à risque

Voici quelques sites où cliquer pour trouver le dosage d'un TAZ, ou les résultats d'analyse d'un buvard. Bien utile pour fractionner ou choisir de gober... ou pas. 
Pour accéder au site, cliquer le nom du site écrit en bleu dans le texte.

Plus Belle la Nuit 2.0

Promotion de la santé en milieu festif. Présent sur les réseaux sociaux (FB), le fil d'actualité de PBLN publie les nouveautés relatives aux produits, aux pratiques ainsi que des alertes sur les produits surdosés ou frelatés.


Techno+ météo des prods

C'est la page du programme de Techno+. Propose une base de donnée des produits, mais la dernière mise à jour est de Juillet 2019.


Eurotox.org

Eurotox est un observatoire socio-épidémiologique alcool-drogues en Wallonie et à Bruxelles qui publie des alertes sur le dosage et le contenu des produits analysés.


Nuit Blanche.ch

Nuit Blanche est une action de réduction des risques qui informe les consommateurs sur les risques liés à la consommation de substances psychoactives. Tabac , alcool, substances de synthèses ou autres. On y trouve les dernières alertes des substances analysées. 

Sur portable Androïd on peut télécharger l'application KnownDrugs qui propose un catalogue des produits analysés en Europe.

Si tu n'as pas trouvé là, tu peux consulter d'autre sites étrangers (but not in french)

Espagne – energycontrol.org (espagnol) et energycontrol-international.org (anglais)

Autriche – checkyourdrugs.at

Pays de Galle – wedinos.org


NB: Bien sûr, chacun de ces sites propose bien plus d'informations que les catalogues des produits analysés.

ATTENTION !  Si une substance n’est pas référencée sur un site, cela ne veut en aucun cas dire qu’elle contient les substances attendues. Comme certaines substances circulent sur le marché avec le même logo et aspect, mais contiennent des dosages et des composants différents, les informations disponibles n’offrent aucune sécurité absolue pour évaluer la composition effective d’une pilule, poudre ou d’autres drogues

Forums Internet

Quelque sites d'auto-support des usagers, des forums d'échanges d'expériences et de pratiques, bref des mines d'or où tout n'est pas forcément à prendre au premier degré mais où il est possible de poser sa question comme de profiter des réponses à ceux qui l'ont posée avant nous.


Psychoactif

Psychoactif est un forum en ligne qui se définit comme un "espace solidaire entre consommateurs de substances psychoactive et ceux qui les aiment". Sans doute LE SITE de référence en France. Très calé et très interactif, mon favori en tout cas. Pour faire une recherche, cliquer sur la loupe verte en haut à droite de l'écran.

Psychonaut

Psychonaut.fr est une communauté d'autosupport francophone dédiée à l'information et à la réduction des risques sur l'usage des substances psychoactives.

Erowid

Erowid, est sans doute THE REFERENCE mondiale. Hélas l'intégralité du site est en anglais !


Revues

Elles existent sous format papier, mais on peut aussi les consulter en ligne. Écrites par des usagers ou par des professionnels du secteur, elles proposent des articles pointus autour de problématiques spécifiques.


SWAPS

La revue Swaps propose à tous les professionnels engagés dans la réduction des risques – médecins, pharmaciens, travailleurs sociaux, responsables de centres d’accueil et de soins spécialisés – un journal centré sur la Santé, la Réduction des Risques et les Usages de drogues. On y trouve des articles de fond sur des sujets pointus. Une référence.

ASUD    

La revue ASUD-Journal est édité par l'association ASUD, agrée pour représenter les usagers dans les instances publiques. C'est une revue française de référence qui travaille par dossiers (injection, sécurité routière, etc...) Malheureusement son dernier numéro remonte à mai 2018. Il n'empêche que les 61 numéros parus constituent par la variété des thèmes qu'ils traitent, une indispensable référence. 


Revue le Flyer:

Revue professionnelle d'information scientifique et pratique sur les traitements de substitution et les addictions. Le Flyer est également présent sur Facebook dans une forme plus généraliste.


L'injecteur

L'Injecteur est un journal québécois PAR et POUR les personnes UD (Utilisatrices de Drogues). Son objectif est de réduire les méfaits reliés à la consommation de drogues, de promouvoir de saines habitudes de vie et d’augmenter la qualité de vie des personnes UD et de leur entourage. Le site est toujours consultable, même si les derniers numéros sont un peu datés.

Etudes et documents généralistes 

Le site de Anne Coppel est une mine d'information dans le champ de l'histoire et des politiques des drogues ainsi que sur la Réduction des Risques 

http://www.annecoppel.fr/

Talkingdrugs est une plateforme dédiée à l'actualité des politiques de contrôle des drogues et la réduction des risques dans le monde. Possibilité de trier l'info par thème ou par zone géographique. 


Drugbank

Un site très pointu qui vous apporter des infos techniques sur vos molécules favorites. En anglais.

Le point SINTES

Le SINTES est un labo qui analyse des échantillons de drogues publie chaque année une synthèse de ses résultats. Particulièrement intéressant pour suivre le taux de pureté moyen  des produits, les produits de coupe utilisés ainsi que les nouveaux produits apparus sur le marché. Autrement dit, c'est un peu l'observatoire des arnaques, mais avec effet retard.


Merci de vos commentaires et de me signaler toute source incontournable que j'aurais pu oublier.

tchuss !
Ozias


dimanche 6 octobre 2019

Encore des corps (2)

Chloé Rosser
Chloé Rosser
Chloé Rosser

Berlinde de Bruyckere

Berlinde de Bruyckere

Berlinde de Bruyckere


Louise Dumont
Louise Dumont

Louise Dumont

Danny Eastwood

Danny Eastwood
Javier Rey

Javier Rey

Yung Cheng
Yung Cheng

Yung Cheng
Joan Semmel

Joan Semmel
Shai Langen
 
Shai Langen


Ashet Levin

Brooke Didonato

Brooke Didonato


Monica Piloni

Monica Piloni

Jennifer B.Thoresen (Testament)

Jennifer B.Thoresen (Testament)

mardi 17 septembre 2019

les irremplaçables

Howard Lefthand
Cynthia Fleury est philosophe et psychanalyste. Pas étonnant donc que son dernier livre  'Les irremplaçables'  se place à la croisée de l'intime et du politique.  'Les irremplaçables'  raconte comment le pouvoir et ses systèmes d'évaluation s'y prend pour nous “exproprier de notre propre expérience”. Dans son livre Cynthia Fleury définit l'individuation, comme le tissage des liens que l'individu établit avec le réel. Pour l'auteur, l'irremplaçabilité n'est  autre que la porte d'entrée du réel. Le pouvoir, lui cherche à détruire les capacités d'individuation de chaque individu ou plutôt de nous faire croire que notre individuation nécessite un strict individualisme.
La première partie du livre étudie et définit l'individuation et l'irremplaçabilité. La seconde pose la question de la légitimité de l'exercice du pouvoir et des conditions de son maintien tandis que le dernier chapitre (en cours de lecture) traite de l’éducation.
Les analyses du pouvoir, qui occupent le cœur du livre,  sont particulièrement pertinentes et subversives. Exemples et extraits "Si l'exploitation capitaliste génère si peu de révoltes, c'est parce qu'elle capte, plus encore que les richesses, l'attention des individus. Les individus sont distraits, divertis au sens pascalien. Ils sont pleinement occupés à ne pas penser car la non pensée est une jouissance. Si les sujets ne sont pas dans la lutte, c'est qu'ils n'ont pas le temps de la mener."(p103).

Cynthia Fleury démonte la dé-verbalisation orwellienne du langage 'Les acronymes, les mots amputés permettent "d'économiser du temps" : Parler plus vite pour ne pas penser ce que l'on dit' .../... 'Le fascisme n'est pas d'empêcher de dire, c'est d'obliger à dire'. Elle décortique la condition du courtisan dans laquelle le pouvoir enferme chacun d'entre nous. "Aujourd'hui la cour s'est indifféremment agrandie aux champs professionnels, privé ou culturel. Il n'est pas demandé à l'individu d'être le courtisan d'hier . Il faut être quelqu'un, et être flexible. Donner l'apparence du nom et de l'irremplaçable, mais bien veiller également à être remplaçable pour éviter d'être taxé de rigidité pathologique. .../... La vérité ancestrale de la cour reprend la main dans le champ actuel du capitalisme : n'être quelqu'un qu'à la condition d'être au service de l'autre, l’intéresser au sens où l'on fait siens ses intérêts, soi même croyant protéger ainsi ses propres intérêts, et dans le piteux calcul, y perdre le peu de de soi qui reste, et le peu de (lien à) l'autre dont l'altérité n'a jamais fait sens ni joie. Cynthia Fleury s'attaque aussi au système d'évaluation qu'elle compare au pénitencier Panopticon de Bentham : l'individu enfermé seul au milieu de tous les autres sous le regard du pouvoir invisible qui le contrôle." L'idéologie de l'évaluation est une forme de continuation du panoptique. Celle qui s'affiche sous la bannière de l'égalitarisme et de la méritocratie est en fait l'opposé du paradigme de l'émancipation." (p136). Voir à ce sujet l'article suivant : http://emagicworkshop.blogspot.fr/2015/11/evaluations.html

Les Irremplaçables est un ouvrage de réflexion accessible et salutaire dans notre "monde social où la passion pour le pouvoir prévaut comme s'il était le nom du réel".
Je vous souhaite de trouver le trouver le temps de le lire.
'Sapere aude' ! 
(ose penser !)

Ozias

(Lecture novembre 2015)
Pénitencier Panoptique

mercredi 11 septembre 2019

Ne travaillez jamais

Gut Debord, 1953
"Ne travaillez jamais", le slogan situationniste de Guy Debord est aussi le titre d'une analyse marxienne consacrée au caractère fétichiste du travail dans la société capitaliste.
Son auteur, Alastair Hemmens, faisant référence aux travaux de penseurs français comme Fourier, Lafargue, Breton ou Debord, montre que le travail n'est pas une "nécessite naturelle" trans-historique mais une réalité sociale imposée historiquement.

Alastair Hemmens constate tout d'abord que le 'travail-production' source de toute valeur économique ne constitue qu'une partie de l'ensemble de l'activité sociale humaine. Par exemple, la garde des enfants, l’approvisionnement et l'entretien du foyer, ne sont pas considérés comme du travail, dans la mesure où il n'existe ni contrat, ni salaire bien que la valeur d'usage de ces services soit incontestable.  
'Pour Marx, le travail n’est pas un fait neutre propre à toute vie sociale, pas plus que l’industrie moderne n’est une étape inévitable de l’évolution humaine, mais plutôt une forme sociale historiquement spécifique qui jette les bases d’un processus de domination impersonnelle, abstraite et sans sujet, qui donne à la réalité phénoménologique un caractère historique « directionnellement dynamique ». Le travail, en tant que tel, est essentiellement une sorte de médiation sociale qui ne constitue la base de l’être social que dans le capitalisme, structurant à la fois des pratiques historiques déterminées et des formes quasi objectives de pensée, de culture, de visions du monde et d’inclinations. Le travail, dans la sphère limitée de la modernité capitaliste, médiatise et façonne donc l’ensemble de la réalité objective et subjective (et même dépasse et explique forcément de telles dichotomies théoriques)'.

Le travail n'est pas une catégorie neutre, positive et universelle de l'activité humaine comme parler ou respirer. Le travail, dans notre société moderne est devenu une forme sociale totalitaire, négative, fétichiste et destructrice qui dégrade et avilit tout ce qui n'est pas considéré comme 'productif'. Le travail fait obstacle au développement d'une existence créative et riche de sens.

"Ne travaillez jamais" est aussi une réflexion critique des fondamentaux de l'économie que sont l'argent, le travail, la marchandise. 
Selon les économistes classiques (Adam Smith, David Riccardo), le travail, l'activité humaine, forme la valeur des produits (valeur marchande, valeur d'échange). Cette définition de la valeur s'oppose à celle des physiocrates pour qui la valeur est liée à l'utilité du produit (valeur d'usage).  Marx attribue la valeur d'un bien à la quantité d'activité humaine nécessaire à sa réalisation, qui accompagne la marchandise comme une espèce d'ombre, mais il considère aussi la valeur marchande d'un produit comme une fiction sociale faite de rapports sociaux. La valeur d'une marchandise est égale au montant du travail social qui la produit. La valeur du produit est donc un critère quantitatif indifférent aux besoins des producteurs et des consommateurs. La question classique du partage de la valeur entre capitaliste et travailleur se double ici de la critique du fétichisme de la marchandise, ou critique de la valeur (Wertkritik). 

Le travail abstrait se définit comme le temps de travail socialement nécessaire pour créer de la valeur. Pour différencier travail abstrait et travail concret, on peut prendre l'exemple de travailleurs indiens, qui en travaillant toute une journée pour 2$ (travail concret) créent moins de valeur qu'un travailleur high-tech occidental en 2 heures pour 200$. Le travail abstrait, qui n'est pas spécifique à une tâche ni à un exécutant, est la quantité de travail incarnée dans un bien et nécessaire à la création de la valeur (ex 100€ qui deviennent 115€). On pourrait dire que le travail abstrait est le hardware de la création de valeur.
'C'est l'indifférence de ce travail pour tout contenu et pour toute conséquence, et sa séparation par rapport au reste de la vie qui constitue son potentiel destructif' (p11). 
*'Dans le fétichisme de la marchandise - qui est inséparable de la société capitaliste elle même et ne disparaîtra qu’avec elle -, le côté concret des produits, des travaux et finalement de toute manifestation de la vie humaine se voit placé au deuxième rang, derrière le côté « quantitatif ». Le côté concret n’est que le « porteur », la « représentation », « l’incarnation » d’une substance invisible, abstraite et toujours égale : le travail réduit à sa seule dimension temporelle.Tous les acteurs ne font qu’exécuter des lois qui se sont créées « dans leur dos ». Le marché fera cesser la production de jouets et privilégiera la production de bombes, si cela donne plus de profit, sans prendre en compte leur côté « concret » et ses conséquences. En effet, la logique fétichiste fait abstraction de la différence concrète entre la bombe et le jouet ; elle ne compare que deux quantités de travail abstrait. Si un capitaliste, par scrupule, se refusait à cette logique, il serait rapidement éliminé du marché. Les marchandises « sensibles » (concrètes) sont assujetties à leur invisible nature « suprasensible », donnée par le travail abstrait'.

De plus, en remplaçant le travail vivant par des machines, le capitalisme a créé une crise historique du travail en même temps qu'il a diminué la création de valeur. 'Depuis plus de deux cents ans, la logique capitaliste tend à "scier la branche sur laquelle elle est assise", parce que la concurrence pousse à l’emploi de technologies remplaçant le travail vivant : cela comporte un avantage immédiat pour le capital particulier, mais diminue d’autant la production de valeur, de survaleur (plus-value) et de profit à l’échelle globale, mettant ainsi en difficulté la reproduction du système'. La financiarisation de notre économie n'est qu'une conséquence de la mécanisation de la production, une fuite en avant dans le sens unique d'une croissance garante de l'équilibre social par le biais de la promesse du partage. La croissance est indispensable au système, comme le fétichisme de la marchandise et l'accumulation de valeur sont indispensables à la croissance. La domination du capitalisme se présente alors sous son aspect fétichiste et anonyme, systémique. 
Bref, ce système va structurellement dans le mur de l'épuisement humain et environnemental et il est bon que les sujets automates que nous sommes devenus sachent en prendre conscience.

Ozias, à l'écoute de vos commentaires

* Enselm Jappe 'Le fétichisme de la marchandise'

A lire aussi
https://iaata.info/Ne-travaillez-jamais-Rencontre-avec-Alastair-Hemmens-et-les-Editions-Crise-et-3567.html https://lejournal.cnrs.fr/articles/six-scenarios-dun-monde-sans-travail
http://data.over-blog-kiwi.com/1/48/88/48/20190619/ob_d0e2a0_theorie-marxienne-et-critique-du-trav.pdf
http://www.palim-psao.fr/2018/08/quelques-points-essentiels-de-la-critique-de-la-valeur-par-anselm-jappe.html


A écouter, une interview de Alastair Hemmens
https://soundcloud.com/liberte-sur-paroles/penser-un-monde-sans-travail?fbclid=IwAR00zu1IY6wFNK-7e0U1xIF103R0Q5mhne5r2JVo1pTgxexOTj21wLM8BHc

Et sur France Culture tout sur la biographie de Marx et la création de la valeur